En travaux !

 

András Ecsedi-Derdák, directeur de l’Institut hongrois de Paris depuis janvier 2006, souhaite dynamiser l’Institut hongrois. Des cours de hongrois proposés aux futurs festivaliers du Sziget au re-looking du bâtiment, ce ne sont pas les idées qui lui manquent. Portrait d’un jeune directeur culturel qui espère voir « entrer la vraie vie » dans ses murs.

 

András Ecsedi-Derdák avait participé au Banan Klub, une maison associative, dans le IIIe arrt. de Budapest, où étaient organisés des concerts, des projections de films ou des spectacles de théâtre. Conseiller culturel pour la Mairie de Budapest, il a ensuite été nommé directeur artistique du Parc Millenáris pendant trois ans avant d’apprendre, quelques mois après la fin de son contrat, son départ pour Paris. C’est sa première mission à l’étranger, mais cela ne semble pas l’impressionner outre mesure. Paris est une ville à son échelle. Et si le public de l’Institut reste majoritairement hongrois, le projet d’András Ecsedi-Derdák est de l’ouvrir d’avantage à l’attention des Français.

Pour cela il cherche notamment à transformer le bâtiment. En mars 2006, il a ainsi confié au groupe Medence, artistes budapestois qui travaillent exclusivement avec des bambous, le soin de camoufler l’architecture et de moduler l’espace avec ce matériau léger et économique. L’immeuble, qui offre pourtant quelque 2000 m2 sur sept étages (avec terrasse !), « n’est pas adapté pour organiser des événements pour un public nombreux. Cela convient pour une centaine de personnes maximum : les projections de films ou les conférences par exemple ». Situé rue Bonaparte, dans le VIe arrt., l’Institut a profité de sa situation pour organiser une grande exposition des photographies de Jean-Pierre Pedrazzini (journaliste pour Paris Match, mort à Budapest durant la révolution hongroise de 1956), sur les grilles de l’église Saint-Sulpice située juste en face. «L’exposition a duré un mois et demi et a été vue par plus de 10 000 spectateurs, c’est-à-dire tous les passants ! C’est beaucoup mieux que n’importe quelle exposition que l’Institut pourrait organiser dans ses murs».

«Nous sommes situés dans un quartier très bourgeois, loin des lieux de la culture vivante et actuelle. Or la vie, la culture d’aujourd’hui, ce n’est pas ça !». Ainsi, malgré un budget réduit (600 000 euros, dont 87% couvrent les frais de fonctionnement), il tente de moderniser la programmation et l’image de l’Institut, et ce par tous les moyens. Le mécénat en est un. Outre des partenariats, notamment avec Malév, il souhaite lancer un appel d’offre pour la création d’un restaurant, qui deviendrait , au sein de l’Institut, «un lieu vivant et attractif».

L’Institut hongrois propose bien évidemment des cours de hongrois et accueille une centaine d’étudiants, qui ont, pour la plupart, de la famille hongroise ou un lien avec le pays. «Là encore, je souhaite voir d’avantage de Français dans nos murs». «Au festival Sziget, il y a chaque année environ 10 000 Français…» C’est donc naturellement à eux que s’adresse la nouvelle formule de cours en proposant un «Guide de survie pour le Sziget». Il s’agit de cours intensifs, “mais très relax !„ précise la brochure, pour apprendre, à raison de 5h par jour pendant un mois, les rudiments de la langue magyare. L’accent est mis sur «la pratique orale et le vocabulaire d’aujourd’hui, avec des thèmes élaborés autour du Sziget (manger pour 10 € par jour, l’histoire du Sziget, présentation des groupes de musique, comment se faire des copains hongrois, etc…)». András Ecsedi-Derdák souhaite par ailleurs voir s’ouvrir une section hongroise au lycée international de Saint-Germain-en-Laye, qui deviendrait par là même le premier lycée en France à enseigner cette langue. Ce projet, envisagé pour septembre 2007, intéresserait potentiellement une vingtaine de familles hongroises.

Bien sûr l’Institut hongrois poursuit ses collaborations avec les autres membres du FICEP (le Forum des Instituts Etrangers de Paris) et participe au festival Jazzy Color (qui regroupe 17 instituts à Paris). En revanche, András Ecsedi-Derdák déplore le peu de contact entre les différents instituts hongrois de par le monde, dont il remarque toutefois que certains se modernisent. «Mais le système travaille lentement», souligne-t-il. «Ainsi, un directeur d’institut ne peut pas signer un contrat sans s’en référer au Ministère, avec lequel, à l’ère d’Internet, on ne communique pourtant que par fax !».

En somme, le nouveau directeur de l’Institut hongrois de Paris a des envies de grand ménage : refaire le site Internet, rajeunir le bâtiment, modifier la brochure, dont le design jaune et noir affiche la couleur… Car, on l’aura compris, l’Institut hongrois de Paris est “En travaux !“.

Frédérique Lemerre

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