De quoi le Fidesz-KDNP est-il le nom?

Réforme de la constitution

 

Une majorité de hongrois a vu en la victoire de la coalition Fidesz-KDNP au printemps dernier l'avènement d'un nouveau régime, mettant fin à une époque révolue, symbolisée par Ferenc Gyurcsány. Constatant cela, le gouvernement aime à se conduire comme l'initiateur d'une nouvelle ère. La rédaction d'une nouvelle constitution est une constante dans l'histoire lorsqu'il y a changement de régime, ou du moins lorsqu'on croit voir un tel changement.

Viktor Orbán et sa bande ont bien compris l'aspect symbolique d'une telle entreprise. Une constitution peut aussi être analysée sous une autre angle, comme une sorte d'esprit des dirigeants. Nous sommes donc amenés à nous poser cette question : de quoi le Fidesz-KDNP est-il le nom?

Laissons de côté les démarches pathétiques auxquelles s'est adonné le gouvernement pour faire croire à l'emploi de méthodes consultatives et démocratiques à l'occasion de la préparation du projet de nouvelle constitution. Les esprits aiguisés, et à la critique acerbe, y ont tous vu un ridicule simulacre de bonne volonté. Le nouveau personnel politique disposant de tous les leviers voudrait-il nous faire gober qu'il entend s'inspirer des contributions d'internautes ou encore prendre en considération les réponses à un questionnaire envoyé par la poste? Allons, c'est pitoyable! Ce dont Viktor Orbán a besoin, ce n'est pas de contributions diverses lui permettant d'élaborer son projet, car celui-ci est prêt depuis longtemps et date de l'époque au cours de laquelle le Fidesz était encore dans l'opposition. Non, il lui faut simplement trouver une légitimité démocratique à son texte. Actuellement plongé dans un état de léthargie intellectuelle, le peuple hongrois la lui accordera, c'est sûr.

Initialement, le vote avait été fixé au 25 avril. Arrêtons nous un peu sur cette date, elle n'est pas anodine et très révélatrice du jeu auquel joue la majorité. Cette année, le 25 avril sera le lundi de Pâques, c'est-à-dire le lendemain du jour de Pâques qui commémore la résurrection de Jésus-Christ. Dire que cette date a été choisie de manière innocente serait faire un affront à l'intérêt porté par les dirigeants actuels au christianisme. Le Fidesz-KDNP entend donc relever la chrétienté des coups que lui ont porté les soviétiques. Pâques fait référence à la volonté divine dans les phénomènes de l'équinoxe et de la pleine-lune. La volonté divine permet alors de faire briller une puissante lumière, symbole de la résurrection, du relèvement. C'est bien ce rôle que le Fidesz-KDNP entend endosser : éclairer la Hongrie, devenue sombre de par son passé. Sans doute après avoir constaté que cette date aurait été trop pompeuse, le vote a été avancé de quelques jours.

Le projet de constitution est bourré de ces allusions au rôle du christianisme dans l'histoire de la Hongrie. C'est une vengeance sur le passé. Le gouvernement est déterminé à faire inscrire dans la constitution l'important rôle du christianisme dans la construction de la Hongrie en balayant ainsi toute allusion à la démocratie populaire. Rappelons-le : l'actuelle constitution est issue des travaux des socialistes réformateurs de 1989, ce qui a d'ailleurs conduit certains médias proches de la majorité à expliquer que les hongrois sont encore à moitié soviétiques! Viktor Orbán veut donc balayer définitivement cette époque et y substituer celle d'un État hongrois chrétien. Il veut par ailleurs réhabiliter la Sainte-Couronne en lui conférant le statut de fondement du pouvoir politique. Ceci avait déjà été en partie fait lorsque Viktor Orbán avait, lors de son premier mandat, ordonné le transfert de l'objet sous la coupole du Parlement. Par ce symbole, le Fidesz-KDNP a pour but de conférer la force de l'ancienne monarchie hongroise à sa constitution et ainsi faire peur aux opposants, les décourager de toute riposte en leur faisant comprendre que la Hongrie est toute puissante. Jusqu'à présent, les opposants rient plus qu'ils n'ont peur.

Autre futilité du Fidesz-KDNP : la notion de famille. Cette valeur serait citée dans la nouvelle constitution. Pour bien montrer quelle importance le gouvernement accorde à cet aspect, un point est à discuter : le vote multiple des femmes mères d'au moins deux enfants. La « Constitution Pétain » prévoyait déjà cette mesure, cependant ce texte ne fut jamais adopté, l'Allemagne nazie craignant que la France n'acquière une trop grande indépendance en se dotant d'une constitution. Il n'en reste pas moins qu'en avançant cette idée, le Fidesz-KDNP se réclame officiellement d'un conservatisme dur. C'est le concept même de citoyen, sujet autonome doué de raison, qui serait mis à mal. En faisant entrer les mineurs dans le jeu politique et en les assimilant à leur parent, le Fidesz nie deux choses. La première, c'est que l'enfant est un être en devenir, un citoyen en puissance. C'est pour cette raison que le regard porté sur lui se doit d'être éminemment différent de celui porté sur un adulte. Ainsi les sanctions pénales se doivent d'être d'une autre nature par exemple, le Fidesz-KDNP n'a pas cette vision comme en atteste sa politique en matière pénale. La deuxième, c'est que l'enfant peut prendre un chemin différent de celui de ses parents, il peut construire des vérités qui ne sont pas celles de ses parents, notamment en bénéficiant d'un système scolaire de qualité. Enfin, ce qui est toujours risible chez les défenseurs de la famille, c'est qu'ils sont bien souvent des artisans de la destruction du cadre familial et des qualités qui y existent : la solidarité et la générosité notamment. Le Fidesz-KDNP fait partie des ses artisans en faisant l'apologie de l'impôt proportionnel ou encore en voulant constitutionnaliser un taux de déficit et d'endettement maximal.

 

Yann Caspar

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