Les perspectives du centre

L’UDF française et le MDF hongrois

La campagne centriste menée par François Bayrou au cours de ces élections présidentielles et la politique de centre-droit que représente le MDF (Forum Démocratique Hongrois) suscitent la question des éventuels parallèles entre l’UDF (Union pour la Démocratie Française) et le parti d’Ibolya Dávid. Peut-on, en effet, parler d’une affinité politique entre les deux formations, d’une similitude autour de l’idée même du centrisme ? Le programme et les idées politiques des deux partis sont-ils comparables ? L’UDF et le MDF cherchent-ils en fait à conquérir un même «centre» dans leur pays respectif ? Analyse.

 

Il est important de mentionner dès le départ que le moment est peut-être mal choisi pour se livrer a des comparaisons : en France, la campagne électorale modifie l’intensité et le rythme de la politique, tandis qu’en Hongrie, la vie des partis se construit dans la perspective d’élections relativement lointaines. La cadence est différente, mais c’est précisément l’écho des élections présidentielles parvenu en Hongrie qui donne l’occasion de réfléchir sur les perspectives du centre dans les deux pays.

C’est la percée de François Bayrou au début du mois de mars dans les sondages qui a commencé à attirer l’attention des journalistes hongrois sur la politique de l’UDF. La comparaison avec le MDF d’Ibolya Dávid s’impose en effet à première vue, puisque certaines données de la palette politique hongroise et française font preuve de similitudes. La vie politique des deux pays est fortement bipolarisée, deux «grands» dominent la gamme en France comme en Hongrie. Par ailleurs, l’UDF et le MDF se retrouvent aujourd’hui dans l’ombre de deux grands partis de droite, respectivement l’UMP et le Fidesz hongrois. Ensuite, il s’agit de deux formations relativement mineures, et c’est bien à cause de la croissance des «grands» de droite qu’il en est ainsi. En France, le rassemblement derrière le candidat Chirac en 2002 a appelé un nombre considérable d’élus UDF-istes à rejoindre les rangs de l’UMP. En Hongrie, c’est le dessein politique du chef du Fidesz, Viktor Orbán, de construire une grande union de droite à l’image du CDU-CSU allemand qui a progressivement privé le MDF d’une grande partie de ses figures politiques. Il est également intéressant de mentionner que, à des échelles certes différentes, ces deux partis, aujourd’hui réduits à ce qu’ils sont, disposent d’un passé politique estimable et d’une figure historique : pour l’UDF, c’est Valéry Giscard d’Estaing ; pour le MDF, c’est le premier chef du gouvernement de la nouvelle République hongroise, le défunt József Antall.

A première vue donc, les deux formations semblent converger par leur passé, leur évolution et leur situation présente. Mais cela ne suffit pas pour établir de véritables parallèles politiques. Deux points de vue majeurs sont à prendre en considération pour examiner les ressemblances. D’une part, dans le cadre national qui leur est assigné, ces deux partis disent-ils la même chose, proposent-ils des idées politiques similaires ? D’autre part, est-ce bien une même idée du «centre» que le MDF et l’UDF communiquent ? Le centre est-il le même au sein de l’électorat hongrois et français ?

Au niveau de la politique économique prônée par les deux formations, les divergences commencent à se montrer. Cela est dû au fait que le libéralisme en Hongrie se trouve à gauche : ce sont le SzDSz (Alliance des Démocrates Libres) et le parti socialiste qui favorisent une ouverture libérale de l’économie nationale. En France, comme en Allemagne d’ailleurs, le libéralisme demeure une idée de droite. «Socialiste-libéral» signifie “coalition” en Hongrie et “antagonisme” en France. Le programme actuel de Bayrou, que ce dernier a nommé social-économie, est centriste au sens où, par sa dénomination même, la social-économie regroupe une formule de gauche avec une ouverture sur la droite : une social-démocratie contrebalancée par des éléments libéraux, ou plutôt un libéralisme saupoudré de points «patriotiques» comme la défense des PME, par exemple. En somme, Bayrou tente, du côté de son centre-droit, de remplir l’espace politique du centre-gauche français, une gauche modérée et ouverte qui demeure sans représentation, notamment à cause de la multitude des extrêmes sur la gauche du PS. Ibolya Dávid tente, quant à elle, plutôt de séduire à droite, puisque le MSzP, le parti socialiste hongrois, occupe confortablement le centre de la gauche hongroise.

Du point de vue du centrisme, entendu comme «modération» politique et sociale, l’UDF et le MDF présentent une certaine affinité. Cela est dû au fait que le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle tout comme le leader du Fidesz hongrois n’hésitent pas à chasser sur les terrains de l’extrême droite de leur pays respectif. Ibolya Dávid et François Bayrou cherchent en conséquence à rassembler ceux que les tendances radicales des grands partis de droite risquent d’effrayer.

Au sein de la palette politique, comment juge-t-on les deux partis en question ? En France, en pleine campagne électorale, le PS et l’UMP ont rejeté le centrisme et le gouvernement mixte proposé par Bayrou de la même façon. Il semble bien que le système bipolaire de la politique française arrange bien les deux grands, et qu’un troisième pôle politique qui se mettrait à croître à partir du centre serait loin de les satisfaire. En Hongrie, malgré le fait que le MDF cherche à se rapprocher de la droite, nous pouvons identifier une certaine disposition de ce parti à coopérer avec la gauche au pouvoir, ce qui n’est pas le cas du Fidesz. A plusieurs reprises, nous avons vu aussi les socialistes faire les louanges du MDF pour signaler au Fidesz à quel point leur conception de la politique était radicale à leurs yeux. En même temps, le MDF tente de garder une distance égale vis-à-vis de la gauche et du Fidesz et représenter une droite «normale». Bayrou, quant à lui, parie aujourd’hui sur le rassemblement en tendant la main vers la gauche.

En somme, les ressemblances entre les deux partis, tout comme leurs divergences, sont dues au fait que la gauche et la droite signifient autre chose en France et en Hongrie. Le MDF, malgré sa disposition à coopérer avec la gauche au pouvoir, se présente sous l’égide de son héritage anticommuniste, étant à l’époque le grand parti d’opposition qui avait remporté les législatives en 1990. L’UDF dispose d’un héritage «présidentiel», en tant que parti «parapluie» de Giscard d’Estaing, mais le fait de tendre la main vers la gauche ne suscite pas le même type de réactions qu’en Hongrie, où la gauche est essentiellement occupée par la formation héritière du parti unique du régime socialiste. En ce qui concerne le libéralisme de Bayrou et le conservatisme modéré du MDF, il nous faut parler de symétrie plutôt que de parallèles : en Hongrie, le conservatisme de droite, modéré ou radical, s’oppose plus ou moins aux idées des libéraux. En Hongrie, le libéralisme s’est retrouvé à gauche au cours des années 90, représentant une modération sociale et une opposition à la radicalisation nationaliste de la droite.

Aujourd’hui, le MDF tente de représenter une politique modérée à droite, modération que Bayrou n’a pas à prouver, pendant que Nicolas Sarkozy fait de son mieux pour attirer les électeurs du FN. En ce qui concerne le poids des deux partis examinés, il faudra attendre les législatives de 2010 en Hongrie pour voir si le MDF est vraiment capable de reconstruire une droite dans un champ politique laissé vacant par la radicalisation du Fidesz. En France, nous saurons le 22 avril s’il existe véritablement une demande politique au centre (gauche et droit) dont se réclame le candidat de l’UDF.

 

Pál Planicka

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