La silhouette d’un homme

Priorités de la présidence polonaise

 

C’est à un réel changement que la Pologne entend inviter l’Europe. Inexistante entre 1795 et 1918, sous la domination des soviétiques pendant près d’un demi-siècle, la Pologne célèbrera, grâce à cette présidence, son retour dans l’Europe, son retour dans l’Histoire. Plus concrètement, la Pologne planchera essentiellement sur trois thèmes.

 

"L'Europe, dans notre film, est une femme, belle mais froide, enfermée dans un espace architectonique glacé, immobile (…) elle semble très belle, mais elle manque de vie. Dans l’interstice entre les bâtiments, apparaît la silhouette d’un homme qui, dans notre film, symbolise la Pologne", explique Tomasz Baginski, réalisateur de la vidéo promotionnelle de la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne. Dans ce film de trois minutes, la femme en robe bleue fait sans doute référence à la déesse Europe de l’Antiquité. Cette dernière sera, à en croire les dirigeants polonais, ranimée par une danse, une valse orchestrée tout au long des 184 jours de la présidence.

 

Une intégration européenne source de croissance économique

La Pologne est le seul État membre à ne pas avoir eu à endurer une récession ces dernières années. Elle se présente comme pionnière en la matière et se dit crédible quant aux solutions à apporter au problème actuel de croissance que traverse l’Union européenne. Emmenée par son Premier Ministre europhile, Donald Tusk, elle avance l’idée que l’intégration économique serait la clé d’une croissance meilleure. Bien évidemment, et conformément à l’idéologie libérale du Premier Ministre Tusk, adepte de l’orthodoxie budgétaire, cette croissance n’adviendra qu’en cas de réduction drastique des déficits publics, donc d’une austérité rigide.

 

En bon européen, M. Tusk s’attellera à développer l’acquis économique principal de l’Union européenne: le marché unique. Le développement des potentiels de ce marché tels que l’économie numérique, le secteur des services, ou encore l’avancement de directives unifiées sera, il n’en doute pas, le moteur de la croissance de demain. L’Europe gagnera à faire une bonne utilisation des budgets communautaires, c’est tout l’objectif du débat qui sera amorcé sur les « perspectives financières 2013-2020 ». En outre, M. Tusk et ses collègues sont déterminés à progresser dans la réalisation du cycle de Doha (OMC) qui traite principalement de la libéralisation du commerce international. Une ouverture aux entreprises à caractère libéral est donc à prévoir. Bruxelles appréciera.



Une intégration plus sûre sur le plan de la sécurité

Cet objectif se scinde en quatre branches. Premièrement, la sécurité énergétique, avec pour visée principale de stabiliser les livraisons de gaz provenant de la Russie et d’améliorer les interconnexions sur le marché européen. Pour ce faire, si la Pologne est réellement motivée à changer la donne, des négociations acharnées devront être menées avec Moscou. Deuxièmement, la présidence aura pour but de parvenir à une meilleure gestion des frontières communes, en passant par un renforcement de l’agence Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne). Dans le même registre, les questions autour de l’intégration de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’espace devraient être remises sur la table, c’est en tout cas ce que déclarait le Ministre des Affaires étrangères hongrois en juin dernier. Troisièmement, M. Tusk entend intégrer le thème de la sécurité alimentaire dans la réforme de la Politique agricole commune (PAC). Enfin, le dossier de la Politique de sécurité et de défense commune (PESCD) sera à l’ordre du jour. L’objectif de consacrer 2% du PIB aux questions de défense est avancé, en intégrant mieux aux dispositifs de défense la gestion civile. Il est vrai que M. Tusk est un adepte de la défense européenne, comme en atteste le rôle qu’a joué la Pologne dans l’intervention des forces de l’Union européenne au Tchad.

 

Un voisinage stable

Ce dernier axe de la présidence polonaise s’est imposé par la force des choses, qui oblige les dirigeants polonais à prendre en compte les « transformations démocratiques qui se déroulent actuellement en Afrique du Nord ». La Pologne souhaite mener une politique de voisinage bénéfique pour tous : certains trouveront leur compte dans l’approfondissement de l’Union pour la Méditerranée, d’autres dans le « partenariat oriental » comprenant six pays : Moldavie, Ukraine, Biélorussie, Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan. La Pologne se fera également l’ambassadrice de l’intégration européenne des Balkans occidentaux, renouant ainsi avec la présidence hongroise, mais aussi celle d’un rapprochement entre l’UE et la Russie. Vaste programme.

Yann Caspar

 

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