Culture (européenne) sur les rives du Bopshore

Quand la porte de l'embarcadère s'ouvre, un flot de passagers se jette sur le pont du bateau. Si les touristes se disputent une place à l'extérieur, sous le soleil de juillet, les habitués s'acheminent tranquillement à l'intérieur moins encombré, ouvrent un livre ou ferment les yeux. Sans attendre, un jeune serveur passe dans les allées en proposant pâtisseries et thés. De quoi profiter de la traversée sur le service de ferry-bus d'Istanbul, à balancer entre Europe et Asie. Voyage à travers l'ancienne «Sublime Porte», nouvelle capitale d'une autre culture européenne, et pas seulement en 2010

 

 

Quand 2010 a été désignée comme la dernière année où un pays non-membre de l'Union Européenne (UE) pouvait accueillir l'évènement «Capitale européenne de la culture», la candidature d'Istanbul s'est rapidement imposée face à la concurrence de Kiev. Anciennement Byzance puis Constantinople avant de gagner son nom actuel en 1930, la mégalopole millénaire, qui compte aujourd'hui entre 12 et 16 millions d'habitants, a fait valoir sa vocation de pont entre les civilisations et les cultures. Comme on peut lire sur le site Internet de la «Capitale», c'est ainsi l'occasion pour l'Europe de «redécouvrir les racines de sa propre culture» et de «faire un pas de géant vers une compréhension mutuelle». Un objectif politique par le biais de la culture? Un programme ambitieux dans tous les cas, à la hauteur des moyens déployés.

 

Le succès mérité d'une capitale européenne (de la culture)

Alors que la Turquie piétine depuis des décennies dans ses négociations d'adhésion à l'UE, le symbole politique de voir Istanbul consacrée comme capitale européenne a initié un élan national pour s'assurer du bon déroulement de l'évènement. Un peu plus de 344 millions de liras (environ 175 millions d'euros) ont été débloqués sur 3 ans pour rénover et/ou construire rues piétonnes, lignes de trams, monuments publics et musées, notamment le mirfique palais Topkaki, et attirer artistes du monde entier. Le tout dans la plus grande transparence et coordination possible. Et ici, pas de problème concernant l'extension de l'aéroport ou le rallongement du réseau d'autoroutes, qui existaient déjà. Une harmonie productive et reposante, loin des atermoiements de Pécs, l’une des autres capitales culturelles 2010 au centre de l'Europe.

A titre de comparaison, en juin 2010, à mi-parcours, la faillite de Pécs s'affichait dans ses rues. Après une simple promenade sur les chantiers du quartier Zsolnay, passée à zigzaguer parmi les ouvriers affairés à aménager l’une de ses rues principales un dimanche matin, on ne pouvait que ressentir une certaine frustration face à l'impossibilité de visiter le nouveau centre d'exposition inachevé, et une déception certaine quant aux expositions des musées du centre ville ou des concerts de cors de chasse en plein air. La ville qui se dit «sans frontière» semblait au contraire enfermée dans des rivalités politiques, des scandales de corruption et de coupables indécisions.

Tirer de simples conclusions d'une comparaison entre une ville hongroise de province et la «New York de l'est», qui a été reconnue comme mégalopole «globale» depuis des années, serait injustifié. Mais entre les difficultés de Pécs et la reconversion post-industrielle d'Essen et de sa région de la Ruhr, l'allant d'Istanbul donne une vitalité appréciée à l'année culturelle européenne 2010. Hormis son héritage unique, ses paysages de rêve au long du Bosphore et son activité cosmopolitaine bouillonante, la ville offre au visiteur un programme culturel étourdissant.

Au-delà de la «culture européenne»

Si les opéras de Verdi, la verve d'Ibsen, le piano de Chopin, les images de Godard et les vers de Schiller, entres autres, sont bien sûr à l'honneur, la capitale culturelle a livré ses scènes et écrans aux nouvelles générations, venus d'Europe et d'ailleurs. Une visite du palais Topkaki se prolonge aisément par un coup d'oeil à Hagia Sofia, la majestueuse église byzantine transformée en mosquée, et à la mosquée bleue qui lui fait face. Après les expositions de photos chinoises au centre Kardiga, un concert estonien en plein air sur la place Taksim, le cœur de la ville moderne, et une improvisation théâtrale polonaise au pied de la Tour Galata, un «Turkish delight» s'impose. Avant de sauter dans le premier ferry-bus qui passe et d'aller découvrir, un thé à la main, ce que la «rive asiatique» de la capitale «européenne» de la culture recèle.

Sébastien Gobert

 

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