Pierre Waline

Pierre
Waline
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Chef de rubrique Musique

Ces Hongrois „plus français que les Français”, partie intégrante de notre patrimoine culturel

Ne les oublions pas... S´il fallait dresser un bilan de la présence de noms issus de l´étranger dans le patrimoine culturel de la France et, à l´inverse, la part de création imputable à nos ressortissants expatriés de par le monde, la balance pencherait indiscutablement en faveur des premiers. Ce qui est flagrant dans des domaines tels que la littérature (Ionesco, Troyat), des Beaux-Arts (Picasso, Chagall, Modigliani, Foujita), mais aussi dans le monde du cinéma ou de la variété (Montand, Aznavour, Mouskouri), ou encore dans le domaine de la mode, voire de la politique. Sur ce plan, la France - derrière les États Unis - est probablement l´un des pays au monde où cette contribution d´origine étrangère est la plus prononcée. Certes, des exemples peuvent être cités à l´inverse, mais plus rares et qui toucheraient peut-être davantage le monde des affaires (tels les anciens présidents des groupes Braun et Volkswagen en Allemagne).

Coup de coeur: "Le Bûcher" du romancier hongrois György Dragomán (1)

György Dragomán.... Ce nom vous dit-il quelque chose? Probablement, pour peu que vous soyez un lecteur assidu au fait des nouveautés sorties en librairie.  Considéré par d‘aucuns comme la figure la plus en vue de la littérature contemporaine hongroise, ce romancier est originaire de Transylanie (Marosvásárhely/Târgu Mureş). Ayant quitté la Roumanie à l‘âge de 15 ans pour s‘installer avec ses parents en Hongrie, il réside à Budapest où il a suivi des études supérieures de philosophie et de littérature contemporaine anglaise. Le départ de la famille (1988) a précédé d‘un an la chute du régime Ceaucescu. C‘est en 2002 qu‘il se fit remarquer avec un premier roman ("A pusztítás könyve", mot à mot "Le livre de l‘ anéantissement"), couronné par la critique. Il avait alors 29 ans. Trois années plus tard parut son deuxième roman, "Le Roi blanc" (A fehér király)  qui, également primé, lui valut une consécration définitive tant en Hongrie que sur la scène internationale. Également loué par la critique, suivit un troisième roman,  "Le Bûcher"  (Máglya) publié en Hongrie en 2014 et sorti récemment en France dans une traduction de Joëlle Dufeuilly. C est ici, à l‘attention du lecteur francophone, de sa traduction que nous rendons compte. Outre son activité d‘écrivain, Dragomán consacre le principal de son temps à la traduction d‘écrivains de langue anglaise.

Budapest : Mozart et Beethoven à l'affiche pour terminer l'année en beauté

Académie de Musique Il est d´illustres inconnus dont le nom ne sera passé à la postérité que par le bon vouloir de grands hommes. Tel le violoniste français Kreutzer qui ne daigna même pas jouer la sonate que lui avait dédiée Beethoven. Ou encore un certain Sigmund Haffner, bourgmestre de Salzbourg. Ce dernier avait commandé au jeune Mozart une musique pour célébrer son anoblissement. Mozart, qui lui avait déjà dédié une sérénade, coucha alors sur le papier deux menuets, lui promettant une suite. Mais on en resta là. Ce n´est que trois ans plus tard (1785) que Mozart paracheva sa partition en la modifiant passablement, pour nous donner sa 35ème symphonie en ré majeur (K385) aujourd´hui connue sous le nom de symphonie „Haffner”. L´une des plus belles. Conçue à l´origine sous la forme d´une sérénade, Mozart en fait littéralement exploser le cadre (1) pour nous offrir une symphonie à part entière, la première de la série des sept „grandes” qui culmineront avec Jupiter.

