Tournant dans la protection de l’environnement

Les premières déclarations de Gábor Fodor, nouveau Ministre de l’environnement, répondent aux attentes des organismes verts. Cependant, la réalisation de ses projets reste douteuse.

 

Gábor Fodor doit avoir d’excellents conseillers, car il semble déjà avoir parfaitement compris où il devrait renforcer son ministère. Lors de sa première présentation parlementaire, très convaincante, devant le comité de la protection de l’environnement, Gábor Fodor a justement promis des changements dans les domaines considérés comme les plus délicats : il mise sur un tournant vert dans le gouvernement, c’est-à-dire sur un renforcement des intérêts environnementaux dans tous les secteurs, ainsi que sur l’établissement d’un réseau de coopération avec les ONG et l’affermissement des autorités compétentes. Répondant aux questions de nos journalistes, il a insisté sur ce dernier point en le qualifiant «d’importance vitale». «Une société libre, dans laquelle l’Etat est contraint de prendre du recul sur certaines questions, a un grand besoin d’organismes qui accomplissent strictement leurs devoirs», dit-il pour souligner que la solution des problèmes environnementaux n’est pas indépendante de la défense nationale, de la politique énergétique, de la qualité des produits alimentaires, des questions de migration et de tant d’autres questions d'ordre général qui peuvent se présenter tant au niveau social que politique.

 

Organes tampons

D’après la plupart des critiques formulées contre le prédécesseur de Fodor, Miklós Persányi, celui-ci a affaibli et réduit les organismes œuvrant pour la protection de l’environnement à la simple fonction de «tampon». Selon Ferenc Márkus, directeur de la WWF Hongrie, l’idée de la séparation des autorités nationales et des parcs nationaux n'est pas mauvaise, mais le gouvernement l’a mise en œuvre sans avoir fait les préparatifs nécessaires à cette restructuration.

Le nouveau ministre souhaite se frayer enfin un chemin dans la forêt vierge de la législation sur la protection de l’environnement. «Je veux un système plus net et moins complexe», a souligné Fodor. Pour apaiser les inquiétudes des fonctionnaires de son portefeuille, il a souligné qu’il ne prévoyait aucune réduction d’effectifs et qu’il tenterait de rendre plus efficace le fonctionnement relativement confus des parcs nationaux à l’aide de quelques restructurations. Il a également fait un geste dans la direction des organismes verts en disant qu’il compterait sur leurs compétences professionnelles lors de la préparation des lois. «La bonne collaboration avec les ONG est pour moi une question stratégique», dit-il. En effet, après l’article que Persányi avait publié dans le quotidien Népszabadság, ses relations avec les organismes de protection de l'environnement s’étaient rapidement détériorées alors même qu'ils attendaient beaucoup de ce ministre issu des milieux professionnels et considéré comme une personnalité vraiment compétente. Dans l’article en question, l’ancien ministre accusait les «activistes de la Belle Epoque Verte, dont la morale ne peut même pas être mise en question» de faire obstacle à d’importants investissements économiques et, ainsi, de compromettre le mouvement vert en général. Tout cela parce que les Verts voyaient dans la décision de Persányi, qui avait cédé la coordination de la stratégie de développement durable à l’Agence de Développement National, une subordination des questions professionnelles à la politique.

Dans une déclaration, accordées antérieurement au Figyelô, Persányi a refusé les accusations selon lesquelles il se serait incliné, pendant sa période ministérielle, devant les attentes et les exigences des agents économiques et des différents lobbies. Il a en même temps souligné qu’il réalisait une politique environnementale libérale, contrairement à celle des Verts, et que, dans ses fonctions ministérielles, il devait représenter non seulement les intérêts «verts», mais ceux de toute la société hongroise. Sa marge de manœuvre a été définie par cette vision centrée sur le développement économique, qui du point de vue de la protection de l’environnement restait sur la défensive, et contrainte par la diminution progressive des ressources financières. Il est indiscutable que, sous la direction de Fodor, les intérêts de ce portefeuille pourront être mis en relief avec plus de fermeté. La protection de l’environnement, y compris la gestion des eaux, est une tâche ingrate et conflictuelle. D’habitude, les politiques les plus ambitieux ne concourent pas pour ce ministère. Depuis le changement de régime, ce portefeuille n’a connu qu’une courte période “faste” où il passait pour une force stratégique reconnue et fonctionnait comme un point d’octroi financier important, avec à la tête Ferenc Baja, figure de premier ordre de son parti (le MSZP) à l’époque.

Cependant, comme le notent les détracteurs du nouveau ministre, Fodor n’avait auparavant jamais montré trop d’ambition dans le domaine de la protection de l’environnement (tout comme Baja, d’ailleurs), et pendant l’exercice de ses fonctions de ministre de la culture, il a plutôt éludé les conflits. Pourtant, quand Gábor Fodor a pris l’initiative d’une rencontre avec les organismes verts les plus importants, fin mars, pendant sa campagne pour la présidence de son parti, les ONG semblaient appuyer sa conception et sa vision de la politique environnementale.

Selon András Lukács, président du groupe de travail sur la qualité de l’air (Levegô Munkacsoport), la nomination de Fodor a ses inconvénients et ses avantages ; d’une part, Fodor n’est pas “dans le métier”, d’autre part, dans la vie politique, c’est un homme de poids. «Dans d’autres pays, comme par exemple au Danemark, si le ministre est politiquement fort et bien coté, il peut arriver à de grands résultats.» Lukács lui-même commencerait par le renforcement des autorités et des organismes de contrôle, puis entamerait la réalisation de «la réforme des impôts verts». A ce propos, il faudrait diminuer les taux d’imposition sur le revenu et introduire, pour contrebalancer ce manque, des impôts sur les activités polluant gravement l’environnement.

 

Travail operationnel

Selon Ferenc Márkus, conseiller en protection de l’environnement, l’un des devoirs les plus urgents de Fodor serait de se renseigner sur l’état du nouveau Plan Vásárhelyi. Sous l’activité ministérielle de Persányi, le travail s’est ralenti, on n’a fait que raffermir quelques chaussées de retenue de-ci de-là, pendant que le projet de développement visant à sécuriser les bords de la Tisza n’a pas progressé. De plus, le gouvernement envisage plusieurs modifications de loi qui permettraient de repousser le délai de la réalisation du Plan Vásárhelyi pour 2035. Toutefois, selon Márkus, le point fort de Fodor est son approche des droits de l’Homme (c’est-à-dire du droit de l’Homme à un environnement sain), et non pas le travail opérationnel. C’est justement pour cela qu’il est curieux de voir si l’équipe qui entoure le nouveau ministre sera capable de garantir l’exécution efficace des tâches.

 

 

Csilla Mihalicz

Traduit par Zsofi Molnár

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