Soirée des Révoltés

Avait lieu mardi soir à la Maison de la Presse Hongroise (MÚOSZ) une projection de deux des films les plus emblématiques du célèbre réalisateur André Libik. Véritable figure de proue du documentaire, M. Libik, secondé en ouverture et fermeture par la présidente du département des journalistes culturels, Éva Vámos, s’est adressé au public enthousiaste tout au long de cette Soirée des Révoltés.

Voilà un titre judicieusement utilisé pour désigner cette projection des documentaires Malcom X et La mort d’un général. Dépeignant les réalisations d’Humberto da Silva Delgado au Portugal et de Malcom X aux États-Unis, ces documentaires prennent une fin tragique, en concordance avec le destin de leurs héros. En effet, Malcom X mourrait assassiné brutalement en 1965, en plein discours, après avoir mené une vie passionnée de militant pour les droits des Afro-Américains. Delgado meurt la même année, également par balles, mais du fusil des hommes de Salazar, dictateur contre qui il s’était retourné dans les années 1950 en promouvant un idéal démocratique.

Tout comme ces braves hommes, André Libik a mené une vie passionnée, dans laquelle il s’est livré corps et âme pour son art. «J’aime ce travail d’un amour inconditionnel ! J’aime aussi les jolies filles, mais je n’ai jamais laissé tomber une interview pour l’une d’elles. J’ai pris les deux !», raconte-t-il à la rigolade, encore plein d’énergie du haut de ses 87 ans. «J’aurais fait ces films même si on ne m’avait pas payé. Pour moi, c’est comme un hobby», poursuit-il dans cette entrevue accordée aux journalistes du JFB. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait en début de carrière, de travailler gratuitement, lorsqu’il a produit trois reportages pour la Croix-Rouge française après avoir quitté en 1956 sa Hongrie natale, alors engagée dans une sanglante révolution.

André Libik décide d’aller s’établir à Paris, puis en Allemagne en 1963 – il deviendra citoyen allemand en 1973 – après avoir remporté le prestigieux prix de l’ours d’argent au festival du film international de Berlin. Durant les dix années qui suivirent, le documentariste réalisera jusqu’à deux films par année, et bien souvent, avec l’aide d’une toute petite équipe. «Je suis étonné lorsque je vois tant de gens participer aux films sur la chaîne de National Géographic aujourd’hui. Nous n’étions bien souvent que cinq sur une production», compare-t-il. Cela ne l’a cependant pas empêché de connaître un succès monstre avec la diffusion de ses reportages, qui rejoignaient jusqu’à dix millions de téléspectateurs en Allemagne après le téléjournal du soir. André Libik a d’ailleurs remporté le prix Grimme-Preis pour sa généreuse contribution à la télévision allemande. En 1992, appelé par la nostalgie, il retournera vivre et travailler en Hongrie.

C’est donc sous une salve d’applaudissements que s’est conclue la présentation d’André Libik mardi soir à la Maison de la Presse Hongroise. L’assistance, dont faisait partie Judit Morva-Cristofari la rédactrice en chef de l’édition hongroise du Monde Diplomatique, a tenu à féliciter le réalisateur pour son courage et sa contribution précieuse à la soirée. En observant les yeux pétillants d’André Libik cependant, tous pouvaient deviner que le plaisir avait été pour lui.

Xavier Bourassa

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