Le théâtre à Budapest sans parler hongrois : lever de rideau, sous-titres allumés

Le théâtre à Budapest sans parler hongrois : lever de rideau, sous-titres allumés

Theatre sans hongrois

Borbála Csete*

Ma méthode préférée pour comprendre une culture ? Aller là où les locaux se retrouvent. S’asseoir dans un café, traîner dans une exposition, écouter. Pour apprendre une langue, c’est pareil : ça marche mieux quand on y prend du plaisir. À Budapest, le théâtre coche les deux cases. Et bonne nouvelle pour les non-hongrophones : plusieurs scènes proposent régulièrement des surtitres en anglais.

Vígszínház : le plus simple, et déjà un décor de rêve

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Photo : Dániel Dömölky

Un mythique théâtre à l’italienne, des velours, des balcons, et une saison qui fait une vraie place au public international. Le Vígszínház propose notamment Orgueil et Préjugés, La Mouette, Le Château, Gatsby le Magnifique, Le Dictateur et Pinocchio avec des surtitres en anglais. Pour les amoureux des grands textes, Orgueil et Préjugés de Jane Austen est le choix évident. La Mouette de Tchekhov, mise en scène par David Doiasvili, ose des solutions visuelles et scéniques qui donnent envie de redécouvrir ce classique. Dans Le Château, Viktor Bodó transforme Kafka en un monde absurde, grotesque et étrangement drôle, où l’impossibilité de comprendre ce qui nous entoure devient précisément le sujet. Pour ceux qui veulent en prendre plein les yeux, Gatsby le Magnifique plonge dans un monde de luxe, de désir et de désillusion. Le Dictateur nous emmène dans l’univers de Chaplin, avec Attila Vidnyánszky Jr. dans le double rôle du petit barbier et du grand dictateur. Et Pinocchio, comédie musicale mise en scène par Tamás Keresztes, est le choix familial. Le bon réflexe : pour lire les surtitres sans vous briser la nuque, mieux vaut éviter les tout premiers rangs et choisir une place centrale à l’orchestre ou dans les premiers rangs du balcon.

Et pour quelque chose de plus contemporain, 4–6, nouvelle création du Vígszínház, tire son nom de la ligne de tram et du bar mythique du boulevard. Ici, pas besoin de comprendre chaque réplique : le spectacle mise davantage sur le rythme, l’énergie et la musique, notamment celle du jeune rappeur Pogány Induló. Autre curiosité : Sommerreise, un cycle de chansons interprété en anglais par Csilla Radnay, clin d’œil ironique à la Winterreise de Schubert. L’occasion rêvée de laisser les surtitres faire une pause : le spectacle est joué en anglais et surtitré en hongrois — course de langue bonus.

Katona József : le théâtre qui fait du bruit

Le Katona est l’une des grandes institutions du théâtre d’art hongrois. Sa petite salle, la Kamra, accueille notamment Chicago, dans la mise en scène de Kriszta Székely, qui fait dialoguer l’univers du musical américain avec les résonances de la Hongrie contemporaine. A pas manquer !

Pour un public étranger, c’est précisément ce genre de théâtre qui représente  : moins vitrine culturelle, Némacsend (‘silence muet’), librement inspiré de Hamlet, est une autre découverte. Le spectacle a été distingué par trois prix de la critique hongroise. Pour qui veut découvrir le théâtre hongrois contemporain, c’est précisément le genre de spectacle qui ne cherche pas à expliquer la Hongrie au visiteur étranger, mais à l’y faire entrer.

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Katona, Némacsend, photo : Dániel Dömölky

Et cette saison, le Katona propose aussi une nouvelle Kasimir et Karoline, d’après Ödön von Horváth des le 10 octobre, mise en scène par la metteuse en scène allemande Amélie Niermeyer. Le décor n’est plus le Berlin de la crise des années 1930 : l’histoire est transposée dans la Hongrie des années 2020. Chômage, précarité, frustration et rêves de réussite donnent à cette histoire d’amour qui se défait une résonance très contemporaine.

