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Un tour du monde en musique au WOMEX


By JFB - Posted on 03 novembre 2015

La World Music Expo ou WOMEX se tenait au Müpa de Budapest du 21 au 25 octobre. Cette rencontre unique qui rassemble chaque année dans une ville différente près de 2500 délégués venus de 90 pays est la plus grande du genre. Vitrine incontournable pour les artistes et lieu de découverte pour le public, cette 21ème édition était haute en couleurs. Trois groupes invités témoignent.

 


Chouk Bwa Libete

Chouk Bwa Libete est un groupe Haïtien. Accompagné de percussions et de danses, il donne vie en créole à la musique spirituelle Vaudou. Ce groupe aux airs entrainants est l’un de nos coups de cœur.

Jean Claude «Sanbaton » Dorvil, le parolier : « C’est la première fois que nous avons un projet de telle envergure. Notre manager, Michael Wolteche, nous avait promis de faire son possible pour que nous puissions participer. Et maintenant nous sommes ici, nous avons été sélectionnés. Nous lui devons beaucoup. Il a cru en nous dès le début, lorsqu’il est venu en Haïti. Il est toujours derrière nous ».

« Nous faisons une musique de chez nous et nous communiquons au monde les revendications de notre peuple à travers elle. Notre musique est sacrée. Notre musique est la musique vaudou qui se décline en diverses versions aux rythmes propres. Venant d’un pays qui ne fabrique pas d’instruments à corde ni des cuivres mais qui possède du bois et un savoir-faire du travail des peaux d’animaux, nous fabriquons de cette manière nos instruments de musique. Principalement des tambours ».

« Nous vivons à la campagne où se déroulent des cérémonies sacrées et nous avons monté ce groupe pour jouer la musique du kimbwa et des Lakous. Notre musique parle de la souffrance de notre peuple, de la misère. Grâce au tambour, nous transformons cette souffrance en énergie ».

« Nous sommes fiers de notre histoire. Nous évoquons Toussaint Louverture et Jacques de Cauna, les pères de notre nation. Nous sommes quand même la première république noire de l’humanité ! Pour nous, le créole est indissociable de notre culture. C’est pourquoi notre album est en créole. La colonisation a imposé le français comme langue officielle mais les Haïtiens l’utilisent peu en fin de compte. « Kréol sé lang’ maternel nou » ! (1)(« Le créole est notre langue maternelle »), conclut-il.

Moh ! Kouyaté !

Son album Lundo est un véritable succès. Moh ! Kouyaté joue une musique aux influences guinéennes. Présent au Womex il nous a parlé de son envie de s’adresser au monde entier.

« Le Womex est vraiment l’endroit où il faut aller quand on fait une musique grand public connotée world. Participer au plus grand festival qui lui est consacré est une occasion unique de faire des rencontres, de montrer son talent et conquérir de nouvelles scènes et de nouveaux marchés ».

« Je suis originaire de Guinée. C’est de là que vient la sonorité de ma musique. La bas, on apprend très tôt aux enfants à jouer des instruments. J’ai commencé par le balafon qui est ce qu’on appelle en France le xylophone et qui vient d’Afrique de l’Ouest. Puis, ma grand-mère m’a offert un petit ukulélé et j’ai eu envie d’apprendre à jouer de la guitare comme mon père et mon grand-père ».

« J’écoutais à la radio guinéenne de grands guitaristes comme Ousmane Kouyaté avant de découvrir Ben Harper, George Dawson, Jimi Hendrix et les autres. J’ai d’abord baigné dans la guitare guinéenne avant de m’inspirer de ce qui se faisait en dehors. C’est comme ça que je me suis formé. J’appartiens à une génération d’artistes guinéens qui voyage, se renseigne, s’ouvre sur le monde ».

 « Mon nom d’artiste, « Moh » signifie « être humain ». C’était le surnom que me donnait ma grand-mère. J’ai choisi de chanter dans les dialectes guinéens mais aussi en français car la Guinée est un pays francophone. La langue française est aussi une langue de communication chez nous c’est pour ça que j’ai choisi de l’utiliser aussi même si elle a une place minoritaire dans mon album ».

« Mon album parle de l’actualité, du quotidien, de l’amour et la paix mais aussi un peu de politique. Ma musique peut parfois s’engager en faveur de causes que je trouve nobles. Je viens d’un pays instable au niveau politique. Je suis les événements. J’espère que la situation va s’améliorer ».

Zoufris Maracas

Groupe français originaire de Sète, les Zoufris Maracas nous emmènent dans des univers musicaux très différents avec des airs toujours très entrainants et des paroles fortes. Un brin décalé.

« On avait envie de voyager avec la musique et d’emmener la nôtre à droite à gauche mais aussi de découvrir des airs qui viennent d’ailleurs. D’où notre venue au WOMEX. Certes, c’est pas mal de jouer en France mais aller à l’étranger ça montre la vraie valeur internationale de la musique. Tous les peuples du monde en jouent. Les influences de la nôtre proviennent des quatre coins du globe ».

« Grace à Internet, on a eu accès à plein de sonorités différentes : africaines, sud-américaines... Voilà pourquoi on appartient à la world music. On s’est particulièrement inspiré de la musique du Cap Vert, le Funana, la musique du Congo, la rumba congolaise, la Bossa Nova Brésilienne, et plein d’autres ».

« On se penche sur la politique, la place des gens, des soi-disant étrangers qui n’en sont pas parce qu’on vient tous de la même planète, mais aussi sur la minorité qui a le pouvoir et qui nous écrase et sur la nature. Au Chili, certains critiques ont qualifié notre musique de contestataire. C’est de la musique actuelle qui véhicule un message. C’est ça, notre réponse. Après tout, de plus en plus de gens viennent à nos concerts et connaissent les paroles donc ça veut dire qu’ils s’y retrouvent, non ? »

« On a commencé à chanter à deux, dans le métro, guitare et chant. Mike nous a vus et nous a rejoints. Un jour, Julio, un producteur, nous a proposé d’enregistrer un disque avec François, batteur. Puis un trompettiste rencontré à une soirée et une bassiste finlandaise se sont greffés au groupe ».

«Zoufris en arabe, ça veut dire ouvrier. A nos débuts, on faisait la manche et donc on gagnait comme ça notre croûte. C’était donc une démarche ouvrière. On le faisait près du peuple en plus. Maracas c’est parce que on jouait de cet instrument à l’époque. C’est tout simple mais ça fonctionne ! »

Les cinq jours de festival rythmés par des performances scéniques, des projections et un « marché de la musique » se sont achevés par un concert animé de Cheikh Lô, lauréat de cette cuvée 2015. L’année prochaine, le Womex se déroulera à Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne.

Propos recueillis par Elayïs Bandini

(1) Le créole est notre langue maternelle

 

 

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