L’étrange destin d’un slovaque magyarophone

Problème de double nationalité

Olivér Boldoghy, un citoyen slovaque magyarophone, a perdu sa nationalité slovaque au moment où il a reçu son passeport hongrois. La seule solution qui lui permette désormais de continuer à vivre en Slovaquie serait de solliciter un titre de séjour permanent dans ce pays, ce qu’il refuse de faire, ne souhaitant pas abdiquer devant l’autoritarisme du gouvernement, très hermétique aux problèmes de double nationalité.

 



Depuis le 3 janvier, et suite à la loi adoptée par le Parlement hongrois en mai dernier, les personnes magyarophones vivant dans les pays voisins de la Hongrie ont la faculté d'acquérir la nationalité hongroise par une procédure accélérée, soumise à des critères simplifiés. Cette décision, l’une des premières du gouvernement nouvellement formé en 2010, n’a en général pas été très bien perçue par les pays voisins en question. En réaction, certains pays, comme la Slovaquie, ont décidé de priver les ressortissants slovaques de leur nationalité lorsqu’ils obtiennent celle d’un autre pays. Au cours de ces derniers mois, de nombreux citoyens slovaques ont déclaré avoir pris la nationalité hongroise, tout en affichant leur volonté de conserver leur passeport slovaque. La première personne à avoir été privée dans les faits de sa nationalité slovaque est M. Olivér Boldoghy, artiste-entrepreneur slovaque magyarophone de Komarno. Il risque également d’être privé concomittament de son permis de conduire, de sa carte d’identité, de son passeport et de son assurance-maladie, pour être finalement expulsé de son propre pays le 14 février 2012. « Un joli cadeau de la Saint Valentin », a-t-il déclaré pour souligner la sinistre ironie de cette situation. La seule solution serait pour lui de solliciter, en tant que ressortissant de l’Union européenne, un titre de séjour permanent de l’Etat slovaque, qui lui serait sans doute accordé. Toutefois engager une telle démarche nuirait à son combat pour des droits fondamentaux, entamé en septembre et soutenu par de nombreux partisans. « De nombreuses personnes comptent sur moi. Je n’ai pas le choix, je ne peux pas abandonner cette lutte qui a pour objectif de disposer d’un libre choix de nationalité, un droit européen d’ailleurs, qui est soutenu par des milliers de sympathisants », a-t-il ajouté. C’est ainsi qu’il a appelé les citoyens slovaques à signer une pétition pour lutter contre la pratique du gouvernement, jugée anti-européenne.

Le ministère hongrois des Affaires étrangères a également affiché son désaccord ferme sur la question. « Conformément à ses lois internes, l’Etat slovaque n’a pas le droit de priver ses citoyens de leur nationalité si cela va à l’encontre de leur volonté. A travers cette mesure, la Slovaquie nie les valeurs sur lesquelles se fonde l’Union européenne et nie également l’esprit de diversité culturelle, évoqué par la Charte européenne » annonce le communiqué du ministère, exprimant la volonté de garantir toute l’aide juridique nécessaire à M. Boldoghy. Par ailleurs Zsolt Németh, secrétaire d’Etat au ministère des Affaires étrangères, a rencontré le 22 novembre l’ambassadeur slovaque, Peter Weiss, pour l’informer qu’il va appuyer toute procédure juridique, tant bilatérale qu’internationale, qui vise à neutraliser la loi slovaque discriminatoire, afin de garantir le respect des droits des peuples. Il faut noter également qu’en raison de ce différend, les relations slovaquo-hongroises qui ont connu un essor considérable ces derniers temps, sont pour le moment sur la sellette.

La Slovaquie, tout comme l’Ukraine, a adopté une loi, peu après la loi hongroise sur la double nationalité, pour contrecarrer cette dernière, en privant automatiquement ses citoyens de leur nationalité dès lors qu’ils obtiennent celle d’un autre pays.

Dernièrement, une slovaque magyarophone âgée de 99 ans a vécu le même scénario que M. Boldoghy.

Kata Bors

 

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