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Rencontre avec le réalisateur Guillaume Nicloux


By JFB - Posted on 29 avril 2014

La Religieuse dans les salles à Budapest

Diderot et le Siècle des Lumières sont toujours d’actualité. Guillaume Nicloux a réalisé une nouvelle adaptation cinématographique de la Religieuse de Diderot dont la première a eu lieu à Budapest dans le cadre des Journées du Cinéma Francophone. Ce roman de Diderot n’était connu que par un cercle restreint du vivant de l’auteur et a connu une postérité mouvementée du fait de la censure. A l’origine de « l’histoire de l’infortunée sœur Suzanne » il y avait un fait divers.

 

 


 

Guillaume Nicloux : Quand on regarde l’histoire, on s’aperçoit que Diderot avait toutes les raisons de s’intéresser à ce type de fait divers. D’abord parce qu’il s’est inspiré d’une histoire vraie d’une sœur qui a voulu  renoncer à ses vœux et qui n’a pas pu. Enfermée au couvent elle est devenue folle. Et même dans sa famille, on connaît le destin tragique de sa propre sœur qui était morte au couvent. En dehors de la portée féministe que ce sujet véhicule, je crois que c’est avant tout une œuvre qui est une ode à la liberté et qui au-delà d’une fausse étiquette d’anticléricalisme propose une histoire dans laquelle l’héroïne est privée du droit de penser, de sa liberté – je crois que c’est ce qui fait la grande force du récit. C’est le parallèle que l’on trouve aujourd’hui – on s’aperçoit que l’hégémonie masculine et le régime patriarcal continuent d’opprimer la condition féminine. On voit bien encore aujourd’hui en France que l’égalité entre un homme et une femme pour un même poste n’est absolument pas respectée. Ce film aux principes moyenâgeux a une résonnance avec ce qui se passe même aujourd’hui. La différence majeure entre le roman de Diderot et son adaptation, c’est que nous avons fait de Susanne Simonin une héroïne qui allait résister et se battre seule alors que dans le roman de Diderot on en a fait une victime qui subit toutes les épreuves. Mais cela se comprend aussi par rapport au contexte géopolitique et religieux de l’époque. Aujourd’hui pour moi il était inenvisageable de dresser un portrait féminin qui n’avait pas cette possibilité de se révolter, et à travers les épreuves, de sortir victorieuse de ce combat.

JFB : Pourquoi avez-vous choisi un dénouement heureux au sein de beaux décors de l’époque, d’images plein de luminosité ?

G.N. : Je ne voulais pas que le film entretienne des stéréotypes sur l’enfermement monacal austère et triste. Il existait au 18ème siècle énormément de conditions monacales dont certaines extrêmement luxueuses. On pouvait y danser et chanter. J’ai donc voulu montrer différents climats à l’intérieur des ordres religieux. C’est une façon de proposer quelque chose de moins attendu, qui ne soit ni dans la caricature, ni dans le stéréotype. C’est pourquoi la lumière joue un rôle important et j’ai voulu filmer dans la lumière naturelle des lieux et que les comédiennes ne portent pas de maquillages pour que le visage de femmes soit le plus juste possible. Je voulais donc tourner dans un lieu qui n’ait pas subi de restaurations pour être vraiment dans l’authenticité du décor et que nous avons trouvé en Allemagne. (J’ai rencontré des difficultés pour trouver en France des intérieurs que j’ai trouvés authentiques.) Pour la partie dans laquelle Isabelle Huppert intervient, nous avons fait appel à un monastère privé en France, donc nous n’étions absolument pas obligés de solliciter l’Eglise pour disposer de ce lieu.

JFB : Isabelle Huppert a joué le rôle très complexe de la Mère  supérieure du couvent, puis vous avez donné le rôle de Suzanne à Pauline Etienne, une jeune comédienne qui n’était pas particulièrement connue avant. Comment avez-vous décidé de la distribution ?  

G.N. : Pauline Etienne est une jeune comédienne qui avait tourné dans quelques films, mais qui n’était pas connue du grand public et qui s’est imposée naturellement par sa grâce, sa pureté et surtout une beauté qui me semblait totalement appartenir au 18ème siècle, un visage qui en même temps permet de traverser les siècles avec une fraicheur et spontanéité surprenante.

Avec Isabelle Huppert on a essayé de faire évoluer le personnage dans sa folie en utilisant des ressorts de comédie, en dédramatisant certains moments, de façon à ne pas rester toujours dans une note austère et violente. Elle a comme ça, parfois, des échappées : où elle chante faux, où elle joue d’une façon très exacerbée, tragique. Mais je trouve que cela donne une ampleur au personnage qui est ainsi moins attendu et moins fermé. C’est pour cela que j’espère que les gens peuvent sourire, parfois rire. J’avais envie de faire un film  «  très classique », un récit universel et presque intemporel. Je n’ai pas voulu coller à l’œuvre de Diderot dans sa violence et dans son ambiguïté sexuelle. J’ai préféré proposer une vision presque romanesque en introduisant le motif de la quête paternelle. J’ai donc ajouté le rôle du père qui ne figure pas dans le roman, et qui permet à Suzanne Simonin d’avoir son intrigue à elle : d’où viens-je ? Qui est mon père ? Comment faire pour le retrouver ? Voilà cette dimension-là  ajoutée à l’histoire, la quête paternelle est finalement le sujet de tous mes films un sujet qui paraît plus au moins caché, mais qui est toujours présent.

Éva Vámos

Photo : Csilla Katona 

 

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