De l’extraordinaire épisode du Covid-19 à l’exposition « Moments Extraordinaires »


Séance de présentation de la galerie suivie par une douzaine de personnes

Un mois ! Un mois que les esprits sont à nouveau tranquilles. Le déconfinement a laissé place à la vie… et même dans les galeries d’art ! Ces lieux où la vie semble pourtant être suspendue à un moment fixe de l’histoire. Parmi elles, la galerie Várfok et sa dernière exposition « Moments Extraordinaires » entrelaçant art contemporain et classique, de quoi chambouler encore bien des esprits à peine apaisés…

Encore faut-il s’y rendre. Pour cela, cap dans le 1er arrondissement ! En ce quartier, monuments d’époque comme bâtisses rénovées font salle commune. Un détail certainement anodin, du moins jusqu’au moment où un premier regard est jeté sur la galerie. A partir de cet instant, tout prend forme parce qu’à l’image de son arrondissement : l’exposition joint bon nombre de paradoxes.


Peinture de Franyo Aatoth

D’un côté, il y a des peintures contemporaines, presque avant-gardistes, signées Máté Orr et Franyo Aatoth. De l’autre, des œuvres caractéristiques de l’art moderne réalisées alors en France par la main de Françoise Gilot, la célèbre compagne de Pablo Picasso, ou encore Marie Laurencin. C’est à se demander ce qui lie véritablement ces toiles entre elles et… justement ! Il s’agit là du point d’accroche connectant les œuvres. Le but visé par la galerie est « de faire correspondre art classique comme contemporain de façon à éveiller auprès du spectateur différentes associations qu’il n’aurait pas faites sans cela » explique Krisztina Kovács, directrice artistique de la galerie. En d’autres termes, ses créateurs cherchent par l’intermédiaire de ce choix d’exposition à « inciter la pensée libre » selon Vanda Dillman, manageuse chez Várfok. « Sur le flanc droit de l’exposition, les peintures choisies ont la mer comme grand point commun et celles à gauche l’histoire de la natation. Au départ, rien ne laisse penser que les deux ont le même thème central et finalement, beaucoup de spectateurs nous demandent si l’eau n’est pas l’élément principal de l’expo » ajoute-t-elle ensuite d’un air enchanté.

« Egykor az antik is kortárs volt »


Peinture de Françoise Gilot et Károly Markó

Rien de plus normal, elle sait parfaitement que l’exposition fait mouche. Nous-mêmes avons été surpris d’entendre que l’eau n’avait pas pour rôle de donner du sens à la collection exposée. Mais… ce n’est pas tout. L’exposition regorge également de paradoxes temporels. Sur son versant gauche, la toile du peintre paysagiste Károly Markó datant du XIXème fait face à des photographies du père et fils Hervé, capturées pas moins d’un siècle plus tard. A deux pas d’elles mais pourtant à des décennies d’écart, la peinture nommée « Michelle et Mabelle, » finalisée en 2009, met en lumière deux sirènes aux allures fantaisistes, sans oublier l’incontournable « Pénélope » d’Endre Rozsda reprenant à la perfection l’esprit abstrait et multicolore caractéristiques de l’art moderne, drôle de composition n’est-ce pas ?

L’expression « egykor az antik is kortárs volt » vient d’ailleurs sans doute

de cet étrange agencement. En la traduisant, la maxime fait naître la phrase : « il était une fois, une antiquité aussi contemporaine. » Une manière sûrement poétique de décrire l’aspect paradoxal de la collection.

Finalement, tout se chevauche et s’entremêle, tels les filaments d’un pinceau égouttant des particules de couleurs une à une et à la fin, cela donne une œuvre, sujette à interprétations comme à correspondances avec les pensées de ceux qui la contemplent. Rien de plus représentatif donc que cette juxtaposition d’œuvres qui, une fois observée, révèle correspondances comme interprétations. Au final, la collection de toiles à l’intérieur de la galerie incarne le propre de l’art lui-même, du moins en tout cas jusqu’au 25 juillet prochain, date de la fin de l’exposition.

Noé Kolanek

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