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Si Paris m’était conté...


By JFB - Posted on 24 mai 2016

à propos de la sortie - en hongrois- d’un nouvel ouvrage sur Paris

"Rajoutez deux lettres à Paris et vous aurez le Paradis” disait Jules Renard. Boutade habile, certes, mais exagérée. Si Paris peut faire l’objet de mille comparaisons parfois des plus flatteuses, ce n’est  pas au „paradis” que je penserais pour la qualifier. Car, en regard des nombreuses déclarations d’amour dont elle peut se flatter, Paris peut également faire l’objet de critiques, parfois dures et amères. Quoi qu’il en soit, aimée ou tenue en aversion (...jalousée?...), voilà une ville qui ne laisse pas indifférent. S’il fallait dresser un catalogue des ouvrages consacrés dans le monde à Paris, celui-ci occuperait sans nul doute plusieurs volumes bien épais. Les ouvrages disponibles en langue hongroise n’étant pas en reste. Mais pour combien d’ouvrages de réelle qualité?  Parmi ceux récemment parus, je citerai la touchante confession de Kati Marton „Párizs, szerelmeim története” („Paris, ville de mes amours”) , véritable déclaration d’amour (1).

Un ouvrage qui occupait jusqu’ici la première place sur mes étagères...  Jusqu’à ce que parût le livre de Nóra Sediánszky „Tékozló Párizs – Városnapló öt tételben” („Paris prodige. Journal en cinq mouvements”).(2) .. A  ma honte, j’avoue n’avoir su que peu de choses sur l’auteure, avant de l’entendre sur les antennes(3). Sinon que, dramaturge, nous lui devons plusieurs mises en scène et traductions. Et aussi que son père, ancien animateur de radio, fait partie des personnalités les plus en vue dans le monde des médias hongrois.  Des parents francophiles et francophones... Qui, à la longue, auront fini par lui insuffler leur amour pour mon  pays, du moins pour ma ville natale.  Et c’est tant mieux!


Que dire du livre de Nóra Sediánszky? Que du bien, certes, mais encore?

L’originalité de l’ouvrage tient en premier lieu dans le parti pris par l’auteure de nous associer à ses pérégrinations comme un véritable compagnon, voire confident. Bref, au fil des pages et tout au long de l’ouvrage, le lecteur a vraiment le sentiment de flâner à ses côtés au hasard des rues, de partager avec elle un petit noir ou une pâtisserie à la terrasse d’un café avant de nous engoufrer ensemble dans le labyrinthe du métro. Et ce, dès avant même l’atterrissage à Roissy Charles-de-Gaulle(4). A tel point que, lorsque, débarquée le premier soir du métro, notre amie – appelons-la ainsi -  se perd dans le quartier à la recherche de son hôtel, embusqué dans un petit bout de rue totalement inconnu, le lecteur partage son inquiétude. Pour ressortir ensuite - le bagage une fois déposé - au hasard des rues. Première destination ?.... Les bords de Seine, bien sûr! Et ainsi de suite, quatre pleines journées durant, du petit café matinal à la promenade digestive du soir.

Le tout rapporté dans un style fluide qui, par son vocabulaire riche et imagé, contribue à nous faire mieux voir, mieux entendre, mieux sentir, ce qu’elle voit (couleurs, ombres et lumières, ciel menaçant, douceur d’un rayon filtré par un vitrail... ), ce qu’elle entend (bruits de la ville, crépitement de la pluie), ce qu’elle sent (odeurs, parfums, fraîcheur du vent, fumet d’un plat). Le tout agrémenté d’une légère, mais discrète touche d’humour.

Au-delà de cet attrait, la qualité essentielle de l’ouvrage réside dans l’extraordinaire richesse de la documentation que Nóra Sediánszky nous livre. Parisien de naissance, censé être au fait de l’histoire de ma ville et de ses monuments, j’avoue avoir énormément appris et découvert tout au long de la lecture. Même le volumineux (et quelque peu ennuyeux)  Guide Bleu ne m’en aura pas tant appris. De plus, à la différence des guides, tout cela nous est conté dans un style vivant. Une culture due en grande partie à la formation de l’auteure, à son goût marqué pour le théâtre et la littérature et à son expérience en la matière; mais qui témoigne aussi d’un esprit incroyablement ouvert et curieux, curieux de savoir, curieux de comprendre. Le tout „raconté” de la façon la plus naturelle, sans la moindre pédanterie. A cet égard, certains passages, telles les descriptions du Palais Royal ou du Théâtre de l’Odéon - mais bien d’autres - constituent de véritables pièces d’anthologie.

Autre aspect de l’ouvrage qui, en tant que Parisien, m’a plu, presque surpris: rien, absolument rien  ne manque au tableau. Et pourtant, celles et ceux qui connaissent Paris en savent toute la diversité au point que, même les guides les plus sérieux font souvent l’impasse ou commettent l’oubli sur tel ou tel quartier, telle église, tel monument. Ici, tout y est. De plus, Nóra Sediánszky parachève la visite en nous emmenant hors de la ville. En des lieux parfois inédits, tel Bougival - sur les traces d’un Tourguéniev ou d’un Bizet - ou relativement éloignés (Giverny).

Enfin, j’avoue partager les mêmes goûts que l’auteure, quant à ses préférences, ses coins favoris (Luxembourg, Marais, Quartier latin, Ile St Louis, Palais Royal) et ses réticences... Ce qui me la rapproche davantage encore et renforce mon sentiment d’avoir affaire à une Parisienne, et non à une touriste. Autre „plus”: ce sens de la communication et cette permanence de la relation avec l’autre qui jalonne ses promenades. Telle sa rencontre avec Martin, ce sympathique serveur rencontré en „terre belge” à Paris (chaîne de restaurants spécialisée dans les moules frites). Sans compter les bonnes adresses qu’elle nous signale.

Un ouvrage vivement recommandé, mais qui ne prend toutefois toute sa saveur que pour qui connaît déjà la ville. Ou, pour qui ne connaît pas encore la ville, à lire une fois sur place.    

Pierre Waline

(1): Édition Corvina, 2013. Traduit de l’anglais „Paris. a love story”.

(2): Edition Saxum, 2016.

(3): Klubrádió, „Könyvklub”, émission consacrée aux nouveautés littéraires.

(4): dans son testament, le Général de Gaulle avait rigoureusement interdit que son nom fût donné à un lieu public (et l’on comprendra son amertume). Volonté qui ne fut pas respectée (.. .mais une initiative que l’on pardonnera volontiers).

 

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