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Michael Haydn et Mozart: deux amis de Salzbourg


By JFB - Posted on 29 mai 2016

célébrés dans un même concert à Budapest

De cinq ans le cadet de Joseph, Michael Haydn ne jouit pas, loin de là, de la même célébrité que son frère. Certes, l’oeuvre que nous a laissé Joseph Haydn le place au rang des plus grands dans l’histoire de la musique. Malgré tout, il ne faudrait pas que la gloire de l’aîné fasse pour autant oublier les qualités du cadet. Car Michael Haydn fut à l’époque un compositeur hautement apprécié. Ami de Mozart, il fut entre autres le professeur de Weber et de Diabelli. Mozart qui fit le plus grand éloge de ses compositions. Notamment dans le domaine de la musique religieuse (1).


On n’en sera donc que plus reconnaissant aux musiciens de l’orchestre Orfeo et à leur chef György Vashegyi  d’avoir inscrit une œuvre de Michael Haydn au programme de leur concert donné ce weekend end à Budapest. En nouvelle création mondiale, l’oratorio  „Campagne et victoire de l’empereur Constantin Ier” (Kaiser Constantin I. Feldzug und  Sieg)  fut composé en 1769. „Nouvelle création”, car l’œuvre ne fut jamais jouée depuis (2). Une œuvre qui commémore la victoire de l’empereur Constantin sur son rival sanguinaire Maxence, persécuteur des chrétiens (3).

Divisé en trois parties, l’oratorio de Michael Haydn présente une originalité: ses cinq solistes sont toutes des femmes, de plus, toutes les cinq des voix de sopranos; elles représentent respectivement le Courage, la Théologie, la Philosophie, la Foi et le Doute (auxquelles se joint sur la fin un contreténor en solo). Une œuvre qui n’est pas entièrement de la plume de Michael Haydn, certaines parties ayant été composées par deux de ses collègues: Anton Adlgasser (également apprécié par Mozart) et Scheicher, Joseph Haydn ayant lui-même fourni un air. Une pratique relativement répandue à l’époque.

Les cinq solistes: trois Hongroises (Katalin Szutrély, Klára Kolonits, Emőke Baráth), une Cypriote (Theodora Raftis) et une Française (Chantal Santon-Jeffery). Toutes de haut niveau, disposant déjà d’une sérieuse réputation au plan international (4). Plus qu’un oratorio, l’œuvre consiste davantage en une suite d’airs, récitatifs et duos de sopranes. Parfois accompagnées par des cuivres (duos soprano-trompette, soprano-cor et.. soprano-tombone!), trouvaille originale qui produit un effet inattendu. L’orchestre est par contre assez discret, plus accompagnateur qu’acteur à part entière. Quant au chœur, il n’intervient – malheureusement- que très rarement, mais pour nous servir une merveilleuse musique. Une œuvre fort belle dans l’ensemble. Malgré tout un peu longue par moments avec quelques temps morts (récitatifs) et sur un rythme parfois lent ou cassé par le va-et-vient constant des chanteuses qui alternaient à l’avant-scène. Mais une œuvre admirablement servie par des solistes aux voix fortes belles, toutes les cinq irréprochables.       

Écrite 10 ans plus tard, la Messe solennelle en ut majeur K317 dite du Couronnement fut composée à l’occasion de la fête du couronnement de la Vierge miraculeuse du sanctuaire de Maria Plain, proche de Salzbourg. Il s’agit probablement d’une des œuvres aujourd’hui les plus jouées de Mozart. Malgré sa relative brièveté - qui en fait presque une missa brevis, forme alors privilégiée par l’archevêque de Salzbourg Colloredo - cette œuvre séduit par sa brillance et sa forme mélodique (cf. son si charmant  Bendictus en rondo). D’aucuns voient même dans le solo de soprano qui entame l’Agnus Dei, une préfiguration de l’air de la Comtesse des Noces de Figaro („Dove sono..”).

Une messe ici servie par un merveilleux quatuor de solistes: Chantal Santon-Jeffery, soprano; Eszter Balogh, alto, László Kálmán, ténor; László Mokán, basse. Une interprétation vivante, par un orchestre jouant sur  instruments d’époque aux sonorités brillantes et chaleureuses. 

Composé six ans plus tôt (1773) lors d’un séjour à Milan, le motet Exultate Jubilate fut écrit à l’origine pour le célèbre castrat (et compositeur) Venanzio Rauzzini. Il est surtout connu pour son allegro final „Alleluia”, qui figure au hit parade de nos récitals d’église. Je ne sais ce que cela pouvait donner chanté par un castrat (ou, de nos jours, par un contreténor), mais j’avoue avoir du mal à l’imaginer autrement servi que par une soprano. Surtout si celle-ci s’appelle Emőke Baráth. Quelle voix! Quelle fraîcheur et quel charme! Nous avons déjà eu l’occasion de présenter à plusieurs reprises cette jeune chanteuse hongroise qui, sans nul doute, fera beaucoup parler d’elle... (Si ce n’est déjà fait, vu qu’elle se produit régulièrement à l’étranger, notamment en France (4).)    

Initialement, le Requiem de Mozart avait été inscrit en seconde partie du concert. Mais le chef et son entourage se sont vite repris pour le remplacer donc par le motet et la messe du Couronnement. Œuvres - si l’on nous permet l’expression... - de jeunesse de Mozart, dont le style encore baroquisant sied parfaitement à l’oratorio de Michel Haydn. Une excellente initiative.

Un chef (György Vashegyi), son orchestre (Orfeo) et son chœur (Purcell) spécialisés depuis maintenant 25 ans dans la musique classique dite „baroque” et la musique ancienne où ils sont visiblement dans leur élément. De plus, inscrivant régulièrement à leur programme des œuvres inédites ou rarement jouées, prises pour beaucoup dans le répertoire français. Tels ces extraits d’opéras de Jean-Marie Leclair et Mondonville qui ouvriront en novembre prochain la saison 2016-2017. Saison au cours de laquelle sera entre autres donnée une messe de Michael Haydn, cette fois aux côtés d’une autre messe de son frère Joseph.  

Des rendez-vous à ne pas manquer…

Pierre Waline

(1): Etabli à Salzbourg, Michael Haydn (1737-1803) fut Konzertmeister et compositeur à la cour du prince-archevêque Colloredo. De près de 20 ans plus jeune, Mozart lui voua une réelle et fidèle amitié.

(2). Les manuscrits des oratorios de Michel Haydn sont pour la plupart conservés en Hongrie (bibliothèque Széchényi) et c’est précisément à György Vashegyi que nous devons leur réédition.

(3): Constantin (272-337), fondateur de Constantinople, battit Maxence en 312 à la bataille du pont Milvius. Maxence dont on a quelque peu exagéré la réputation de tyran sanguinaire... Victoire symbolique... de la chrétienté sur le paganisme....

(4): telle Emőke Baráth - dont nous avons déjà rendu compte dans ces colonnes - qui se produit régulièrement en France (Aix-en-Provence, Théâtre des Champs Élysées, Opéra royal de Versailles, Opéra de Montpellier), ou encore Klára Kolonits, entre autres célèbre pour sa Violetta (Traviata) ou encore ses rôles mozartiens, telle sa  Reine de la nuit, sa Comtesse des Noces, sa Dona Anna de Don Juan ou sa Fiordiligi de Cosí. Quant à notre compatriote Chantal Santon, il nous suffira de citer un critique: „Voici assurément un tempérament parmi les plus intéressants de la scène lyrique actuelle... Retenez bien ce nom...”

 

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