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Rencontre avec l’Art Contemporain


By JFB - Posted on 08 avril 2017

Entretien avec Borbála Kálmán, commissaire et historienne de l’Art au Ludwig Múzeum

L’exposition « non-aligned art/Marinko Sudac collection » ouvre ses portes le 13 avril au Ludwig Múzeum de Budapest. Nous avons rencontré Borbála Kálmán  historienne de l’Art dans cette grande institution d’Art Contemporain budapestoise qui  fera partager sa passion pour cette discipline dont elle a fait son métier. Nous aborderons avec elle l’histoire et les missions de l’emblématique Ludwig Múzeum, faisant traverser, depuis sa fondation, les frontières théoriques et physiques à travers l’Art.


Un musée ne peut exister sans le travail des passionnés

Borbála Kálmán travaille au Ludwig Múzeum qui propose son exposition permanente assez unique dans la région -  qui s’actualise régulièrement -  et des expositions temporaires significatives. L’institution d’Etat avec une collection d’environ 600 œuvres fait partie de la grande famille Ludwig comptant 17 unités dans le monde, aux structures très différentes. La collection est née en 1989 à travers le don à l’État hongrois d’une centaine d’œuvres d’art par le couple fondateur, Peter et Irene Ludwig. Une autre centaine d’œuvres sont en prêt sur long-terme á Budapest mais appartiennent au Ludwig Stiftung, l’organisation « centrale » siégeant à Aix-la-Chapelle, en Allemagne. Cependant, la partie majeure de la collection de l’institution Ludwig de Budapest a été acquise par le musée au cours du quart du siècle de son existence.

Le rôle de Borbála Kálmán s’articule entre la recherche, et celui de commissaire. C’est elle qui coordonne des expositions comme « non-aligned art / Marinko Sudac collection ». L’historienne de l’Art a assuré son arrivée au musée Budapestois ainsi que l’adaptation du concept original élaboré par Marco Scotini et présenté en premier lieu au FM center de Milan en automne 2016.

C’est une ballade en terre artistique Budapestoise que nous propose Borbála.  Avant de poser ses valises de passionnée dans l’impressionnant bâtiment à l’architecture Brutaliste, elle travaillait à la Várfok Gallery comme historienne de l’Art.  Au sein d’une galerie, le travail est en forme de couteau suisse : à côté de la « routine » de galeriste, du vin servi lors des vernissages, aux clous plantés dans les murs lorsque cela est nécessaire.  Mais la passion pour l’Art transcende les espaces, puisque revient toujours le même discours, mettant en avant un travail intense et une communication très riche avec les artistes. Chaque échelle possède ses avantages et particularités. Dans une institution comme le Ludwig il est intéressant de pouvoir travailler des années à l’avance et d’avoir un champ plus étendu pour la recherche. L’échelle et les narratives des expositions sont plus complexes, puisque l’analyse se porte sur la voix suivie par l’Art contemporain au niveau domestique et international. Au niveau d’une galerie les expositions sont surtout basées sur les nouveaux travaux des artistes dans une continuité suivant leur activité. Le travail quotidien est tout de même semblable, par la volonté d’accentuer la valeur que peut représenter l’Art et les défis, quelques fois même très techniques, à relever qui donnent la dynamique de tous les jours.

Art de  l’échelle régionale à l’internationale

Le Ludwig Múzeum a été fondé dans la lignée d’Irène et Peter Ludwig suivant l’idée d’une unification culturelle en Europe. . Le musée possède la plus grande collection internationale d’art contemporain en Hongrie. Le rôle diplomatique de l’Art était un élément central des convictions du couple, d’autant plus à l’époque où l’Europe était séparée par le rideau de fer. Ils pensaient qu’il était possible de traverser les frontières théoriques et physiques à travers l’art. Leur collection contemporaine a commencé avec le pop art américain, aujourd’hui partie intégrante  du musée, avec des œuvres de Warhol ou Rauschenberg.

À l’échelle régionale, la mission principale du Ludwig est de suivre les tendances en Europe centrale et de l’Est et mettre en avant la scène contemporaine hongroise d’après 1989, tout autant dans sa programmation que dans sa politique de collection. Borbála nous présente les expositions comme plutôt centrées sur cette époque, tout en essayant de couvrir parallèlement la période néo-avant garde et conceptuelle des années 60/70 en Hongrie. Avec l’exposition présentant les scènes actuelles de l’Albanie et Kosovo, après une proposition montée à la direction, la collection du Ludwig Stiftung a été enrichie d’œuvres de sept artistes différents, un nombre unique en ce qui concerne ces deux pays au sein des collections institutionnelles à l’échelle régionale.

