Présidence hongroise

Un défi à surmonter en pleine crise

Le mois de décembre représente la dernière ligne droite avant le début officiel de la présidence hongroise de l’UE. Un certain nombre de priorités semble désormais se dégager, alors même que le programme officiel ne sera publié qu’après la fin de la présidence belge.

Il y a quelques mois, l’exécutif hongrois s’était préparé à aborder certaines thématiques importantes sans être pour autant prioritaires, notamment la diversité culturelle au sein de l’UE et la question de l’approvisionnement en eau. Mais d’autres thèmes plus délicats ont pris le dessus et ont réécrit le scénario des 6 prochains mois. En effet, cette première présidence hongroise s’effectue dans un contexte économique où les enjeux communautaires, alimentant de vifs débats entre les pays membres, sont plus importants que jamais: comment élaborer une stratégie économique commune face à la crise que traverse le vieux continent alors même que celle-ci s’intensifie?

La présidence hongroise doit ainsi faire face à un défi de taille en prenant l'initiative de proposer des solutions communautaires au moment même où la cohésion européenne est souffrante: l'Europe traverse une importante crise sociale, les débats institutionnels sur le budget 2011 sont au point mort et la politique économique européenne est frappée par les différends nationaux, de nombreux pays étant tentés de mettre en place des mesures protectionnistes. Ainsi, au cours des 6 prochains mois, outre l'aboutissement des dossiers engagés par le trio Espage-Belgique-Hongrie entre janvier 2010 et juin 2011, la Hongrie doit faire face à d’autres enjeux dans le cadre de la Stratégie «Europe 2020» portant sur la stabilité et la compétitivité européenne. Elle a également à cœur d'attirer l’attention sur des priorités proches de ses intérêts nationaux, comme la question de l’élargissement aux pays des Balkans, l’élaboration de la stratégie pour le Danube -deuxième stratégie macro-régionale de l’UE-, la problématique de l’intégration européenne des Roms. La Hongrie envisage en outre de faire avancer les dossiers sur les questions de l’énergie et du changement climatique. D’autres sujets sont sur la table, comme par exemple l’élargissement de l’espace Schengen à l’Est, vers la Roumanie et la Bulgarie, qui est particulièrement important pour le gouvernement hongrois, car l’abolition des frontières vers l’est permettrait de rapprocher la Hongrie des Hongrois de Transylvanie, un vœu cher au gouvernement et qui figurait déjà dans ses arguments de campagne électorale. En somme, les 6 prochains mois seront cruciaux pour les changements structurels que l’UE se doit d'entreprendre au nom du renouveau social et économique.

Pour surmonter ce défi, la présidence hongroise doit fonctionner de manière efficace afin d'aboutir à des résolutions tout en minimisant les coûts opérationnels. Le budget provisoire (prévisionnel) de la présidence hongroise est estimé à 80 millions d’euros,sachant que le budget d'une présidence européenne varie généralement entre 80 et 150 millions d’euros. Pour alléger les dépenses, la plupart des 250 évènements organisés au cours des 6 prochains mois seront organisés dans des bâtiments publics et l'État cherche à associer des entreprises multinationales en tant que partenaires de la présidence. Enikô Gyôri, secrétaire d'État chargée des affaires européennes, attire l’attention sur le fait que la présidence doit impliquer toute la nation, y compris les secteurs privé, civil et scientifique, qui sont invités à prendre une part active à cette présidence et profiter ainsi de l'intérêt que portera le monde à la Hongrie au cours des 6 prochains mois. En effet la présidence est à la fois un grand challenge pour le pays mais également la possibilité d'améliorer son image internationale. Une opportunité qui ne se représentera que dans 14 ans.

La présidence hongroise est attendue de façon plutôt optimiste de la part de l’opinion européenne. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a affiché sa confiance ainsi que son soutien envers les premières déclarations d'intention de la Hongrie, qui semblent ne pas souffrir, pour le moment, des tensions politiques internes à la Hongrie, l’opposition s’étant engagée à contribuer de façon constructive au succès du pilotage hongrois. Alors que la présidence hongroise n’a pas encore débuté, il est déjà question de sa succession lors des entretiens qui se déroulent entre la Hongrie et la Pologne, pays assurant la présidence à partir de juin 2011. Si la Pologne ne fait pas partie du trio 2010-2011, la Hongrie souhaite tout de même assurer une certaine continuité des affaires européennes entre les deux cycles de 18 mois.

Kata Bors

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