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La Cantique des Cantique sous le regard de Gray Box


By JFB - Posted on 17 mai 2016

Rencontre avec Anna Ádám (fondatrice et directrice artistique de la compagnie de performance Gray Box), Orsi Fodor et Roland Korponovics, membres de la compagnie Gray Box.

“Mémoire-Enclancheurs” - c’était sous ce titre que nous avons publié une interview l’année dernière avec Anna Ádám - qui a fait le tour de plusieurs galeries à l’étranger (France, Arménie, Allemagne, Bulgarie, Autriche, Slovaquie…) et en Hongrie. Elle sait nous surprendre - cette fois-ci, c’est la Cantique des Cantiques qui a inspiré sa vêtement-performance, qu’elle a présentée avec sa compagnie Gray Box le 14 mai dernier à la galerie 2B.


JFB : Sous le nom de Gray Box, tu organises différents programmes et tu présentes régulièrement des vêtement-performances en Hongrie (Ludwig Museum, Centre Capa, TAT Galerie, Institut Français…) et à l’étranger (Modern Art Museum, Yerevan; GlogauAIR Project Space, Berlin...). Comment décrirais-tu Gray Box ? Que faites-vous exactement ?

Anna Ádám : Gray Box est à la fois une plateforme d’expérimentation et de création et non dernièrement une compagnie dont la ligne artistique se situe à la frontière de la performance et du spectacle vivant (théâtre, danse…). Nous organisons depuis trois ans des projets pédagogiques (workshop, JAM-LAB, ARTfitness) et artistiques (vêtement-performance) qui réagissent et interagissent à la fois avec le sujet et le contexte dans lequel ils prennent place. L’outil centrale de tous nos programmes est notre collection de vêtements et de costumes performatifs qui compte aujourd’hui plus de cent cinquante pièces. Dans une scénographie personnalisée et participative, nous établissons une relation de proximité et d’intimité avec le public.

JFB : Gray Box, c’est donc aussi une compagnie de performance composée de dix performeurs, de deux musiciens et d’un auteur. Comment vous-vous êtes rencontrés ? Qui sont les membres ?

Roland Korponovics : Un de nos amis commun nous a présenté l’an dernier l’un à l’autre à Jurányi, et dès lors que nous nous sommes serrés la main, on a commencé à improviser devant tout le monde. Et puis Anna m’a invité à une des toutes premiers ateliers de JAM-LAB, qu’elle avait organisée à la Galerie TAT. Les JAM-LAB (JAM-session + LABoratory) sont une série d’évènements où les participants sont en paires avec un inconnu. Ils reçoivent un script (une partition d’improvisation thématique) et avec leur partenaire pendant une heure ils doivent mener une discussion non-verbale, où ils s’expriment sur le sujet en question essentiellement à travers la pratique du corps et du mouvement. Et bien sûr, pendant ces “dialogues”, les participants doivent utiliser la collection de vêtements Gray Box. Et puis après cet évènement, elle m’a invité à participer à la performance Replay! Remix! Remake! en tant que performeur. J’ai intégré une équipe dans laquelle on participe tous activement aussi bien à la création conceptuelle, à la mise en forme et mise en espace des performances qu’à l’organisation de celle-ci. Au-delà de cette pratique basée sur la créativité collective, la compagnie se nourrit également de la diversité de ses membres. Nous venons tous des horizons différents (artistes, acteurs, danseurs, théoréticiens…), et continuellement chacun offre et reçoit des compétences et du savoir des uns et des autres.

JFB : Il y a beaucoup d’invention - c’est plusieurs disciplines artistiques qui se mélangent dans tes spectacles. Pourquoi as-tu choisi ce beau texte ancien pour ton projet Gray Box et comment vois-tu la Cantique des Cantiques - c’est l’amour c’est l’érotisme qui vous a plu avant tout autre chose ?

Anna Ádám : Le directeur de la Galerie 2B, Laci Böröcz m’a contacté pour savoir si je voulais participer à une exposition collective au mois de mai qui s’articulerait autour du pain d'azyme, qui est l’un des éléments emblématiques de Pésach, la Pâque juive. Nous nous sommes rencontrés, il m’a développé son projet et quelques jours plus tard je lui ai proposé une performance sur la “Cantique des Cantiques”. Notre performance “Préliminaires paradisiaques: La Cantique des Sensations” se nourri non pas du Haggadah mais de la Cantique des Cantiques, et fête non pas la libération collective du peuple juif, mais la libération de l’individu de ses sensations tout en suivant la dramaturgie traditionnelle du repas ancestrale de Séder.

JFB : Par quels moyens avez-vous construit ce spectacle où vous faites appel a tous les sens ? On y retrouve tes habits spéciaux  - c’est déjà une tradition de Gray Box - mais cette fois-ci tu les as introduit d’une nouvelle manière.