EMBTRAG est la relecture contemporaine de La Tragédie de l’homme de Madách, l’un des grands textes de la culture hongroise, notre Faust. mise en scène par Kriszta Székely. Un bon moyen de découvrir un classique national sans devoir affronter seul le hongrois : les surtitres anglais permettent de suivre, tandis que la mise en scène fait dialoguer le texte avec notre présent, la prochaine fois le 17 octobre.

Extázis : Ici, on ne vient pas seulement regarder un spectacle : le public est invité à entrer dans la fête et à participer à ce qui se passe sur scène. Une expérience collective et un peu débridée, qui brouille volontairement la frontière entre spectateurs et acteurs à voir surtout si vous avez envie de sortir du théâtre avec autre chose qu’une histoire à raconter. (Surtitré en anglais : le 7 novembre).

Radnóti, Örkény : sans jouer la sécurité

Angyalok Amerikában (Angels in America) de Tony Kushner, mis en scène par Péter István Nagy, est un autre choix évident pour qui veut retrouver un grand texte international. Projections, caméra, énergie nerveuse : la mise en scène ne cherche pas à rassurer, en deux chapitres. L’action se déroule en 1985, en pleine épidémie de sida. À travers cette histoire de maladie, de politique, de sexualité et de peur, le spectacle trouve des échos troublants dans notre époque.

Au Théâtre Örkény, dont le slogan de la saison est « I am going magyarni », il vaut la peine de regarder la programmation de près. Pour comprendre un peu de l’esprit hongrois, lisez les mini-nouvelles d’István Örkény, l’écrivain dont le théâtre porte le nom. Certaines représentations sont proposées avec des surtitres anglais, en novembre, Az üvegbúra (La Cloche de verre), adapté du roman de Sylvia Plath, sera ainsi présenté avec des surtitres anglais.

Et ailleurs ?

Le Théâtre National propose aussi certaines représentations avec des sous-titres anglais. En octobre, Marxtőkéje est annoncé avec sous-titres anglais le 10 octobre, et Bánk bán, le grand drame national de József Katona, le 14 octobre. 

À Trafó, scène incontournable de la création contemporaine, plusieurs spectacles sont explicitement sans limites linguistiques. Kingdom, de Veronika Szabó, sera présenté en hongrois avec sous-titres anglais le 27 octobre. Mourning Patriarchy, création pluridisciplinaire de Petra Al-Farman, Máté Kőrösi, Ernő Zoltán Rubik et Péter Valcz, est également présenté en hongrois avec sous-titres anglais les 23 et 25 octobre.

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Hajdu Szabolcs: Bobby. B32 Galéria és Kultúrtér, photo Bántó Csaba

Enfin, pour quelque chose de beaucoup plus décalé, gardez un œil sur Bobby, le dernier spectacle du cinéaste Hajdu Szabolcs, présenté par le Látókép Ensemble au B32, à Buda. Un road movie théâtral autour d’un chien qui traverse le monde avec une curiosité presque philosophique. Un bijou rare, porté par une distribution en véritable kaléidoscope européen : un valet de la Renaissance venu d’Italie, puis une jeune Slovaque qui exprime un amour sans frontières.

L’Opéra : quand la langue n’est plus vraiment un problème

Pour finir sans risque linguistique, direction l’Opéra d’État hongrois. Le ballet n’a évidemment pas besoin de traduction, mais les opéras sont également très accessibles : l’Opéra affiche des surtitres hongrois et anglais au-dessus de la scène, et propose aussi des écrans individuels dans la salle. La programmation actuelle offre par exemple Le Nozze di Figaro, en italien avec surtitres hongrois, anglais et italiens, ainsi que Háry János, en hongrois avec surtitres anglais. Die Entführung aus dem Serail est également présenté en hongrois avec surtitres hongrois et anglais.

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Caisse-Noisette, Magyar Állami Operaház, photo : Nagy Attila

Et si vous aimez le ballet, Casse-Noisette reste évidemment un classique des fêtes : ici, nul besoin de connaître un seul mot de hongrois sauf ce titre charmant, Diótörő. Mais il existe un risque à minimiser : il faut prendre ses tickets bien à l’avance pour se préparer l’ambiance de Noel !

Parfois, il suffit de quelques mots que l’on ne comprend pas pour commencer à entendre une ville autrement. Le reste appartient au théâtre…

 

* Chef de rubrique Théâtre

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