Les pérégrinations au temps des Lumières et d’Erasmus

Rencontre avec François Cadilhon

 

Depuis bientôt 15 ans, l’Université Michel de Montaigne de Bordeaux 3 a entrepris des échanges avec l’Université ELTE de Budapest. François Cadilhon, qui n’en est pas à sa première visite à Budapest, a présenté à la table-ronde franco-hongroise son dernier livre : Jean-Baptiste de Secondat de Montesquieu. Au nom du père.

JFB : Que traduit ce titre ?

François Cadhillon: Tout le monde connaît Montesquieu, l’auteur de L’Esprit des lois, mais on ne connait pas son fils, écrasé par la mémoire et le prestige de son père. Le philosophe avait annoncé qu’il était prêt à assurer le nom des Montesquieu et la transmission de la baronnie la Brède de « mâle en mâle ». Son fils Jean-Baptiste ne sut jamais s’il devait s’appeler Montesquieu ou Secondat. C’est toute l’ambiguité de ce beau siècle des Lumières et la réalité d’un mal-être nobiliaire et familial que l’on découvre à travers les mémoires de ce juriste malgré lui. Son discours comme président du Parlement fut considéré tout au long du siècle comme un modèle idéal et le texte régulièrement réédité et vendu auprès d’avocats et conseillers. Il était un passionné de chimie et d’astronomie. Il ne se déplaçait guère en dehors de la France - il entreprit des voyages virtuels en découpant les journaux de l’époque. Son fils reprit le nom de la famille et devint un héros de l’Indépendance américaine. La famille a survécu à tous les bouleversements.

JFB : Il y a une coopération importante entre l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 et l’Université Eötvös Loránd de Budapest. Depuis quand existe-t-elle et quels sont ses leitmotifs ?

F.C. : C’est une histoire qui remonte à 1994. La Hongrie venait d’être libérée de toutes ses contraintes du passé et j’ai monté à cette époque avec Éva Ring un programme Erasmus. Le programme Balaton, qui a permis de publier notamment un livre sur les canons littéraires et visions de l’histoire d’Europe centrale, en est une des réussites. La prochaine rencontre aura lieu en novembre à Bordeaux et sera dédiée à la correspondance en Europe centrale de 1648 (Traités de Westphalie) jusqu’à la révolution de 1848. On a toute une série de lettres qui montrent comment les gens de Pologne, de Hongrie de Bohème ont essayé de construire une identité politique, sociale, économique anticipant peut-être déjà la communauté européenne. C’est une forme de reconnaissance envers la Hongrie et la Pologne qui assurent la présidence européenne. Avec mes collègues de Bordeaux et de Budapest, nous dirigeons communément des thèses. Dernièrement, j’ai dirigée avec János Kalmár la thèse sur les Esterházy. Notre étudiant Matthieu Aubert enseigne déjà à notre Université et s’est marié avec une hongroise. Tout un symbole !

 Éva Vámos

Ouvrages de référence :

François Cadilhon :Jean Baptiste de Secondat de Montesquieu. Au nom du père. PUF de Bordeaux

Culture et identité en Europe centrale, Canons littéraires et visions de l’histoire . Sous la direction de Michel Maslowski, Didier Francfort et Paul Gradwohl . Masarykova Univerzita. Paris-Brno, 2011

 

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