Tous fous de déco !

Longtemps cantonnée à un marché de niche, la décoration d’intérieur est réellement devenue un secteur d’activité à par entière dans la dernière décennie. Tout comme pour le secteur de la mode et du luxe, la demande s’est élargie grâce à la hausse mondiale du niveau de vie et à la médiatisation des créateurs mais aussi sous l’influence du mouvement du bien être et du «cocooning». Nous prêtons tous (enfin presque tous) de plus en plus d’attention à notre intérieur et y consacrons une part croissante de notre revenu, aussi bien dans les pays riches que dans les nouveaux marchés des pays en développement.

Aujourd’hui, la décoration d’intérieur a ses créateurs, ses éditeurs, ses photographes spécialisés, ses magazines internationaux pour relayer les tendances et bien sûr ses groupies !

Tout comme la mode, la décoration a ses créateurs, ses stars qui donnent le la, car comme la mode, la décoration a ses tendances et ses lubies. Un jour vous devez repeindre votre appartement en gris perle (le gris Christian Dior, bien sûr), le mois suivant mettre aux oubliettes vos bergères Louis XV, héritées de la tante Jeanne, et pourtant fraîchement “revampées” grâce à une toile basque fushia et opter plutôt pour les «so chic» fauteuils Wassily, création minimaliste de Marcel Brauer datant de 1927 et toujours ultra moderne. A l’origine de ces modes, les grands décorateurs internationaux qui voguent de chantiers en commandes pour des clients privés, des hôtels, sièges d’entreprises ou palais princiers du Moyen-Orient. Quelques noms : Nina Campell, Alain Demachy, Jacques Garcia, Jacques Grange, David Hicks, Kelly Hopkins ou Hilton McConnico. La déco s’accoquine aussi avec la planète mode comme le montrent les va-et-vient de Christian Lacroix, qui en parallèle de ses activités de création de haute couture et de prêt-à-porter, a réalisé de nombreux costumes pour le théâtre et l'opéra mais aussi l’intérieur du nouveau TGV, le design des multiplex Gaumont et la décoration intérieure de l'Hôtel du Petit Moulin dans le Marais à Paris.

Les créations des décorateurs d’intérieur sont photographiées dans tous les magazines de déco de la planète (AD, Elle Déco, Marie-Claire Décoration, Intérieurs…) et analysées dans les cahiers de tendances des bureaux de style : matières, formes, couleurs, idées, tout est passé au crible pour donner les grandes lignes de la tendance du moment. Celles-ci seront ensuite reprises par d’autres décorateurs, les éditeurs de tissus et de meubles, les ensembliers (IKEA, KA International, Kare…) et finiront dans de nombreuses maisons de la planète dans leur version originale ou sous forme de référence à «la manière de». Comme la mode, la déco a aussi ses «fashion weeks», ses grands-messes, tels que le salon Maison & Objet à Paris en janvier et septembre, la Biennale des Antiquaires de retour au Grand Palais mais aussi les foires internationales de Milan ou Cologne.

Dans cette effervescence planétaire, où les influences se font de plus en plus nombreuses et variées, on peut tout de même dégager des courants principaux. La tendance ethnique apparue dans les années 70 est toujours là et s’exprime surtout aujourd’hui avec des meubles et objets en provenance d’Asie. La tendance est si lourde que des distributeurs tels que La Maison Coloniale (groupe Roche Bobois) ou Asiatides en France en sont devenus des spécialistes. A Budapest, Goa est sans aucun doute le principal représentant de ce courant.

Au style ethnique, on peut opposer la tendance moderniste et design qui se décline en courants zen et industriel avec son utilisation de revêtements bruts (béton, pierre, résines), une palette de non couleurs (blanc, acier, gris, noir) et le jeu sur la matière. Symbolisée par les grands lofts new-yorkais très peu meublés, les maisons zen d’inspiration japonaise, on la retrouve aussi dans la version modernisée du style méditerranéen d’Ibiza ou des Cyclades.

L’autre grand courant du moment est le retour en grâce du style des années 70 avec ses couleurs improbables (moutarde, bleu acier, rose, kaki) et ses papiers peints aux gros motifs fleuris ou géométriques et les meubles du design scandinave en bois clair. Grand absent de ces dernières années, le papier peint fait en effet un retour en force chez tous les éditeurs de tissus d’ameublement : motifs, photos numériques imprimées, impressions toile de Jouy aux couleurs psychédéliques. Il se décline aussi en stickers muraux, en vinyle, un must have du moment en matière de déco d’intérieur.

Enfin, on peut signaler un dernier courant, celui du style bourgeois XIXe revisité, et détourné. Déjà réinventé une première fois par Madeleine Castaing dès les années 30 dans une version féminisée et aérée, puis par Jacques Garcia dans les années 80 dans un style beaucoup plus grandiose et opulent, l’esprit d’éclectisme né du mélange des styles, cher au Second Empire nous revient aujourd’hui sous le nom de «home blending». Les couleurs rouge et or sont remplacées par le blanc et l’argent, des touches design ou ethniques viennent dynamiser des objets purement XIXe, dans une recherche de contrastes et de dialogues entre des objets pas forcément faits pour se rencontrer. C’est l’anti «total look» et le triomphe de l’esprit nomade. Paris reprend la tête de la création et vient en découdre avec Milan, New York ou Tokyo, grandes prêtresses de la tendance design.

Benjamin Perez-Ellischewitz

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