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Cinéma : Mission promotion


By JFB - Posted on 23 avril 2007

Cinéma : Mission promotion

Magyar Filmunió est l’organisme en charge de la promotion des films hongrois à l’étranger, c’est-à-dire - toute proportion gardée - l’équivalent d’Unifrance pour la Hongrie. Éva Vezér, sa directrice, travaille ainsi à la meilleure visibilité du cinéma hongrois dans le monde alors que Joël Chapron, présent à Budapest à l’occasion des Journées du film français, est responsable du secteur cinéma des pays d’Europe centrale et orientale pour Unifrance. Portrait croisé de deux passionnés du 7ème Art, bien conscients de leur mission et de ses enjeux, quelque peu différents…

Créé par la Fondation Publique de la Cinématographie pour accompagner et assurer la promotion du cinéma hongrois à l’étranger, Filmunió est présent dans de nombreux festivals internationaux, dans le cadre des “saisons hongroises“ à l’étranger, mais aussi durant les semaines du cinéma hongrois organisées dans une vingtaine de villes dans le monde. Cet organisme travaille également avec les Instituts hongrois et participe régulièrement à l’organisation de rétrospectives consacrées aux cinéastes hongrois les plus reconnus de par le monde : Béla Tarr, Miklós Jancsó ou encore István Szabó, par exemple.

«Dans les années 90, il y avait une panne dans la production des films hongrois, explique Eva Vezér, notamment parce que le changement politique appelait la recherche de nouvelles formes cinématographiques. Puis les années 2000 ont vu l’émergence de nouveaux réalisateurs, comme Ferenc Török (Moszkva tér), Nimród Antal (Kontroll) ou Kornél Mundruczó (Johanna), par exemple.» Peu à peu les films hongrois ont trouvé, ou retrouvé, leur place dans les rendez-vous cinématographiques internationaux. Hukkle, de György Pálfi, était ainsi présenté aux festivals de San Sebastian, de Moscou ou encore de Montréal et reconnu avec le Prix Fassbinder – Révélation européenne de l’année 2002. Après la pluie, de Péter Mészáros, remportait la Palme d’or du court-métrage à Cannes la même année. 2006 fut également une très bonne année pour le cinéma hongrois, avec trois longs-métrages présents à Cannes. «C’est de mieux en mieux !» confirme-t-elle avec enthousiasme.

Quant à la dernière édition du festival de Budapest, on trouvait parmi les films primés (Opium de János Szász, La journée d’Iska de Csaba Bollók ou encore Happy New Life de Árpád Bogdán) des œuvres aptes à susciter un intérêt à l’échelle internationale.

«L’un des problèmes du cinéma hongrois, c’est que peu de sociétés s’occupent de vendre les films. Par exemple, la vente du film Taxidermia est gérée par FortissimoFilms, une société hollandaise, et la plupart des films hongrois sont ainsi vendus par des compagnies étrangères.» Et ce n’est pas près de changer, le volume des films étant trop faible pour inciter les entrepreneurs à se lancer dans une telle aventure en Hongrie.

«En général, ce sont de 20 à 25 longs-métrages qui sont produits chaque année en Hongrie, dont 6 à 8 qui peuvent “voyager“ hors des frontières. D’autres encore peuvent trouver quelques cases, comme le film des frères Buharov (Slow Miror ),dont c’est le 1er long-métrage. La réaction des étrangers présents lors du dernier festival était très positive à l’égard de ce film, comme des films expérimentaux en règle générale.»

Filmunió fait par ailleurs partie depuis 6 ans de l’European Film Promotion, dont le but est la promotion des films européens hors d’Europe. L’EFP fonctionne grâce au soutien du programme MEDIA, dont l’essentiel du budget va à la distribution et à la circulation des œuvres. «MEDIA est une bonne idée, souligne Éva Vezér : il faut lutter pour défendre le cinéma européen», même si ce système ne peut pas faire de miracle : «Il y a environ 800 à 900 films européens par an et il n’y a que 52 semaines dans une année !». Pour exister, ou tout simplement être reconnus, «les cinémas nationaux doivent garder leur identité nationale. Car quoiqu’il en soit, il est difficile, voire impossible, de concurrencer le cinéma américain, à cause de la langue d’une part mais surtout du marketing mis en place autour de la sortie des grosses productions hollywoodiennes.»

Joël Chapron ne dit pas autre chose : «cela fait 35 ans que la publicité a explosé et qu’elle est devenue incontournable. Or la sortie d’un film coûte extrêmement cher. C’est pourquoi Unifrance aide financièrement les distributeurs, hongrois par exemple, qui sortent des films français». Le CNC a également mis en place une commission d’aide aux distributeurs étrangers pour couvrir les risques que peut représenter la sortie de films français sur leur territoire. Cette aide est incitative et remboursable s’ils parviennent à rentrer dans leurs frais. Un système que ne peut en aucun cas mettre en place la Hongrie.

« Filmunió est le meilleur organisme de ce genre en Europe centrale, confie Joël Chapron, bien plus efficace par exemple que son équivalent polonais ou même russe. Mais l’un des problèmes du cinéma hongrois, c’est qu’il souffre encore à l’extérieur, et notamment en France, de cette image de “cinéma dissident“, à la marge». «De plus, le cinéma est moins “capital“, au sens économique du terme, en Hongrie qu’en France.» Il souligne par ailleurs combien le “cas français“ reste exceptionnel en Europe : «La France a une grande chance : les changements politiques successifs n’ont jamais remis en question la politique globale de soutien du cinéma. Ce système est par ailleurs extrêmement réactif et permet de s’adapter en permanence aux nouvelles technologies (le VOD, la diffusion via Internet ou la téléphonie mobile par exemple)». C’est ainsi, explique-t-il, que peut se perpétuer l’idée d’un rayonnement culturel français. Car si les Etats-Unis détiennent une puissance économique inégalable, cet écart peut être compensé par des décisions politiques. «C’est en quelque sorte une coexistence pacifique, basée sur le principe de la diversité culturelle chère à la France et à l’Europe.»

La France a en outre la chance de bénéficier d’un terreau favorable : on connaît et on reconnaît les films français partout, ce qui n’est pas le cas de toutes les cinématographies européennes : «Si vous demandez à un cinéphile, même averti, de citer ne serait-ce qu’un film bulgare, il sera bien embarrassé !»

Or, à travers ses films, un pays exporte bien plus que du cinéma : Ainsi, «quand on voit à plusieurs reprises l’image d’un TGV ou d’une Peugeot à l’écran, comme dans la série des Taxi de Gérard Krawczyk (également présent à Budapest pour la sortie de Taxi 4), l’impact va bien au-delà de l’image… »

 

Frédérique Lemerre

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