„Travail, Famille, Patrie”, la devise de Viktor Orbán

„Travailler plus pour gagner plus!” Tel est le slogan qui, en Hongrie, revient sans cesse à la bouche de Viktor Orbán et de ses partisans. De là l´adoption d´une loi modifiant le Code du Travail : passage de 250 à 400 le nombre des heures supplémentaires autorisées sur une période de trois ans. Voilà qui est bien beau. Sauf que... Contrairement à ce que l´on veut nous faire accroire, ces heures supplémentaires pourront être de facto imposées par l´employeur à ses salariés. Par ailleurs, le règlement desdites heures supplémentaires ne sera effectué qu´à l´issue de ladite période triennale, et non en temps réel. Or, à moins que d´être un fana invétéré du travail, la raison pour laquelle un employé acceptera d´effectuer des heures supplémentaires est de satisfaire un besoin immédiat d´argent. Allez donc expliquer à vos créanciers que, certes, vous ne manquerez pas de les payer, mais… dans trois ans seulement. Quant au volontariat, allons donc ! Une clause à votre contrat par laquelle vous vous engagez à accepter d´effectuer, au gré de l´employeur, ces 400 heures. Vous refusez de signer ? „Bye bye, par ici la porte !”  Par ailleurs, des heures supplémentaires bien sûr imposées. La raison de cette mesure ? Le sous-emploi qui règne en Hongrie. Notamment pour la main d´œuvre qualifiée qui, sous-payée et souvent confrontée à de mauvaises conditions de travail, part définitivement en masse pour l´étranger. Jusqu´à présent 600 000 jeunes, soit 15% de la population active. Et le mouvement ne fait que s´amplifier. Une loi qui provoque un tollé général chez les syndicats, bien évidemment non consultés. De quoi faire reculer Viktor Orbán ? Probablement pas, car il sait fort bien que, même si un récent sondage donne 83% de la population hostile au projet, la grande masse n´osera trop réagir par peur de perdre son emploi. Le plus piquant dans l´histoire est que ces messieurs les députés, au demeurant grassement payés, n´ont pratiquement jamais connu le monde du travail, directement entrés dans la politique à peine sortie de l’université, au moment du changement de régime (1).

6 décembre : Mikulás (Saint Nicolas)

Objet de culte chez les petits (et les grands) en Hongrie
Si je vous dis 6 décembre, vous me répondrez : „la fête des Nicolas, Colin et Colas, sans oublier les Nicole”. Certes. Mais encore ?  La Saint Nicolas, fête des enfants, célébrée aujourd’hui aux quatre coins du monde. Qui était donc ce saint Nicolas ? Évêque de Myre en Asie mineure, il vécut à la charnière des IIIème et IVème siècles. Le peu que nous savons à son sujet est, que, participant au premier concile de Nicée, il fut un farouche opposant à l´arianisme. Par ailleurs, issu d´une famille aisée, il hérita d´une belle fortune qu´il fit distribuer aux pauvres. Enfin qu´il fut un moment persécuté par les Romains. Nous savons aussi que, dès sa mort, son culte se répandit rapidement dans la région, notamment à Chypre, en Crète et en Grèce, comme en témoignent les nombreuses icônes qui nous en ont été laissées. Avec l´apparition d´une première légende : le suintement d´une huile odorante émanant de sa relique, de la sorte parfaitement conservée. Reliques qui, suite à la victoire des Ottomans sur l´armée byzantine (1071), furent en partie enlevées et dispersées en plusieurs lieux d´Europe, principalement à Bari et en Lorraine (église St Nicolas-de-Port).

Un hymne à l´Amour et à la Liberté

Fidelio au Palais des Arts de Budapest De son unique opéra, Beethoven disait qu´il lui vaudrait la couronne des martyrs. Effectivement, ce fut une gestation longue et laborieuse. Gestation douloureuse, que l´on en juge : trois versions successives, quatre ouvertures, sans compter les innombrables remaniements (le quatuor du 1er acte 13 fois revu, le grand air de Léonore 14 fois). Inspiré d´un fait divers réel (1), le sujet, exhaltant la force de l´amour conjugal, avait déjà été traité par trois compositeurs : Gaveaux, Mayr et Paër.  On sait que Beethoven avait assisté à l’opéra de Paër que, paraît-il - … du moins à en croire Paër… - il aurait apprécié (2).

