Quand Eric-Emmanuel Schmitt est à Budapest

Après une première master classe à ELTE mercredi 27 mars, une rencontre en soirée à la résidence de France autour de son œuvre théâtrale et un seconde master classe le lendemain matin, cette fois à l’Institut français de Budapest, Eric-Emmanuel Schmitt était à nouveau présent en fin d’après-midi pour une rencontre avec le public. Cette heure de questions-réponses entre l’écrivain aux nombreuses casquettes, la modératrice et l’auditoire a été suivie de la projection de son film Odette Toulemonde.

Alors que les spectateurs étaient encore en train de s’installer, il est apparu au milieu de l’auditorium, souriant et calme, comme tout droit sorti d’un de ses romans. Vêtu d’un costume violet et d’une chemise rose, Eric-Emmanuel Schmitt s’est raconté pendant une heure devant un public subjugué. En effet, les lecteurs s’étaient déplacés en nombre ce soir-là. La rencontre, d’abord planifiée à la librairie Latitudes a dû être décalée au dernier moment à l’auditorium de l’Institut pour pouvoir accueillir tout ce monde.

Il est vrai qu’Eric-Emmanuel Schmitt est un véritable succès de librairie. Romans, pièces de théâtre, nouvelles, rien ne l’arrête. Quand on lui demande d’ailleurs comment il fait pour choisir la forme d’écriture, il répond qu’il se laisse guider : « des idées me viennent, des personnages me parlent. Je ne décide de rien, je suis esclave de mon imaginaire ». Un imaginaire vaste qui se nourrit de la réalité mais aussi surement de son incroyable sens de l’optimisme : « je suis profondément optimiste, pas un optimiste naïf mais un optimisme quand même », rejetant le pessimisme qui selon lui est un peu trop tendance dans notre société. « On parle d’un noir délectable mais jamais on ne dira que le rose est merveilleux ».

Cette heure aura été aussi l’occasion pour l’auteur, grand mélomane de parler de sa passion qu’est la musique : « un musicien, c’est un être qui m’aide à vivre ». Il a d’ailleurs consacré tout un cycle d’écrits à cet art avec des romans tels que Ma vie avec Mozart ou Le Carnaval des animaux. Ce cycle « du bruit qui pense », en référence à, dit-il, une citation de Victor Hugo entraîne le lecteur dans le monde de la musique. « C’est merveilleux la musique, pas mal de choses passent par elle. Je ne sais pas pour vous mais mon humeur peut changer du tout au tout en fonction de ce que j’écoute ». Pour faire entendre la musique de ses textes et comment celle-ci les imprègne, lecture est faite d’un extrait d’un autre de ses romans, Madame Pylinska et le Secret de Chopin. Alors Eric-Emmanuel Schmitt, tantôt doux, tantôt fort, tantôt épique, tantôt mélancolique saura interpréter son texte, rappelant que le bonhomme est aussi un homme de théâtre, habitué à mettre en scène et à se mettre en scène.

La voix chaleureuse de l’auteur remplit l’auditorium alors qu’il évoque également sa passion qu’est la philosophie, son auteur préféré Diderot ou son cycle de l’invisible. Autre série de ses romans, marquée par la particularité que tous les personnages principaux sont des enfants. « Les enfants, ce sont de grands philosophes, d’abord parce qu’ils posent des questions, et c’est comme ça que Platon définit un philosophe, c’est quelqu’un qui s’interroge. Mais un enfant c’est aussi quelqu’un qui n’a pas de culture, qui reste humble et c’est pour cela que quand on veut lui expliquer quelque chose, on ne peut s’abriter derrière cette culture qu’il ne comprend, on est obligé de lui expliquer jusqu’au bout. ». Et c’est ainsi qu’il parsème de citations de philosophes cette rencontre comme il peut le faire dans son œuvre, rappelant discrètement qu’il en est pétri, en tant qu’agrégé, de philosophie. Ce n’est pourtant pas cette voie qu’il aura choisie : « j’ai enseigné pendant 5 ans la philosophie et puis le succès m’a rattrapé » explique-t-il humblement. Bien qu’il dise qu’« écrire, ce n’est pas un métier, c’est une vocation », ses nombreux succès le consacrent comme un des auteurs francophones les plus lus. On lui demande alors laquelle de ses œuvres il choisirait parmi la trentaine qu’il a déjà publié. C’est La part de l’autre qui lui vient alors à l’esprit. Cette uchronie mêle deux histoires, celle d’Adolf Hitler, refusé à l’académie des beaux-arts et celle d’Adolf H. qui lui y entre. En comparant ces deux portraits, il s’agit alors de voir comment toute l’histoire de l’Europe aurait pu changer du tout au tout. Cette simple possibilité donne le vertige. « Ce livre aura failli me rendre fou » avouera ainsi l’auteur. Mais le succès, lui, sera au rendez-vous.

Aurélie Loek

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