Pour notre interlocutrice, le rôle de l’Art contemporain reste toujours aussi important. Elle le définit comme une plateforme de dialogue permettant de connecter les différentes parties de la région. Le but est de comprendre son rôle dans un contexte global, régional et local : la question de l’Art n’est plus tant diplomatique mais sociale, comme facteur aidant à nous comprendre et connaître notre place.

Une programmation étoffée, de nombreux artistes promus

En un quart de siècle, les trois directeurs du Ludwig qui se sont succédés ont porté tout 3 leurs visions dont on n’oubliera pas la figure emblématique de Katalin Néray. Julia Fabényi, la directrice actuelle, cherche – outre à présenter les scènes artistiques les moins connues dans la région – à mettre l’accent sur des œuvres d’artistes ou de groupes surtout liés à l’époque néo-avant garde n’ayant pas encore acquis leurs places adéquates au sein de l’histoire de l’Art contemporain. C’est le cas avec l’exposition consacré au groupe de l’atelier de Pécs (Pécsi Műhely ) qui sera lancée lors d’un vernissage le 13 avril.  Ce groupe d’artistes actif dans les années 70/80 n’a jamais eu de représentation rétrospective de cette envergure.

La recherche est centrale dans la mise en place des grandes expositions qui font le fruit du musée. La narrative est toujours centrale, comme ce fût le cas lors de l’exposition itinérante Pop art Les œuvres classiques américaines ont été complétés, suivant la conception du commissaire Katalin Timár, par celles d’artistes de l’Est, avec pour problématique « peut-on parler de Pop art en Europe de l’Est » ? La réponse fût, selon Borbála, très intéressante l’exposition proposant une nouvelle approche de cette époque.

La programmation se fait une ou deux années à l’avance, bien que certaines expositions prennent moins de temps: par exemple, l’exposition de la collection Sudac n’a été décidée que très récemment par rapport à la très grande programmation annuelle. Il fût discuté de son voyage vers la Hongrie au cours de son exposition à Milan. Le résultat l’ancre dans un contexte régional, et, avec l’atelier de Pécs, créait un dialogue entre les expositions.

L’inscription de l’Art dans un contexte historique, véritable grille de lecture

Comme avec la collection Sudac la tendance artistique « non conforme » des années 60/70/80 a joué un rôle majeur dans la région. L’historienne de l’Art nous fait constater que cette scène – non-officielle par rapports aux régimes politiques en place à cette époque – reste très peu connu de l’autre côté de l’Europe. Ce qui explique l’intention du commissaire, Marco Scotini, de présenter une différente vision de l’Est, selon lui encore considérée marginale et incomprise, afin de l’inscrire sur la carte de l’Art contemporain en Europe Le commissaire, en incluant des archives et des documents complétant les œuvres exposées, souhaite donner une idée du contexte dans lequel créaient ces artistes et groupes d’artistes, du mécanisme qui faisait fonctionner ces scènes et le réseau qui reliait ces différentes scènes de l’Europe s’étalant derrière le rideau de fer. La force de l’Art en matière historique se définit par la possibilité qu’il donne de relire une histoire différente de cette région et du rapport entre les artistes de l’est et de l’ouest. Borbála nous présentera le passionnant exemple du mail art et des correspondances visant à inviter des artistes de l’ouest en ex-Yougoslavie.

En s’appuyant sur les théories de Pierre Bourdieu, il faut selon l’historienne de l’art remettre en perspective les éléments du passé pour voir comment le champ artistique travaillait et fonctionnait. Ainsi, ces expositions et l’Art contemporain ont un rôle intéressant pour  proposer une relecture de la période.

C’est sans faire quitter l’Art contemporain de notre esprit que nous quittons Borbála Kálmán, après cette rencontre enrichissante. Elle nous attend d’ailleurs le 13 avril au Ludwig Múzeum à l’occasion du vernissage retraçant l’activité de l’atelier de Pécs, un groupe d’artistes néo-avangardes et conceptuel. Ce sera la première fois qu’une exposition aussi grande leur sera consacrée, s’inscrivant dans le contexte régional de la collection Sudac présentée jusqu’au 25 juin.

« L’art pour moi est celui qui se fait ressentir comme nécessaire, il doit exister et sans lui, la vision du monde n’est pas même. » Sur cette phrase de notre interlocutrice, nous nous rappellerons sans cesse l’importance d’intégrer l’Art à nos vies. 

 

Théo Cazedebat

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