Viktor Orbán… glorieux descendant d´Attila?

Savez-vous qui étaient les „Kiptchaks” ? A ma honte, j´avoue personnellement l´avoir ignoré jusqu’ici… Jusqu´au jour où, assistant récemment à Bakou au Conseil turcique (Conseil des États turcophones), le Premier ministre hongrois a transmis aux membres présents le „salut de leurs frères kiptchaks de Budapest”. Était-ce de l´humour ou, plus vraisemblable, était-ce à demi sérieux ? En tous les cas, voilà qui prête à sourire et, comme l´on pourra aisément l´imaginer, fait ici l´objet de plaisanteries diverses, du moins chez les mauvais esprits.

Les Kiptchaks : anciennes tribus turcophones semi-nomades, alias Coumans, qui, venues de Sibérie, eurent leur heure de gloire. Plus ou moins apparentées entre autres aux Tatars. Et, de loin, aux Huns d´Attila. Quant au Conseil des États turcs (Groupe turcique, Türk Keneşi en turc), il a été mis en place voici quelques années pour rassembler, aux côtés de la Turquie, les peuples de l´Azerbaïdjan, du Kazakhstan, du Kirghizistan et de l´Ouzbekistan. Groupe auquel la Hongrie s´est jointe en tant qu´État observateur (1).

Que Viktor Orbán se frotte à ces lointains voisins de l´Est, voilà qui ne fait de mal à personne, me direz-vous. Et pourtant, une démarche qui n´est pas si innocente qu´il n´y paraît. Car, ce faisant, le Premier ministre hongrois reprend à son compte une ancienne théorie qui eut son heure de gloire sous le régime du Régent Horthy : le pantouranisme, courant politique visant à la réunion de tous les peuples finno-ougriens (dont font partie les Hongrois) et turcophones.

Théorie dont le but est clair : se forger un passé glorieux par une parenté avec des peuples guerriers, dont les Huns. Orbán n´avait-il pas déclaré un jour „Nous sommes tous descendants des enfants d Attila”? Théorie depuis contestée par nombre de linguistes et historiens réputés sérieux. Mais qui reste aujourd´hui encore solidement ancrée dans le crâne de certains, notamment dans les milieux purs et durs de l´extrême droite. Théorie qui, dans la période d´avant-guerre, s´opposait frontalement à l´orientation des écrivains et intellectuels progressistes qui avaient le regard fixé sur Paris et l´Occident. Dont certains, parmi les plus en vue, avaient fondé un mouvement et une revue intitulés „Nyugat”, c’est-à-dire „Occident”.

Au-delà de ce regard langoureux porté sur le Bosphore et l´Asie centrale, il faut également y voir aujourd´hui un alignement sur la politique du grand frère et ami Erdoğan. Erdoğan qui va d´ailleurs nous faire prochainement l´honneur de sa visite (le 7 novembre). Je veux bien, mais de là à aller clamer que „l´intervention turque en Syrie sert les intérêts de la Hongrie” (Péter Szijjártó, ministre des AE) et à opposer dans un premier temps son veto (le seul sur les 28) à une déclaration commune de protestation des Etas membres de l’UE, n´est-ce pas pousser le pion un peu loin ?

Encore un pied de nez vers Bruxelles, mais bon, nous n´en sommes plus à cela près… De là à dire que „Là où Orbán passe, l´herbe ne repousse plus” ? Non, ne soyons tout-de-même pas si sévères ! Et puis, après l´échec qu´il vient de subir aux municipales, notamment à Budapest, laissons-lui au moins ce petit défoulement à titre de consolation.  Soyons fair play!

Pierre Waline

(1): La Hongrie qui héberge un bureau permanent du Groupe à Budapest.

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