Le départ de Kóka

La fin de l’homo economicus

C'est au milieu de l'été, en plein coeur de la basse saison politique, que l'on a récemment assisté à un retournement de situation au sein de la coalition gouvernementale. En effet, János Kóka a déclaré qu'au 31 décembre au plus tard, il quitterait la tête du Ministère de l'économie et des transports. Ferenc Gyurcsány a pris acte de sa décision.

 

Pourtant János Kóka était reconnu et apprécié, et nombreux étaient ceux qui voyaient en lui l'homme de confiance du premier ministre. De plus, en tant que nouveau président du parti liberal, il avait ainsi acquis une position très forte tant au sein du SzDSz que dans le gouvernement. En somme, il y a d'avantage de raisons en faveur de son maintien que de son départ du gouvernement. Toutefois, outre la présidence du SzDSz, il s'avère que János Kóka a pour ambition de mener une carrière politique classique en devenant notamment le president du groupe parlementaire libéral.

Ce n'est probablement pas par hasard si János Kóka dirige le Ministère de l'économie depuis 2004. Il est en effet doté d'une expérience incontestable dans tous les secteurs économiques, en particulier celui de la communication. En outre, il maîtrise parfaitement les mécanismes de marché, ce qui est particulièrement utile à l'heure actuelle en Hongrie où il faut introduire des réformes intransigeantes pour rendre le pays plus compétitif dans le cadre d'une économie de marché.

Depuis le changement de régime, dans les gouvernements socio-libéraux successifs, le poste de Minsitre de l'économie était systématiquement confié à un homme politique libéral ou membre du SzDSz, poste qui a gagné en importance dans la structure même du gouvernement. Ainsi on a délégué de plus en plus de fonctions à ce ministère, en particulier les transports, la recherche et le développement, la coordination des subventions de l'Union européenne, les questions énergétiques ainsi que le développement des entreprises. Ainsi, le SzDSz a pu peu à peu consolidé son influence grandissante sur la politique économique de la majorité gouvernementale.

Selon de nombreux politiciens libéraux de premier ordre, le pouvoir renforcé de János Kóka était un facteur très positif contre le scepticisme des socialistes envers des réformes trop sévères à leurs yeux, et beaucoup l'ont soutenu car son opinion est déterminente et qu'il pouvait efficacement représenter les intérêts du SzDSz dans la mise en place de leur politique economique.

C'est la raison pour laquelle beaucoup de députés du Szdsz l'ont soutenu contre Gábor Fodor lors des élections pour la présidence du parti.

C'est donc sans aucun doute Kóka lui-même qui a librement choisi de quitter son poste sans subir aucunement des pressions extérieures, en particulier du premier ministre. Pourtant, selon la presse, il y avait beaucoup de conflits entre les deux hommes, en particulier à cause des réformes, appuyées par les libéreaux, comme celles concernant le nouveau modèle de l'assurance santé (voir le prochain JFB) et l'impôt sur l'immobilier que le MSzP ne souhaitait pas introduire. Selon le groupe parlementaire MSzP, Gyurcsány a fait trop de compromis avec les liberaux, et ces tensions au sein de la majorités vont probablement se dissiper avec le départ de János Kóka. Les intérêts des libéraux seront en effet affaiblis par ce départ. János Kóka a officiellement justifié son départ par le fait que la direction d'un parti est un travail à plein temps. Dans le chaos des réformes, les électeurs du SzDSz sont désormais si peu nombreux que les 5% nécessaires pour entrer au parlement en 2010 sont désormais devenu un objectif incertain: Kóka doit donc redresser la barre.

Celui-ci avait déclaré, dans son programme pour accéder à la présidence du SzDSz, qu'il souhaitait réorganiser son parti en puisant dans ses expériences tant politique qu'économiques et qu'il allait ainsi chercher à atteindre 10% lors des élections de 2010.

Son plus grand rival, Gábor Fodor, a salué sa décision de se reconcenter sur le parti. En effet, Fodor est désormais en position de force de part ses succès en tant que ministre de l'environnement – il a par exemple retourné en Allemagne des déchets acheminées illégalement en Hongrie et est parvenu à un accord avec l'Autriche pour éradiquer la polution sur le fleuve Rába, pomme de discorde récurente entre les deux pays. Ainsi les deux hommes seront-ils sans doute amenés à unir leurs forces pour réorganiser le parti libéral en perte de vitesse.

Par ailleurs, sa carrière politique est sans aucun doute un chalenge bien plus important pour János Kóka que la direction du Ministère de l'économie et des transports. Ainsi le président du SzDSz, l'homo economicus, devient-il homo politicus.

Lui qui a promis d'introduire des méthodes de management modernes au sein du parti libéral et de gagner la confiance des électeurs grâce à plus de marketing, et en représentant des valeurs libérales plus traditionnelles, gage sur une réussite de son parti lors des élections de 2010 pour garantir son propre succès politique.

Pál Planicka

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