Le 20 août, Fête nationale hongroise : journée du rassemblement ?

  Il n´est pas interdit de rêver…  S’il est une journée qui m’est chère, c’est bien celle du 20 août, jour de la Saint Etienne, Fête nationale hongroise. Fondateur du royaume, Saint Etienne fut couronné en l’An mil (1). Il mourut un 15 août, en 1038.  C’est en 1083, soit moins de cinquante après sa mort, qu’il fut sanctifié par le pape Grégoire VII, sur l’initiative du roi László 1er (Saint Ladislas), et que la date du 20 août fut désignée pour célébrer son souvenir. Journée proclamée fête religieuse trois siècles plus tard, sous le règne de saint Louis le Grand (Lajos 1er, 1342-1382).

Musique: Amadeus le bien-aimé à l’honneur sur les bords du Danube

Journée Mozart
Le public mélomane de Budapest connaît bien ces marathons organisés depuis maintenant plus de 10 ans, consacrés chaque année à un compositeur donné. Une initiative qui, pour notre bonheur, fait des émules, avec cette journée Mozart qui vient de se tenir dans les locaux de l’Académie de Musique (Zeneakadémia). Le public mélomane de Budapest connaît bien ces marathons organisés depuis maintenant plus de 10 ans, consacrés chaque année à un compositeur donné. Une initiative qui, pour notre bonheur, fait des émules, avec cette journée Mozart qui vient de se tenir dans les locaux de l’Académie de Musique (Zeneakadémia). Une journée organisée à l’initiative des membres de l’ensemble Concerto Budapest et de leur chef András Keller, à laquelle étaient associées deux autres formations: l’ensemble Orfeo et l’Orchestre de chambre Franz Liszt. Trois formations que nous avons déjà souvent eu l’occasion d’entendre et d’apprécier.

Falstaff de Verdi à Budapest: une facétie rondement menée par un Iván Fischer complice

De Verdi, Rossini disait que s’il excellait dans le drame, il n’était pas fait pour l’opéra bouffe. Ce qui n’empêchait les deux hommes d’éprouver une profonde estime mutuelle. Préjugé ou jugement fondé ? Force est d’avouer  que, pour notre part, nous tendions jusqu’ici à partager le sentiment de Rossini (1). Du moins à l’écoute ici ou là de brefs extraits de son Falstaff. Mais de brefs extraits seulement et jamais l’œuvre dans son intégralité. Bonne raison pour saisir l’occasion offerte par cette représentation. Et ce d’autant qu’elle était animée par Iván Fischer, dont il serait superflu de rappeler les qualités en la matière.

Le Stabat Mater de Dvořák en concert à Budapest: un chef d’œuvre empreint d’émotion

Initialement composé pour solistes, chœur et piano, le Stabat Mater de Dvořák fut créé à Prague - dans sa version orchestrale - en 1880. Sa composition est étroitement liée à un drame familial: la perte coup sur coup de trois de ses enfants (1). Il s’agit là de sa première œuvre sacrée, qui contribua à le faire connaître sur la scène internationale (2).  Dvořák avait alors 39 ans. On peut effectivement parler d’un coup de maître, sans nul doute l’un des sommets du genre. A notre sens supérieur au Requiem qu’il allait composer treize ans plus tard... Une œuvre empreinte d’une grande émotion, et l’on comprendra qu’il y a de quoi. „Confiée plus aux voix qu'à l'orchestre, mais jaillissante et spontanée même dans l'affliction, une œuvre atteignant ainsi une grandeur universelle.”(3)