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Les documentaires à l’honneur à Urania


By JFB - Posted on 03 octobre 2015

La semaine dernière, du 23 au 27 Septembre s’est déroulée la seconde édition du Festival International du Documentaire de Budapest . Répartis sur cinq jours, c’est au Uránia Filmszínház, que les documentaires se sont enchaînés, de 11h à 21h30, dans trois salles différentes. Uránia est un bijou de la fin du 19ème siècle, tassé entre deux immeubles de la Rákoczi út, devenu un incontournable tant par son style mauresque original que par la somptuosité des salles qui le composent.

 


L’événement était très attendu, le documentaire étant un modèle de film peu répandu en Hongrie. On ne le trouve que trop peu sur les écrans, et de surcroît encore moins dans les mœurs magyares. Ce jeune Festival a donc vocation à démocratiser un style cinématographique qui s’internationalise, et apporte une approche analytique bien différente du commun des longs-métrages. De nombreux réalisateurs étaient présents, dont le néerlandais Benny Brunner, qui venait présenter son film controversé The Érpatak Model, détaillé plus bas. Nous avons vu cinq films parmi tous ceux présentés, qui nous ont dans l’ensemble particulièrement touché. Top5.

1. The Érpatak Model

L’un des films les plus en vue ayant gagné dans sa catégorie, « Let’s face stereotypes », n’est autre que The Érpatak Model , de Benny Brunner et Keno Verseck. Maire adhérent au parti du Jobbik, Mihály Zoltán Orosz, est un homme au comportement autoritaire qui vise à établir une sorte de dictature au sein de son petit village d’Érpatak (1750 hab.), dans le Nord-Est de la Hongrie. Sa politique, appliquée dans son costume traditionnel, vise à séparer les « constructeurs » : ceux qui appliquent les règles à la lettre, des « destructeurs » : les insoumis, qui tentent tant bien que mal de lutter contre le système.

Ces derniers se refusent à subir un nationalisme ambiant, aux teintes d’un racisme anti-rom exacerbé. Le documentaire montre sans jugement mais avec une prise de vue engagée dans les séquences présentées, le développement de cette politique inégalitaire. La commémoration des « héros » - tombés face à l’armée rouge aux côtés de la Wehrmacht en 1944 - en tenue paramilitaire, assortie d’un salut nazi d’un des hommes du maire, atteste bien du fanatisme dans lequel le maire se complait. Policiers, caméras, membres du Jobbik, refus du maire de serrer la main du réalisateur, tous les ingrédients étaient là pour assurer à la séance une ambiance à l’électricité palpable.

2. Spartacus et Cassandra

Spartacus et Cassandra est l’histoire touchante d’un frère et une sœur de la communauté Rom vivant en banlieue parisienne. Pendant presque deux ans la caméra suit de près, dans une intimité étonnante, le combat pour le bonheur de ses deux enfants. Hébergés par Camille une jeune française dans un chapiteau-squat, ils font face à une menace de placement en famille, à une scolarisation difficile, à l’alcoolisme de leur père et la détresse de leur mère face à la misère de leur existence. Alors que leur vie prend un tournant favorable mais que leurs parents vivent encore dans la rue, Cassandra demande « que vont devenir mon père et ma mère ? ». Troublant.

Le réalisateur Ioanis Nuget vivait avec eux avant même le début du tournage du documentaire et pendant toute la durée de celui-ci. C’est sans doute pour cela que Cassandra et Spartacus vivent aussi librement devant la caméra. Ce dernier présent au festival nous explique : « la seule consigne que l’on avait était de ne pas regarder la caméra ». De plus le film est accompagné d’une narration réalisée par les deux enfants dans une complète indépendance. Le résultat est poignant. Difficile de rester indifférent.

3. Something Better to Come

Le film Something Better to Come n’a pas eu de prix ni de mention du Jury. Cependant, le travail de la réalisatrice aurait mérité salaire. En effet, Hanna Polak a suivi pendant quatorze ans la vie de Yula. Yula n’est qu’une fillette au début du film. Le documentaire suit le cours de son existence difficile, d’un dépotoir de la banlieue de Moscou à son premier petit appartement, symbole de réussite.

Hanna Polak s’attarde sur les conditions déplorables dans lesquelles se débat la famille de Yula, depuis la génération de sa mère, où la déchetterie (l’une des plus grandes d’Europe) constitue le lieu de vie, et le seul commerce envisageables. Mère à seize ans, la jeune moscovite demeure malgré sa misère une femme pleine de vie, d’attention et d’empathie. Yula parvient finalement à trouver un vrai job, un mari, un appartement et donne naissance à un enfant qu’elle peut élever dans des conditions décentes : « Everybody my friend, everybody lives for something better to come », conclut Hanna Polak. « Tout le monde, mon ami, tout le monde vit en attendant un avenir meilleur »

4. Virunga

Virunga témoigne du courageux combat des gardes forestiers pour protéger le parc du même nom au Congo contre une compagnie pétrolière britannique. Ce documentaire très esthétique grâce à des images sublimes propose une analyse politique et géopolitique de la situation et condamne avec peu de nuance l’action des firmes anglaises dans le pays. La survie des gorilles, au cœur du sujet, ne peut que toucher le spectateur grâce à la justesse des moments capturés par la caméra.

Le réalisateur Orlando von Einsiedel réalise dans ce film cinq fois nominé une analyse complexe du problème dont l’origine est l’entreprise Soco mais auquel contribuent à la fois le gouvernement passif et les rebelles du m23. Un film militant et agréable à la fois.

 

 

5. We come As friend

We Come As Friend est un documentaire d’Hubert Sauper, une « odyssée moderne, un vertige, un voyage de sciences fiction au cœur de l’Afrique ». Après le cauchemar de Darwin, le réalisateur nous propose de partir à bord d’un avion, qu’il a lui-même construit, à la rencontre d’acteurs très différents. Soudanais, travailleurs chinois du pétrole, militaires, forces armées onusiennes, évangélistes américains se partagent les meilleurs rôles dans une tragédie néocolonialiste.

Au travers de ses images et des témoignages recueillis, Hubert Sauper illustre brillamment le pillage de l’Afrique. Le titre du film souligne l’ironie de la situation. « Nous venons en amis » résume l’histoire de l’exploitation de ce continent toujours justifiée par les meilleurs intentions mais dont le résultat est souvent dramatique. Le Soudan, pays aux ressources abondantes, parait dans le documentaire déchiré et ployant sous les assauts extérieurs. Présent lors de la projection, Sauper affirme que le film « est une critique du néocolonialisme ». Objectif atteint.

Au total, 36 films étaient en compétition au Budapest International Documentary festival et pour sa deuxième édition, le festival a obtenu un large succès en affichant salle pleine le week-end de fermeture et en proposant une palette variée. Son atout majeur ? Favoriser un riche échange à la fin du film entre le public et le spectateur.

The Érpatak model sort gagnant dans la catégorie« Let’s face stereotypes » et Virunga dans celle « Let’s face oppression ». Toto and his sisters, documentaire roumain sur un enfant rom livré à lui-même dans la banlieue de Bucarest, s’impose dans la catégorie « Let’s face our parents » et Time Suspended arrive en tête de la catégorie « Let’s face aging ». Enfin, le prix du public est décerné à Democrats qui traite de l’instabilité politique au Zimbabwe.

Elayïs Bandini et Clément Goutorbe-Rousseau

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