Journées du film francophone 2026
Rencontre avec Matthieu Berton, directeur de l’Institut Français en Hongrie
JFB : C’est à Budapest et dans plusieurs grandes villes de la Hongrie que débutent les Journées du film francophone. Au programme il y a beaucoup de films remarqués aux festivals de films célèbres de Cannes, à la Berlinale, ou au Festival de Toronto. Les films d’une grande diversité seront présentés du 4 au 14 mars. Comment avez-vous sélectionné les films et quel est le public que vous visez ?
Matthieu Berton : La sélection repose d’abord sur un critère essentiel : la nouveauté. Tous les films présentés sont récents et, pour la grande majorité, inédits en Hongrie. Nous souhaitons offrir au public hongrois une véritable découverte, en présentant des œuvres qui ont marqué les grands festivals internationaux, comme le Festival de Cannes, la Berlinale ou le Festival international du film de Toronto.
Notre programmation s’articule autour de trois axes : des avant-premières de films français proposées par des distributeurs hongrois, une sélection complémentaire du meilleur du cinéma contemporain choisie par l’Institut français, et une section dédiée aux films issus d’autres pays de l’espace francophone mondial, en partenariat avec plusieurs ambassades présentes à Budapest et le ministère des affaires étrangères et du commerce extérieur pour la Hongrie !
Nous visons un public large : les cinéphiles fidèles aux Journées du film francophone, mais aussi un public plus jeune, des étudiants, des familles, et toutes celles et ceux qui souhaitent découvrir la diversité culturelle du monde francophone. Nous cherchons un équilibre entre des films grand public et des œuvres plus audacieuses ou émergentes.
JFB : Les films de plusieurs continents seront présentés de l’Afrique à l’Amérique du Nord.
M. B. : Oui, et c’est un point très important pour nous. La francophonie est une réalité mondiale, et notre programmation en est le reflet. Une dizaine de pays sont représentés, issus d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord : la Belgique, le Canada, Chypre, la France, la Hongrie, le Maroc, la Roumanie et la Suisse.
À travers ces films, le public hongrois pourra découvrir des récits profondément ancrés dans des contextes locaux différents, mais qui font écho à des enjeux universels : la famille, l’identité, les inégalités sociales, la jeunesse, la transmission ou encore les mutations en cours dans nos sociétés contemporaines.
Cette diversité géographique et culturelle constitue la richesse même des Journées du film francophone.
JFB : La Nouvelle Vague nous fait replonger dans l’histoire du cinéma et évoque la figure de Jean-Luc Godard.
M. B. : La programmation de ce film est en effet une manière de rappeler combien le cinéma francophone a marqué l’histoire du septième art. La figure de Jean-Luc Godard incarne cette liberté et cette audace artistique qui continuent d’inspirer de nombreux cinéastes aujourd’hui. Ce sera d’ailleurs évoqué par le célèbre critique de cinéma, György Báron, avant la projection jeudi 5 mars à l’Institut !
Sans être un festival patrimonial, les Journées du film francophone s’inscrivent dans cette filiation : promouvoir un cinéma exigeant, créatif, capable d’interroger le monde et de renouveler les formes narratives.:
JFB : La parole est aux femmes lors d’une table ronde et lors du Marathon Ildikó Enyedi. Mais la condition féminine est évoquée également dans le film des frères Dardenne : Jeunes mères et dans le film suisse Les courageux. Comment voyez-vous la place des femmes au cinéma et dans les médias ?
M. B. : La question de la place des femmes au cinéma est très importante. Aujourd’hui encore, à l’échelle internationale, les femmes réalisent moins d’un tiers des films produits chaque année et demeurent sous-représentées dans de nombreux postes clés de l’industrie audiovisuelle.
C’est pourquoi nous avons accordé une attention particulière aux réalisatrices dans la programmation de cette année : près de la moitié des films sont réalisés par des femmes. Nous mettons notamment à l’honneur de jeunes cinéastes comme Hafsia Herzi, Alice Winocour, Pauline Loquès ou Rebecca Zlotowski.
Nous avons également la joie d’accueillir Ildikó Enyedi comme marraine du Mois de la Francophonie. C’est une figure majeure du cinéma hongrois contemporain et son parcours artistique, marqué par de nombreuses collaborations européennes et un dialogue constant avec la France, incarne la vitalité et la profondeur des échanges culturels entre nos deux pays.
À travers la table ronde organisée le 8 mars et les films présentés, nous souhaitons contribuer à une meilleure visibilité des femmes créatrices et encourager une réflexion plus large sur leur représentation dans les médias. C’est un engagement qui s’inscrit pleinement dans la diplomatie féministe portée par la France en Hongrie et partout dans le monde.
Propos recueillis par Éva Vámos