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Opéra de Budapest: une programmation (2016-17) placée sous le signe de la diversité et de l'innovation


By JFB - Posted on 08 mars 2016

Conférence de presse du 3 mars

C’est dans un cadre bien original que nous a été récemment présentée la programmation de l’Opéra d’État hongrois pour la saison 2016-2017. Non pas sous les dorures, fresques et lustres de la grande salle, des salons ou du foyer. Non. Derrière la scène, dans l’atelier de montage des décors... Voulu ou non, voilà un choix bien symbolique qui reflète parfaitement l’orientation prise par la direction de ce lieu si prestigieux: le désacraliser, le rapprocher davantage de la rue, le dépoussiérer et le mettre au goût du jour. Sans pour autant rien renier de son aura, de ses fastes et de ces chatoiements qui font aussi son charme. L’un n’excluant pas l’autre.

 


Une option reflétée dans la programmation, bien sûr, mais aussi dans le choix des lieux. Outre la belle salle à l’italienne, tant prisée par les touristes, du bâtiment traditionnel de l’avenue Andrássy, l’opéra dispose d’une autre salle - un peu leur opéra Bastille, toutes proportions gardées - le théâtre Erkel. Une salle de 2 400 places entièrement rénovée, qui remonte à fin 1911 et fut réouverte fin 2013 après six ans de restauration. Dans le style tout à la fois charmant et un peu désuet de ces années 1910, il était initialement destiné au „peuple” (Népszínház), destination qui vaut encore aujourd’hui, à en juger par ses tarifs particulièrement attirants et son succès auprès du grand public. Comme si cela ne suffisait pas, l’ouverture d’un troisième larron est prévue pour 2017: l’Espace Eiffel (Eiffel csarnok). Un lieu toutefois d’un tout autre genre. Légèrement situé en périphérie (Kőbánya) et prenant place dans l’ancien atelier-remise des chemin de fer en cours de réhabilitation, il s’agira là d’un complexe multifonctions - avec même une salle de sport pour la détente - dont un espace scénique pouvant recevoir 350 spectateurs. Là aussi se tiendront des représentations. Et bien sûr, comme les années précédentes, l’opéra se déplace pour aller se produire „hors les murs”, comme au château de Gödöllő (ancienne résidence de Sissi proche de la capitale), mais se déplacer aussi sur son propre espace: l’Escalier royal (Királyi lépcső), sorte de petit foyer particulièrement adapté aux opéras de poche, ou carrément dehors, sur la terrasse dite du Sphynx qui côtoie le parvis. Bref, on ne pourra pas accuser ses animateurs de manquer d’imagination !...

Mais c’est avant tout dans la programmation que l’opéra innove. Un programme impressionnant dont les détails sont donnés sur le site de l’opéra, également disponible en anglais (www.opera.hu). Je me bornerai à citer quelques exemples glanés au hasard.

Pour ce qui concerne le répertoire traditionnel, tout d’abord: remise en cause de vieilles mises en scène et décors pourtant bien rôdés (la Bohême, Don Juan) pour nous offrir de nouvelles productions. Cela concernera 11 productions. En quelque sorte de vielles locomotives qui ont fait leurs preuves, mais aussi leur temps, pour passer peut-être de la vapeur au TGV? A voir.... Plus fin et poète, le directeur de l’opéra les compare, lui, à de vieux livres dont le texte (la partie musicale) doit demeurer intouché, mais présenté sous une nouvelle reliure.

A côté de cela, toute une foule de nouvelles productions. Pour le coup, la liste est impressionnante. Mais elle vaut surtout par sa diversité et la présence de nombreux inédits (qu’il s’agisse d’œuvres lyriques ou de ballets). Avec une place privilégiée pour les œuvres contemporaines. Mais pas seulement. Deux exemples: sera programmé, à l’Espace Eiffel, l’Oie du Caire, L’Oca del Cairo ossia lo sposo deluso du jeune Mozart. Selon la brochure en Première mondiale (encore qu’il me semble en avoir déjà vu par le passé une représentation). Une œuvre (inachevée) pleine de fraîcheur, de charme et de bonne humeur, mais totalement inconnue du public, même des mélomanes avertis. Voilà donc, à simple titre d’exemple, un choix à la fois judicieux et courageux. Dans le même genre, outre la reprise de l’Île déserte (L’Isola dishabitata) de Haydn sur l’Escalier royal, sera également donné, du même Haydn, Le Monde de la Lune, Il mondo de la Luna au château de Gödöllő (bien que remontant déjà à 2015). Deux œuvres pratiquement jamais jouées.