Anna Ádám : Pésach et le plateau du Séder utilisent d’une manière collective et narrative des symboles culinaires. Chaque component de l’assiette symbolise quelque chose (ex. l'eau salée qui rappelle le goût des larmes des enfants d'Israël pendant leur esclavage), et tout le repas se déroule en suivant un ordre et rituel particuliers. De même, notre “Table des sensations” contenait également des symboles gastronomiques et notre performance se déroulait également en suivant un protocole particulier. D’abord on se débarrassait de la vue (nous avons bandés les yeux des spectateurs dès à leur arrivé) pour amplifier les autres sens. L'ouï était “caressée” par l’improvisation de trois magnifiques musiciens : Ádám Baqais (violoncelle), Barta Gyöngyi (violoncelle), Kata Cserne (objets). L’odorat, le goût, et le toucher étaient éveillés par le jeu de dix performeurs ( Szabina Almási, Anna Ádám, Zsuzsa Bakonyi, Marci Debreczenyi, Orsi Fodor, Roland Korponovics, Zsófi Krémer, Mátyás Major, Gyuri Molnár, Tímea Piróth). Chaque invité était personnellement gâté par son performeur-hôte qui lui offrait une expérience sensorielle unique tout en lui murmurant dans l’oreille des phrases de la Cantique des Cantiques. C’est vrai, cette fois-ci, ce n’est pas nous qui avons porté les costumes mais les visiteurs, qui d’ailleurs à la fin de leur séance avec la tâche de débarrasser leur partenaire des parades avec lesquels nous les avons décorés.

Roland Korponovics: Le vêtement-performance de Gray Box avait personnifié la Cantique des Cantiques. L’utilisation des textes et notre collection de vêtement sont deux des outils majeurs et récurrents de toutes nos performances, mais cette fois-ci nous avons également donné beaucoup d’importance aux sensations. Il s’agit de la transformation et de la transposition d’un récit collectif en une expérience personnelle, subjective et sensationnelle.

JFB : Vous etes une compagnie très hétérogène, composée d’artistes, de danseurs, d’acteurs, de théoréticiens... Roland, tu termines tes études aux Beaux-Arts de Budapest l’an prochain. Actuellement tu as une exposition personnelle et tu participes également aux vêtement-performances de Gray Box. Comment tu t’es retrouvé dans la compagnie d’Anna, comment arrives-tu à lier ta pratique de plasticien et de performeur, et enfin est-ce qu’il y a un rapport entre ton exposition et la performance à la galerie 2B ?

Roland Korponovics : Actuellement j’ai une exposition personnelle à Rombusz Műhely, qui a l’ambition de présenter des jeunes artistes, designers et auteurs hongrois. C’est Norbert Oláh qui gère le lieu depuis 2015. Mon exposition (“Le dernier fleurissement de Nárcisz”) s’inscrit dans la série d’évènements intitulée “C’est ainsi que nous flattons Eros”. Cela fait deux ans que je travaille sur le thème du narcissisme en tant que phénomène social et confession personnelle. A  Rombusz Műhely je montre des photographies (sur le mur et par terre), quelques phrases illustrées avec des dessins, une vidéo performance et quelques captures imprimées. Depuis le début de mes études universitaires j’ai essayé de réagir à moi-même, à l’image que l’on a de soi, aux normes sociales avec une distance et un regard critique. Je construis depuis six ans ma pratique artistique autour de la question de l’identité. Souvent je réalise des performances en publique ou en vidéo, avec Gray Box j’ai continué donc à exercer cette pratique mais en groupe.

JFB : Quels sont vos projets pour le futur ? Est-ce qu’il y a des lieux où vous aimeriez bien retourner ou vous préférez travailler dans de nouveaux espaces chaque fois ?

Orsi Fodor: Il y a des lieux où il nous arrive de retourner (par exemple le FKSE Stúdió Galéria ou TAT Galéria), mais comme nos vêtement-performances réagissent à la thématique et à la caractéristique du lieu dans lesquels ils se déroulent, notre but est d’éviter de les refaire ailleurs et d’en faire un répertoire. On évite donc de s’attacher à un lieu ou à une thématique en particulier. L’expérimentation et la variété font partie de nos valeurs fondamentaux et tous nouveaux lieux sont de nouveaux défis, qu’il s’agisse de lieu d’exposition, de scène ou d’espace public. C’est pour cela aussi, que souvent ce n’est pas nous qui cherchons des espaces, mais ce sont des lieux qui nous sollicitent directement. Le profil, les caractéristiques architecturales et l’histoire des espaces déterminent fondamentalement le fond et la forme de nos vêtement-performances, et ont une influence considérable sur notre processus de travail préparatif. Mais au-delà d’aller de lieu en lieu, de défi en défi, nous ne dirions pas non à un espace personnel qui pourrait fonctionner en tant que lieu de répétition ou d’espace d’expérimentation et de création artistique sous toutes ses formes.

Propos recueillis par Éva Vámos

Prochaines vêtement-performances de Gray Box : 29 mai – Israel 68 Festival à Budapest, 7 août – Ozora Festival, 14 août – Sziget Festival

 

 

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