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Robert Schumann, Félix Mendelssohn: deux amis associés dans une même soirée à Budapest


By JFB - Posted on 18 janvier 2017

Avec son concerto pour piano en La majeur et son merveilleux quintette avec piano en Mi bémol majeur, la Quatrième symphonie de Robert Schumann constitue sans doute l’une des œuvres majeures du compositeur. Par contre peu connue du public et peu jouée, la Première Nuit de Walpurgis constitue de même l’une des œuvres maîtresses de Félix Mendelssohn.

Schumann-Mendelssohn, deux compositeurs liés par une profonde amitié. Il était donc bienvenu de les associer dans un même concert auquel étaient inscrites ces deux œuvres. Un rapprochement qui avait déjà été réalisé lors d’un mémorable marathon dont nous avons ici rendu compte (1). Mendelssohn qui fut même parrain d’une des filles du couple Schumann. Une amitié malheureusement interrompue par la mort prématurée de Mendelssohn, à 36 ans.


La „Quatrième” de Schumann - qui fut en fait chronologiquement sa deuxième dans une première version (2) - n’est plus à présenter. A noter sa lente et majestueuse introduction, la charmante romance de son deuxième mouvement délicieusement introduite par la clarinette et, surtout, cette impressionnante transition en crescendo qui introduit le finale, probablement inspirée de la Cinquième de Beethoven. Un passage rendu de façon proprement géniale par Wilhelm Furtwängler dans un enregistrement historique réalisé avec la Philharmonie de Berlin (3).

Si la Philharmonie Nationale hongroise n’est pas la Philharmonie de Berlin, ni même son illustre voisine, l’Orchestre du Festival de Budapest d’Iván Fischer, elle nous a néanmoins offert par le passé de merveilleux concerts, dont, dans cette même salle, une intégrale des symphonies de Beethoven sous la baguette de son chef permanent Zoltán Kocsis, aujourd’hui disparu, que nous ne sommes pas prêts d’oublier (novembre 2009).

Peut-être est-ce à imputer au chef, Zsolt Hamar? Toujours est-il que nous n’y avons pas retrouvé toute l’émotion autrefois ressentie sous la baguette de Zoltán Kocsis. Un orchestre particulièrement extraverti, notamment du côté des cors. Et des cordes un peu sèches. Une exécution toute en brillance, certes, mais manquant de cette finesse et de ces nuances qu’appelle une œuvre toute en contrastes. Constamment tiraillée entre les deux natures du compositeur: le fougueux Florestan face au sage Eusebius. (C’est lui-même qui, le reconnaissant, les qualifiait ainsi.) De ce fait, l’effet de cette fameuse introduction du finale qui débute dans un long et troublant  pianissimo, presque susurré, pour éclater dans le brillant forte qui ouvre le dernier mouvement sur une note triomphante, nous paraît avoir été en  partie manqué.

Malgré tout, reconnaissons au moins la grande précision du jeu sous la baguette d’un chef aux gestes plutôt sobres. Et puis, après tout, à chacun sa conception de l’œuvre. Si ce n’était pas la nôtre, toujours est-il que c’est toujours avec bonheur que nous la réécoutons. Probablement, avec la Quatrième de Brahms, l’un des sommets de la musique symphonique de l’époque romantique.                   

C’est en 1830, alors qu’il n’était âgé que de 21 ans, que Félix Mendelssohn commença à travailler sur la composition de sa Première Nuit de Walpurgis  (Die erste Walpurgisnacht). Composition qu’il paracheva en 1842. Douze années de travail, donc, ce qui prouve l’attachement et le soin que portait le compositeur à son œuvre. Créée à Leipzig en 1843, l’œuvre suscita alors l’enthousiasme de Berlioz  Cantate avec chœur et quatre soli (alto, ténor, baryton, basse), elle est inspirée d’une ballade de Goethe et nous décrit les rites de druides pourchassés par des chrétiens déterminés à supprimer toute trace de leurs coutumes. Voilà pour l’œuvre. Et son interprétation?

Le problème, avec les amateurs de concerts est que, de nous jours, ils sont gâtés par la qualité des nombreux enregistrements disponibles sur le marché. Ce qui les rend d’autant plus exigeants. Tel est le cas pour de cette Première Nuit de Walpurgis avec un enregistrement quasiment parfait qu’en réalisa Kurt Masur avec Eda Moser dans la partie d’alto. Comme pour la Quatrième de Schumann, nous attendions donc beaucoup de l’interprétation qui allait nous en être donnée.

Pour le coup, une œuvre à laquelle la brillance de l’orchestre (et des chœurs) convient probablement mieux. Une œuvre au climat diabolique. Au sens propre, d’ailleurs: conduits par leurs druides, les païens, pour écarter l’assaut des chrétiens, revêtent des déguisements de diables et poussent des cris effrayants qui finissent par chasser leurs assaillants pris de panique. Ici, par contre, les contrastes, partition oblige, furent nettement plus marqués. Sans constituer toutefois une interprétation exemplaire (mais, encore une fois, nous sommes trop gâtés..), elle suffit à nous faire ressentir ce petit frisson qui nous saisit chaque fois que nous l’entendons. A noter l’excellente prestation des quatre solistes, parfaits (4).     

Une œuvre, donc peu jouée et qui, pourtant, soutient largement la comparaison avec le célébrissime Songe d’une nuit d’été. Soyons-en reconnaissant au chef et à son ensemble de l’avoir inscrite au programme de cette soirée.

Petite cerise sur le gâteau: cette si merveilleuse salle Art Nouveau de l’Académie de Musique (Zeneakadémia), récemment restaurée, dont nous ne saurions nous lasser. Une salle aux dimensions malgré tout relativement limitées, très conviviale, qui se prêterait davantage aux récitals instrumentaux et aux formations de chambre. Deux œuvres qui auraient probablement différemment sonné avec l’acoustique d’un grand auditorium, tel, par exemple, celui du Palais des Arts (Müpa). 

Le Palais des Arts où cette même formation va précisément nous offrir prochainement, sous la direction d’un autre chef (János Kovács), la Quatrième de Brahms (Marathon Brahms). A suivre, donc...

Pierre Waline

(1): „Budapest: Mendelssohn et Schumann réunis dans une Folle journée” (1er février 2016).

(2): composée en 1841 sous le titre initial de „Fantaisie symphonique” qui fut un fiasco, elle fut largement remaniée neuf ans plus tard.

(3): enregistrement que le chef lui-même déclarait figurer parmi ses plus réussis.

(4): Atala Schöck, alto, Szabolcs Brickner, ténor, Szabolcs Bognár, baryton, Domonkos Blazsó, basse.

 

 

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