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L’Orchestre du Festival de Budapest en coulisses: répétition de concert (Bach, Bartók, Brahms)


By JFB - Posted on 04 décembre 2017

Dans les cercles mélomanes, il n’est pas rare d’entendre évoquer les „trois grands B”, à savoir Bach, Beethoven et Brahms. Trois „B” qui figurent précisément au programme d’une série de concerts donnés début décembre par l’Orchestre du Festival de Budapest (BFZ): Bach et Brahms, donc, mais le troisième étant ici Bartók. Si Béla Bartók n’est pas Beethoven, il n’en demeure pas moins et sans conteste avec Stravinsky l’un des plus grands compositeurs du siècle dernier. Qui plus est, un Hongrois. Au programme: le 3ène concerto brandebourgeois de Bach, la musique pour cordes, percussions et célesta de Bartók et la 3ème symphonie de Brahms.


Pour notre part, bien mieux qu’en concert, c’est à la répétition que nous avons eu la chance d’assister. Répétition qui se tenait quelques heures avant le premier concert en présence d’élèves et enseignants du lycée français. Car le lycée français de Budapest (lycée Gustave Eiffel), désigné par l’Orchestre comme son partenaire privilégié, entretient une relation suivie avec la formation d’Iván Fischer. Relation qui ne date pas d’aujourd’hui et se traduit par mille activités visant à rapprocher musiciens et élèves, de sorte à mieux familiariser ces derniers avec le monde merveilleux de la musique et, en définitive, à la leur faire aimer. (Visite des musiciens au lycée où les élèves peuvent s’initier aux instruments, invitations à des concerts et répétitions, voire mini concerts ou opéras de chambre donnés sur le site du lycée, etc.) On retrouve bien là ce souci permanent du chef hongrois d’aller porter la musique bien au-delà de son public habituel, notamment auprès des jeunes, et ce de toutes origines (langue, milieu, nationalité).

Entre les Brandebourgeois (1721) et l’œuvre de Bartók (1936), Iván Fischer nous propose donc un programme s’étalant sur un peu plus de deux siècles. Mais, comme il le fait remarquer, avec une certaine unité, l’œuvre de Bartók, malgré sa modernité et l’accent qui y est mis sur le rythme, offrant également un aspect baroquisant avec ce „dialogue permanent entre les différentes parties” (I. Fischer) et le rôle majeur dévolu aux cordes. De plus, une œuvre où, pour reprendre une image glanée dans le texte de présentation, l’orchestre est d’autant plus à l’aise qu’il s’exprime ici „dans sa langue maternelle”. Quant à la 3ème de Brahms (1883), elle constitue, comme les trois autres symphonies, l’un des morceaux favoris de l’Orchestre, joué à maintes reprises. Une œuvre que les musiciens d’Iván Fischer connaissent donc sur le bout des doigts, où ils se sentent, de leur propre aveu,  parfaitement chez eux. La plus courte, mais considérée par certains (le critique Edouard Hanslick), comme la plus parfaite des quatre. Où Iván Fischer voit également un lien avec Bach par ces incomparables harmonies „baignées d’émotion qui vous touchent au cœur”.

Dans un tel contexte, il était particulièrement intéressant de voir comment allait se dérouler la répétition. Premier constat: cette merveilleuse symbiose entre le chef et ses musiciens qui réagissent au quart de tour. Second constat: une formation tout aussi à l’aise dans le répertoire baroque que pour interpréter des œuvres du XXème siècle, sans parler, bien sûr, du répertoire romantique ou post-romantique auquel elle est particulièrement rodée. C’est ainsi qu’outre Brahms – au demeurant plus classique que vraiment romantique – Gustav Mahler constitue également l’un de ses compositeurs favoris. Et, particularité de la formation, des musiciens n’hésitant pas à échanger dans un même concert leurs instruments modernes pour jouer Bach sur instruments d’époque. Autre constat, qui n’étonnera guère: ce souci de perfection poussé jusque dans les moindres détails. Le lot, certes, de toute grande formation, mais à ce point, du rarement vu. Déjà, plus d’un bon quart d’heure avant le début des répétitions, les musiciens passèrent tout ce temps à peaufiner leur instrument, de sorte à produire le meilleur d’eux-mêmes. Petit détail significatif: on sait que les musiciens ont l’habitude, après chaque concert, de donner en bis, non une pièce orchestrale, mais un chœur qu’ils entonnent, délaissant un moment leur instrument. Rien que pour préparer ce petit „extra”, ils passèrent bien dix bonnes minutes à se mettre en voix. Avant de nous offrir une fort belle interprétation d’un chœur a capella de Brahms et d’un chant (chœur pour voix féminines) de Bartók. Autre souci de perfection: cet assistant placé au fond de la salle, constamment consulté par le chef pour corriger éventuellement des petits détails liés à l’acoustique. Tout cela dans une ambiance détendue, mais sans rien perdre pour autant du grand sérieux attaché aux exécutions.

Quant aux exécutions proprement dites, qu’en dire, sinon qu’elles furent exemplaires. Ce qui ne surprendra pas pour qui est familiarisé avec cette formation, désormais considérée comme parmi les meilleures au monde. Servie ici par un programme judicieusement choisi pour mettre en valeur ses différentes facettes.

Petite cerise sur le gâteau: lors de la pause, une visite des coulisses fut organisée, guidée par le percussionniste de l’orchestre. Nous faisant ainsi mieux percevoir et comprendre ce qui se passe avant, pendant et après les concerts. Conçues pour assurer aux musiciens, outre leur sécurité,  le meilleur confort possible de sorte à leur assurer des conditions optimales avant et tout au long de leur intervention sur scène. Ici encore, tout étant prévu jusque dans le moindre détail

Pour conclure, la séance fut ponctuée par une petite cérémonie émouvante: remise par Iván Fischer d’un diplôme agrémenté d’un charmant cadeau aux représentants du lycée pour les remercier de leur active collaboration, qualifiée d’exemplaire. Cérémonie émouvante par sa simplicité et sa spontanéité. On retrouve là tout Fischer, décidément, au-delà du grand musicien, un homme d’ouverture et de cœur.

Enfin, un grand merci aux responsables du lycée français pour nous avoir permis d’assister à ces heures merveilleuses au cours desquelles nous n’aurons pas vu le temps passer.

Pierre Waline

Photos: Yvette Teleki-Németh

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