Hommage - Péter Esterházy aurait 70 ans

Il y a dix ans que j’ai donné cette interview, depuis seul un de ces trois écrivains vit encore parmi nous. Les deux autres nous ont quittés : Esterházy, il y a bientôt quatre ans, Konrád il y a six mois.  Mais le monde a changé énormément ces six derniers mois : pas du fait de la modernité, mais en conséquence d’une maladie autrefois inconnue, terrible, qui touche tous les continents.  Seul Spiró a pu s’exprimer face à cette nouvelle réalité à travers un texte bouleversant.

Marianna D. Birnbaum 

JFB, 19 avril 2010

Rencontre avec l’auteur Marianna D. Birnbaum 

Professeur, spécialiste de la littérature de la Renaissance en Californie à l’UCLA et invitée du CEU (Central European University) à Budapest, Marianna D .Birnbaum n’a jamais hésité à s’interroger sur le présent. C’est au Festival du livre de Budapest qu’elle présentera cet ouvrage.

JFB: C’est un exploit que de réunir ces trois écrivains en un même ouvrage. Comment avez-vous eu l’idée de ce livre?

Marianna D. Birnbaum : Dans mon courrier, j’ai trouvé une carte postale de Jérusalem signée par ces trois écrivains qui étaient invités au Festival du livre de Jérusalem. C’était un véritable événement de voir comment ces trois hommes tellement différents ont vécu ce voyage. Le titre n’est pas très compliqué, mais on y associe plein de références, car beaucoup sont passés par Jerusalem. C’est une ville qui ne cesse d’attiser les passions, une ville qui, à chaque fois, montre un autre visage.

JFB: Au fil des conversations vous arrivez à dresser le portrait des trois écrivains et de leur rencontre de la ville, mais en même temps ce sont vos choix.

M.D.B.: Dans l’introduction je développe mes idées, c’est mon opinion. Cela surprendra peut-être mes lecteurs, y compris le trio des écrivains qui n’a pas vu mon texte avant. Ensuite j’essaie d’être sur la même longueur d’ondes que mes personnages. Dans l’introduction, je vais au-delà de Jérusalem pour parler de la double identité, par exemple dans le cas des Juifs et des Roms. Et puis on associe tellement de choses à Jérusalem, à la réalité d’Israël, sous le regard de notre trio. Cette terre a été représentée depuis la Bible à travers mille facettes différentes. Il faut y mettre de l’harmonie et là, Esterházy, l’auteur d’Harmonia Caelestis, s’en charge.

JFB: Comment étaient accueillis les écrivains et qu’ont-ils pensé de leur séjour en Israël ?

M.D.B.: Ils ont rencontré leurs lecteurs et un public hongrois cultivé. Chacun à sa manière s’est réjoui de (re)découvrir le pays. Esterházy a vu pour la première fois Israël, les lieux bibliques, mais il a bien profité des excursions. Imaginez le en pleine conversation avec un gardien de troupeau musulman qui insiste sur les avantages de la polygamie! Spiró était à la recherche des lieux historiques décrits dans ses livres: des lieux vieux de 2000 ans et puis ceux vieux de 150 ans au sujet du messianisme. Konrád s’est souvent rendu en Israël, il y connaît très bien la politique, la vie littéraire. Le vieux quartier Mea Sharim lui rappelle son pays d’enfance, la Hongrie, mais il connaît aussi très bien la partie arabe de Jérusalem également. C’est donc un pays multiculturel dont la réception est finalement très différente chez les trois écrivains.

JFB: Connaissant vos multiples projets, dont deux importants nous ramènent l’un à l’époque de la Renaissance, où vous expliquez comment juifs et musulmans étaient utiles au pouvoir, et l’autre au siècle des lumières avec un livre dédié à Fromet Mendelssohn, l’épouse du grand philosophe, nous espérons vous retrouver au prochain Salon avec la passionnante histoire de Gracia Mendes en français.

Éva Vámos

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