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Robert Capa : entre mémoire et transmission


By JFB - Posted on 10 octobre 2015

Jusqu’au 31 octobre, le centre Robert Capa présente une série de clichés intitulée « Capa in Color ». Mêlant images de guerre et de vie, elle retrace la carrière de celui qui naquit à Budapest en 1913. De la Guerre d’Espagne au conflit indochinois, Endre Ernő Friedmann (son vrai nom) a suivi de près l’Histoire derrière son objectif. Aujourd’hui, son héritage est encore revendiqué dans la profession.

 


La rétrospective est réussie. Néanmoins, on peut regretter l’absence de deux photos clés. Primo, la « mort d’un soldat républicain » prise pendant la guerre d’Espagne a curieusement été omise bien qu’il s’agisse d’un des plus célèbre clichés de Capa, à l’origine d’une plus controverse toujours vive. Le franco-magyar l’aurait mise en scène, affirment les sceptiques.

Secundo, aucune des onze photos réalisées lors du débarquement de Normandie n’est visible même si l’on peut observer dans l’exposition « Somewhere in France » (présentée en parallèle) deux clichés de l’Américain John G. Morris, éditeur pour le magazine Life parti couvrir les suites du D-Day. Datant de 1944, ceux-ci montrent un Capa appareil photo en main dans le Nord de la France.

Cet épisode reste pourtant l’un des plus marquants de sa carrière et a contribué à faire de l’homme un précurseur dans son domaine de prédilection et une inspiration pour de nombreuses personnes pratiquant ce métier de nos jours. « C’est l’ensemble des photoreporters qui sont héritiers de son travail », explique le photographe de presse indépendant Louis Witter, basé à Paris.

D’après son collègue hongrois Bálint Porneczi, Robert Capa a « révolutionné le photojournalisme ». Rien que ça. Un documentaire présenté lors de l’exposition rappelle les grands moments de sa carrière et notamment la création de l’agence Magnum. Celle-ci « rassemblait les plus grands photographes du monde », souligne-t-il. Dont son célèbre ami Henri Cartier-Bresson.

Capa a marqué l’histoire d’une discipline qui n’a d’ailleurs que peu changé depuis. Seule la technologie a évolué. « Les négatifs n’existent plus. Avant, il fallait les envoyer par avion, bateau et les développer, ça prenait du temps. La valeur des images n’est plus la même aujourd’hui car les infos vont très vite », précise Porneczi.

Un métier d’action

Capa était un homme d’action. Une photo de Morris le représentant casque militaire sur la tête photographiant des officiers allemands à peine quelques mètres de distance ainsi que la série de photos présentée lors de l’exposition en sont l’illustration. On y retrouve chronologiquement des images de soldats américains pendant la traversée de l’Atlantique, des illustrations des troupes d’Afrique du Nord ou encore d’autres prises aux quatre coins du globe au gré de l’actualité.

Il photographie en Israël, au Maroc, aux Etats-Unis, en Norvège, en Suisse, en France, à Rome, ou encore en URSS ou en Indochine où il périra. On lui attribue d’ailleurs la mémorable formule « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près ». Pour Louis Witter, « Capa est l’initiateur de cette idée selon laquelle la photo doit être toujours plus près de ses sujets ». La présence aujourd’hui de photographes toujours plus nombreux sur les zones de conflit témoigne de l’importance de cette idée dans la conception du métier aujourd’hui.

Il photographie des cadavres à plusieurs reprises au cours de sa carrière comme par exemple sur son cliché montrant des pêcheurs regardant des soldats mort après le débarquement de Normandie en 1944. Montant régulièrement au front, il capte inévitablement la mort, bien que « Capa in Color » privilégie les instants de joie. Ce choix dans les clichés rappelle la question du rôle de la photo de presse posée brutalement par l’actualité avec la publication très commenté de la photo du petit Aylan échoué sur une plage turque.

Pour Balint Porneczi, « il faut faire ses images mais peut-être ne faut-il pas toujours toutes les publier. C’est le choix du photographe. J’ai un ami qui a pris une image en Haïti ou l’on voit des corps jetés parce que la morgue est pleine. Il l’a publié mais uniquement après une grande réflexion parce que son image, bien que horrible, témoigne d’une vérité » poursuit-il. On le sait : la photo de presse doit informer au-delà de chercher et de matérialiser le choc visuel. « Montrer un enfant qui pleure c’est important, mais ça ne suffit pas pour raconter une histoire », résume Porneczi.

Capa ne se contentait pas d’immortaliser ce qu’il y avait d’atroce dans son époque. Il photographiait aussi le théâtre de ses pérégrinations, l’environnement dans lequel il se déplaçait, la réalité dans sa globalité. Il ne capturait pas uniquement les corps sans vie, mais se penchait également sur les sourires des soldats durant les périodes de repos et de vie « quotidienne » sur les campements.

« Capa In Color » ambitionne de présenter par le menu le travail d’un ponte du photoreportage à travers ses clichés et y parvient. On en ressort en comprenant mieux le parcours et le talent de Robert Capa ainsi que l’atmosphère de son ère, figée sur papier glacé.

Elayïs Bandini

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