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Werther de Massenet à l’Opéra de Budapest


By JFB - Posted on 11 novembre 2015

Quand un compositeur et un chef français s’invitent avec bonheur sur la scène hongroise

En voilà, une œuvre qui fit couler beaucoup d’encre et provoqua même en son temps une incroyable vague de suicides (1): „Les souffrances du jeune Werther”. Qui ne s’est pas ému dans son adolescence à la lecture de cette belle, mais bien triste histoire d’amour? Certes, mais qui, avouons-le, peut nous sembler aujourd’hui, avec le temps et l’âge, quelque peu désuète. Une œuvre qui, en tous les cas, inspira Massenet cent ans après sa parution (2). Et quand nous parlons d’inspiration, le mot est à prendre au sens le plus noble, car la musique en est fort belle.

„Werther” qui figure actuellement à l’affiche de l’opéra de Budapest. Chanté en français par une équipe hongroise, mais dirigé par un chef français - et pas n’importe qui! - Michel Plasson. J’ai cru comprendre que l’accueil par les critiques locaux en a été mitigé, partagé entre les enthousiastes et les détracteurs. Personnellement, j’avoue avoir aimé. Tout d’abord l’orchestre, qui joue dans cet opéra un rôle central. Un orchestre aux sonorités somptueuses, comme rarement je l’aurai entendu sur la scène hongroise. Puissant, mais jamais agressif, et, surtout, qui sonnait avec une grande limpidité, chaque pupitre, au lieu d’être noyé dans la masse, résonnant au contraire d’une façon bien distincte et claire. Le mérite en revient-il au chef ou aux musiciens? Aux deux. Quant aux chanteurs, si les rôles secondaires m’ont semblé, certes honorablement tenus, mais un peu quelconques, la palme revient aux trois principaux protagonistes de l’œuvre: le couple Charlotte-Werther (Atala Schöck-Zoltán Nyári) et Sophie (Mária Celeng). Un Werther peut-être un peu trop „mélo” et par moments „bruyamment pleurnichard”, mais bon, c’est aussi le rôle qui le veut... En tous les cas, l’un des rares dont la diction était quasi parfaite, m’évitant, contrairement aux autres, de suivre la traduction hongroise pour en comprendre le texte. Plus réservée et plus digne - mais c’est ici aussi le rôle qui le veut -, Atala Schöck nous servit une Charlotte idéale, à la belle voix chaude de mezzo-soprano. Également fort bien tenu, le rôle de Sophie emprunt de charme, de fraîcheur et d’une naïveté touchante, interprété ici par la soprano Mária Celeng à la voix légère et fine, même dans les aigus. A mentionner également, le chœur des enfants, plein de vitalité et stimulant (intervenant au début et à la fin de l’œuvre pour chanter Noël).

De la part de tous, un jeu irréprochable. Le tout dans des costumes d’époque et sur fond d’un décor sobre, mais élégant, sous de beaux éclairages. Que dire de plus? Que l’œuvre, bien que fort belle, n’est pas exempte de légères faiblesses, tels les deux premiers actes qui peuvent sembler par moments un peu superficiels. Mais quelle belle suite avec les troisième et quatrième acte ! Le troisième acte avec ce merveilleux monologue de Charlotte, „douloureuse méditation d’une femme torturée par un amour qu’elle pressent fatal” (3). Et quelle beauté que ce long interlude de l’orchestre qui introduit le dernier acte! Pour le coup, rarement je n’aurai entendu orchestration à la fois si raffinée et suggestive, ici merveilleusement rendue.

Et pourtant, un opéra longtemps boudé par les mélomanes et injustement méprisé par la critique. Mais récemment réhabilité par l’opéra de Paris sous la baguette du même Michel Plasson avec un sublime et émouvant Jonas Kaufmann dans le rôle-titre (4). Hommage soit donc ici rendu aux programmateurs de l’opéra de Budapest de l’avoir mis à leur répertoire. Une initiative risquée, mais apparemment heureuse, du moins à en juger par les applaudissements du public. Un grand merci, donc à eux!

Pour terminer enfin, un grand coup de chapeau à Michel Plasson qui, en dépit de ses 82 ans, dirigea le tout avec cette rigueur et cette sobriété que nous lui connaissons, mais aussi avec fraîcheur. (Et à la réaction forte sympathique, réadressant vers l’orchestre les applaudissements qui lui étaient destinés.)

Bref, une belle soirée (prochaine et dernière représentation: dimanche 8 novembre).

Pierre Waline

Crédit photographique: Magyar Állami Operaház 

(1): ...qui, selon le mot célèbre de Mme de Staël, „provoqua plus de suicides que la plus belle femme du monde”..

(2): ... mais qui ne reçut pas d’emblée le meilleur accueil de ses compatriotes, l’opéra étant d’abord créé à Vienne et Weimar (en allemand), puis Genève avant d’être enfin donné (décembre 1892) sur la scène parisienne.

(3): François-René Rochefort („L’opéra de Tristan à nos jours” – Ed. du Seuil, 1978).

(4): disponible en DVD.

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