A découvrir : le roman picaresque hongrois !

Les Livres du JFB

Il y a des livres comme celui-ci qui risquent souvent d’être injustement oubliés non parce que leurs auteurs manquent de talent, mais tout simplement parce que leurs lecteurs, impatients et exigeants, ne leur accordent pas toute l’attention qu’ils méritent.

J’ai ainsi failli laisser de côté un classique de la littérature hongroise écrit par l’un des plus grands auteurs hongrois de la fin du XIXème siècle, livre aujourd’hui méconnu des Français et pourtant admiré de Théodore Roosevelt (qui avait même rendu visite à l’auteur, Kálmán Mikszáth, au cours de son périple en Europe en 1910, dans le seul but de lui exprimer toute son admiration) : Le Parapluie de Saint-Pierre.

Ce n’est pas parce que cet ouvrage date de 1895 qu’il faudrait l’ignorer. Les éditions Viviane Hamy ont d’ailleurs permis aux Français de le découvrir : une première traduction paraît en 1994; une deuxième est prévue pour juin 2007.

Il est vrai, néanmoins, que pour réussir à s’immerger dans ce livre, il faut au départ un peu d’attention afin de «rentrer» dans l’univers picaresque, original et charmant de ce roman aux allures de conte.

Suspense, humour, dépaysement, voyages dans les contrées magyares, slovaques et roumaines vous attendent. Très vite, vous êtes séduits et emportés par ce joli conte : vous suivez le voyage du petit parapluie rouge pas à pas, curieux de savoir jusqu’où il va aller, dans quelle famille il va atterrir et ce qu’il va leur apporter à chaque fois. Et parallèlement, vous suivez Gyuri Wibra, notre héros picaresque, dans ses péripéties pour retrouver son parapluie. Un véritable trésor apparemment car ce simple parapluie protège une orpheline de la pleurésie, réveille un mort, prévient la ruine d’un curé, sauve un village de l’abandon et un vieux garçon du célibat !

Et pour couronner le tout, Kálmán Mikszáth raconte son histoire avec beaucoup d’humour et de détachement, mais aussi beaucoup d’esprit critique, permettant de temps en temps au lecteur de prendre du recul avec lui sur l’histoire charmante, mais étrange, qu’il nous raconte. Ainsi, lorsque le narrateur évoque le mariage de son héros, Gyuri Wibra, il fait dire à ce dernier : «Excusez-moi, madame, mais me marier n’est pas dans mes habitudes», puis il quitte quelques instants son histoire et profite de l’occasion pour philosopher sur le mariage en général, non sans ironie : «Effectivement, le mariage n’est qu’une mauvaise habitude, mais une habitude qui n’arrive pas à passer de mode. Depuis des millénaires, génération après génération, tous s’y emploient, s’en plaignent, se grattent la tête en disant qu’ils ont fait une bêtise, mais cela ne rend pas le monde plus sage. Tant que de belles jeunes filles pousseront, elles pousseront toujours pour quelqu’un.»

Et comme dans chaque conte ou fable qui «se finit en beauté», Le Parapluie de Saint-Pierre se termine avec une morale qui réjouira tout le monde…

Alors n’hésitez pas à investir la littérature hongroise du XIXème siècle : vous ne serez pas déçu.

Le Parapluie de Saint Pierre

de Kálmán Mikszáth

Editions Viviane Hamy (1994) - 243 pages

Clémence Briére

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