Dans le domaine de la musique contemporaine, plusieurs œuvres de compositeurs hongrois se voient inscrites pour la première fois au programme. Telles, entre autres, de Péter Eötvös, Love and other demons (créée à Glyndebourne en 2007), ou encore, de Kamillo Lendvay, La P... respecteuse d’après Jean-Paul Sartre, qui sera proposée au public en même temps que Face au catafalque (A ravatallal szemben) de son compatriote Gábor Péter Mezei, dans le petit amphi de l’Académie de Musique dans le cadre d’une animation Hungarian Night. Mais aussi, sur la grande scène de l’opéra, Amour (Szerelem) de Judit Varga, couplé avec La Mine (A Bánya) du Finlandais Einojuhani Rautavaara. A citer encore Le prince Pikkó (Pikkó herceg) de György Orbán (créé en 2000).

Car cette saison - la 133ème depuis la création de l’institution - sera cette fois-ci placée sous le titre de Saison hongroise (Magyar Évad). Agrémentée de nombreux évènements, tel un mini festival intitulé „Fête hongroise” (Magyar Feszt) qui, entre mi-mai et mi-juin, offrira non moins de 48 œuvres du répertoire national. La Hongrie sera donc à l’honneur (en quelque sorte „pays invité” !), non seulement pour une meilleure connaissance de ses créations contemporaines, mais aussi pour un rappel des œuvres lyriques que nous ont laissées au XIXème siècle un Ferenc Erkel ou un Károly Goldmark (ou, nettement moins connu, un certain József Ruzitska)...

Mais, que mes compatriotes se rassurent! La France ne sera pas en reste avec, par exemple, Le Dialogue des carmélites, ou encore une reprise de Werther et de Faust qui figurent déjà bien en place au programme 2015-2016. Sans parler de notre bon vieux tube increvable, Carmen.

Côté artistes étrangers, la liste des invités est éloquente: Renée Flemming, Jonas Kaufmann, Elīna Garanča, René Pape, Erwin Schrott ou encore Leo Nucci, pour ne citer qu’eux, ainsi qu’un retour d’Edita Gruberová. Sans oublier bien sûr, le ballet qui ne sera pas en reste avec des noms tels que le Tchèque Jiří Kylián ou Pál Frenák (Hongrois vivant à Paris).

Outre ses déplacements en province, l’équipe de l’opéra continuera à collaborer avec de nombreux ensembles, telle cette excellente troupe du Théâtre de Kolozsvár (Cluj) en Transylvanie, qui a déjà largement fait ses preuves.

Des évènements également très variés, telles ces matinées destinées aux enfants et à la jeunesse (*).

A lire le communiqué officiel, les chiffres sont impressionnants: 28 „présentations”, 63 productions différentes, en tout 431 opéras et ballets, 37 concerts et soirées de gala, donnés en six lieux différents... Certes.... Mais ce qui, au-delà des chiffres et statistiques, constitue l’essentiel, réside dans la qualité. Qualité, tant par le choix des œuvres et leur variété que par le niveau des interprétations, tant pour l’opéra que pour le ballet. Des équipes jeunes, parfaitement rôdées et motivées. Une qualité dont, spectateur assidu depuis de nombreuses années, je peux témoigner sans me risquer. Qui voudra s’en convaincre se référera au besoin aux comptes rendus publiés de temps à autre dans ces colonnes. Mais le mieux serait de venir s’en convaincre par soi-même.

Nul n’en sera déçu, je m’en porte garant.

Pierre Waline

(*): bien que ne figurant pas au programme de la future saison, mais actuellement à l’affiche, je ne peux m’empêcher de citer, parmi les représentations destinées aux enfants, un Enlèvement au Sérail joué par des marionnettes, mais chanté en live, donné dans le petit espace de l’Escalier royal. Avec un titre jouant en hongrois sur un jeu de mots plaisant: A szökdelés a szerájból – au lieu de szöktetés „enlèvement” que je traduirais par „Le sautillement au Sérail”.

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