Crise migratoire, relations Hongrie-Russie, Central European University…

La politique étrangère de la Hongrie de Viktor Orbán analysée par Andr​á​s Dési

16h30. Une nouvelle chronique de Mauvaises Ondes, rubrique présentée à Tilos ​Rádió ​un samedi sur deux​, ​commence.

Après avoir fait le point sur l’actualité française concernant principalement les Gilets Jaunes, à nouveau mobilisés le samedi 4 mai pour le XXVe acte, et les manifestations plutôt mouvementées ayant eu lieu le 1er mai à Paris, s'enchaînent, entre deux chansons au parfum exotique de l’artiste réunionnaise Maya Kamaty, les chroniques scientifiques et musicales.

Mais c’est la lecture de la politique étrangère menée par le gouvernement de Viktor ​Orbán faite par le journaliste hongrois et ancien correspondant à Paris pour le Népszabadság András Dési, qui se trouve au cœur de la chronique de ce samedi 4 mai.

“​Paris c’est mon Berlin et Berlin c’est mon Paris​” : c’est ainsi que András Dési nous résume en bref sa carrière de correspondant à l’étranger en Allemagne et en France.

Ensuite, Guillaume Carré, chroniqueur à la radio Tilos Rádió, entame le débat par la question suivante : ​peut-on parler d’une politique étrangère de Viktor Orbán plutôt que d’une politique étrangère de la Hongrie ? L’invité spécial semble pencher pour une réponse affirmative.

En effet, la politique étrangère de la Hongrie reflète​ avec une symétrie quasi-parfaite les piliers de la politique de V. Orban. Tout d’abord, le thème de la crise migratoire. Le leader du Fidesz connaît aujourd’hui une certaine notoriété dans la sphère politique européenne et mondiale, et cela est en partie dû à son positionnement en tant que l’un des chefs de file du mouvement anti-immigration qui touche une grande partie de l’Europe. De plus, sa place dans le Parti Populaire Européen (PPE), aussi fragile soit-elle suite à l’épisode du financement de la campagne de presse contre le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le financier George Soros, événement avec lequel il a ​“poussé la ligne rouge​”, lui donne de la légitimité sur ce sujet.

Les relations avec les pays voisins incarnent un autre pilier de la politique étrangère de la Hongrie. Celles-ci ont connu fluctuations, ententes et désaccords, notamment liés aux diasporas et aux minorités hongroises se trouvant dans les pays frontaliers tels que la Roumanie, la Serbie ou la Slovaquie. Mais V. Orb​á​n a décidé de porter un regard plus souple sur ces problématiques, afin de pouvoir compter sur ses voisins surtout concernant sa politique migratoire. Cette coopération se concrétise à l’image de la structuration du groupe de Visegrad, alliance culturelle et politique née en 1991 entre la Hongrie, la Pologne (pays avec lequel la Hongrie tisse un lien d’amitié depuis toujours, lié peut-être à un destin commun), la République Tchèque et la Slovaquie. Les quatre pays prônent en effet une politique restrictive en matière d’immigration. Par la suite, c’est le thème des “​relations amicales, voire cordiales​” entre la Hongrie et la Russie qui est abordé. La présence russe est bien installée sur le sol hongrois, tant aux niveaux économique, nucléaire que bancaire : il y a en effet une banque russe qui vient de s’établir en Hongrie, ce qui suscite quelques questionnements. S’agit-il d’une couverture de la part des services secrets russes ? Le gouvernement russe est-il en train de faire chanter le Premier Ministre hongrois concernant un dossier secret ? Les ​news ​et ​fake-news ​circulent. Dernier sujet de cette émission, les relations plutôt bienveillantes qui semblent lier Viktor Orban et Donald Trump. Les tensions concernant l’Université d’Europe Centrale (CEU), établissement fondé par George Soros en 1991 et accrédité à la fois aux États-Unis et en Hongrie, semblent se détendre. En effet, sous la présidence Obama, les liens entre les États-Unis et la Hongrie n’étaient pas au beau fixe, et le Premier Ministre hongrois n’avait pas été reçu aux États-Unis depuis 2010, tandis que Donald Trump va recevoir V. Orb​án mardi 13 mai. Comment le Président américain se positionne-t-il par rapport à la volonté du gouvernement hongrois de fermer une université aussi étroitement liée aux États-Unis ? Rien n’est certain, mais d’après Andr​á​s Dési, D. Trump semble pencher pour un “​oubli​” de la cause universitaire, ce qui aurait peut-être un lien avec des tensions partisanes entre les Républicains dont il est issu et les Démocrates, financés et soutenus par G. Soros. La possible fermeture de la CEU pourrait donc représenter un “​dommage collatéral​” lié à la politique intérieure des États-Unis.

En conclusion, Andr​á​s Dési aborde les possibles intentions de Orb​á​n : qu’espère-t-il du rapprochement avec les dirigeants de la droite radicale européenne ? Aspire-t-il à changer la nature de l’Union Européenne en se posant comme le leader d’une mouvance qui abolirait le mur entre la droite traditionnelle et l’extrême droite ? ​À voir si les résultats des élections européennes nous éclaireront davantage sur ce sujet. En attendant, Mauvaises Ondes nous donne rendez-vous au samedi 18 mai, pour débattre de l’avenir de l’Union Européenne.

Sofia Erpenbach

Articles: 
field_vote: 
Votre notation : Aucun(e) Average: 3 (2 votes)