Vous êtes iciLa relation Homme/technologie en question aux Abattoirs de Toulouse, œuvres hongroises incluses

La relation Homme/technologie en question aux Abattoirs de Toulouse, œuvres hongroises incluses


By JFB - Posted on 17 juillet 2017

À l'occasion de l'exposition Suspended Animation, À corps perdu dans l'espace numérique, les Abattoirs, lieu emblématique de la vie culturelle toulousaine, hébergent jusqu'au 26 novembre 2017 des créations aux supports divers. Plusieurs travaux d'artistes magyars sont accrochés sur les murs du musée. Questionnant le postulat antithétique d'une « réalité virtuelle », Suspended Animation contraint ses spectateurs à faire face aux absurdités des nouvelles technologies.


Interroger le poids des nouvelles technologies sur l’être humain. Telle est la mission de l’exposition Suspended Animation, à corps perdu dans l'espace numérique, présentée aux Abattoirs de Toulouse (Musée d'art contemporain et d'art moderne). L'art se fait le vecteur d'une réflexion sur la place de l'humain dans une société ou la technologie parvient à tout recréer, l'incarnation en moins. Des lèvres, des corps, des tribus, sont autant d'éléments observables dans ces œuvres numériques. Se jouant de la frontière poreuse entre réel et irréel, elles font irrémédiablement écho à cette maxime du  philosophe Jean-Paul Sartre qui considérait que « l'existence précède l'essence ». Quel sens donner à ces productions artistiques aux formes humaines qui n'ont rien d'humain ?

Des liens franco-hongrois affirmés

Entre les artistes d'horizons divers, la Hongrie trouve une place de choix, au cœur de cet audacieux projet. Simon Hantai et Judit Reigl  sont exposés aux Abattoirs. Au travers d'œuvres emblématiques ils questionnent, loin des technologies de l'art numérique, le sens de l'existence humaine. Ils décomposent, désincarnent, pour tenter de palper la frontière entre la réalité et l’irréel. Disciples de Breton, Hantai et Reigl se sont fait un nom dans l’Hexagone. Ils intègrent, grâce à lui, le cercle des surréalistes. Au regard des parcours artistiques de Judit Reigl et Simon Hantai, il semble que les échanges entre la France et la Hongrie se soient multipliés dans les années 1950.

Le tableau New York de Judit Reigl, bien qu'il ne fasse pas appel aux technologies investies par l'art numérique, attire particulièrement l'attention. Représentant des corps se jetant des tours du Wall Trade Center, le 11 septembre 2001, ce tableau à la fois tragique et saisissant nous questionne sans détour : ces gens ont-ils véritablement existé ? Malgré toutes les certitudes qui entourent le 11 septembre 2001, le tableau de Reigl créer le doute en s'attachant à représenter des corps déshumanisés, désincarnés mais matériellement existants.

Quant à Simon Hantai, il illustre véritablement l'intensité des échanges artistiques entre la Hongrie et la France. Inspiré par Matisse, Cézanne, et un temps disciple d'André Breton, l'oeuvre de Simon Hantai, Peinture (1957) est synonyme d'un désir de s'affranchir du superflu du surréalisme, pour se consacrer à l'acte même de peindre. Interroger une action dans ce qu'elle a de plus singulier, n'est-ce pas tenter d'expérimenter la vie humaine dans ce qu'elle a de plus réelle ?

Ambivalence de l’art numérique

Suspended Animation trouble autant qu'elle séduit et c'est toute la force de l'art numérique. Certaines œuvres reposent sur des moyens technologiques ultra modernes, entre dénonciation et utilisation de celles-ci, les artistes ne semblent pas trancher, cherchant plutôt à interpeller. Comment alors ne pas voir dans cette événement toulousain un écho à l'exposition Save As, ayant eu lieu au  Ludwig Múzeum de Budapest quelques mois auparavant.

Les ambivalences de l'art numériques sont nombreuses. A la fois considéré comme une source de « démocratisation » de l'art contemporain, surnommé par ses partisans « l'art interactif », il se heurte toutefois à l’obsolescence programmée. Quel mode de conservation possible pour les œuvres numériques ? Ces problématiques prennent tout leur sens dans un lieu comme les Abattoirs. Comme son nom l'indique, la reconversion de cet espace en musée ne relevait d'aucun présupposé. L'avenir des œuvres numériques pourrait donc s'avérer étonnant.

Cécile Adnot

 

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