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By JFB - Posted on 03 décembre 2007

 

La chronique de Dénes Baracs

Échos de la francophonie

Depuis de longues années je visite une fois par an la Belgique, et, plus précisément, Bruxelles la capitale. J’ai une bonne raison familiale: ma fille y vit avec son bien-aimé, un jeune homme belge, né à Anvers, donc en Flandre. Ils ont résolu leur différences linguistiques d’une façon assez originale: entre eux c’est l’anglais qui fait fonction de lingua franca quoique, avec le temps, Pepe – c’est comme ça qu’elle l’appelle – a réussi à très bien maîtriser le français. Ma fille n’a pas eu autant de succès avec le néerlandais, mais elle fait des progrès.

Il y a quelques semaines, durant mon dernier séjour bruxellois, les drapeaux tricolores du royaume, qui dans le passé n’étaient jamais affichés de façon ostentatoire dans la capitale belge, ont tout d’un coup attiré mon attention. Ils étaient partout, et de toutes les tailles, aux fenêtres, sur les terrasses, au-dessus des portes.

„C’est un signe de protestation contre l’étirement de la crise gouvernementale qui dure depuis des mois, crise qui elle-même est née de la mésentente et rivalité entre les communautés qui constituent la Belgique. C’est un message pour préserver l’unité du pays” , m’expliquèrent durant le dîner les amis belges de ma fille.

Comme on le sait, la Belgique est un Etat ultracompliqué. La Flandre néerlandophone, majoritaire, la Wallonie francophone, Bruxelles, bilingue.. Il existe en plus une communauté francophone qui assure les droits culturels à tous ses membres (gère les écoles entre autres), une autre communauté, néerlandophone qui est peu distincte de la Flandre, et aussi une toute petite communauté germanophone. Et chacune a son administration propre et ses assemblées, gouvernements, et ministères ou offices correspondants. Une jungle de gérants, qui se transforme et se développe en continu, parce que pendant 177 ans ce curieux pays a toujours réussi à garder son unité en se divisant et en devenant un peu plus complexe.

C’était aussi inévitable parce qu’avec le temps, le poids des différentes composantes du pays a beaucoup changé: les Wallons, jadis plus opulents et plus influents, ont perdu beaucoup de leur rayonnement et les Flamands, désormais majoritaires et plus riches, élargissent sans cesse leurs pouvoirs et prérogatives. Dans le passé, l’identité des grands partis nationaux qui ont dominé la vie politique se profila selon les critères politiques – droite, gauche, chrétiens, socialistes, libéraux, etc., avec des „filiales” en Flandre et en Wallonie. C’est fini maintenant: on a des socialistes, libéraux, chrétiens démocrates en partis distincts des deux côtés de la frontière linguistique, en Flandre et en Wallonie. Les exigences les plus importantes se réfèrent dorénavant au degré, toujours plus important, d’autonomie des différentes composantes. Mais jusqu’à nos jours on a toujours tenu à résoudre les problèmes par un compromis.

Cette fois, pas d’accord, pas de gouvernement depuis presqu’un semestre, depuis que les élections ont vu la victoire des chrétiens démocrates flamands et de leurs alliés libéraux qui suivent une ligne dure, qui a provoqué le refus également dur des francophones. Cette fois, la majorité flamande a voté la scission de l’arrondissement bilingue de la capitale, Bruxelles-Halle-Vilvorde, décidant ainsi unilatéralement du sort de la minorité francophone qui y vit.

Selon un reportage du Monde, à Halle (Hal en flamand), jolie ville de 35 000 habitants située en Flandre, juste à la frontière linguistique, le conseil communal a tout de suite banni tout écriteau en français sur la voie publique malgré, comme partout dans la périphérie bruxelloise, une moitié de riverains francophone. Les employés de la mairie, même s’ils sont bilingues, n’ont pas le droit d’utiliser le français pour communiquer dans l’administration et c’est en vain qu’un habitant francophone leur adresse la parole. Dans les écoles publiques, les élèves francophones ne peuvent pas parler à leurs copains dans leur langue natale, et ceux qui le font tout de même sont punis. Et les autorités de la Flandre ont refusé d’approuver la nomination des maires bilingues en Flandre qui ont osé écrire en français aux électeurs appartenant à la minorité francophone de leur commune.

Cet acharnement me surprend. J’étais correspondant en Roumanie, dans les années 90’ et me rappelle que les Hongrois de Transylvanie, toujours en quête de la meilleure méthode pour préserver leur identité face à la majorité dominante, ont toujours considéré la Belgique, avec ses structures d’autonomie complexes, comme un modèle envié. Cette pratique de bannissements serait au contraire inacceptable pour eux. Pourtant les événements des derniers mois ont prouvé que les lois et les structures ne servent pas à grand chose quand ceux qui les appliquent sont eux-mêmes intolérants.

Ceux qui ont tendu les drapeaux nationaux noir, jaune, rouge à leur fenêtre ont voulu exprimer leur attachement à la cause de l’unité du pays. Et comme la crise ne s’atténue pas, le mouvement a gagné du terrain, surtout dans la capitale où il a débouché sur une grande manifestation: 35 mille personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles le 18 novembre derrière la banderole „Voor de eenheid, pour l’unité, für Einheit” et derrière l’énorme drapeau national qui ouvrait le cortège. Un beau dimanche, mais avec un défaut: même si à côté des francophones beaucoup de néerlandophones étaient présents, la majorité des politiciens flamands a brillé par son absence et la presse flamande n’a que très sommairement évoqué cette marche pour l’unité.

A l’heure où j’écris ces lignes, la crise dure encore et personne ne sait où elle va mener la Belgique. Peut-on trouver un compromis ? Et si l’on y parvient, sera-t-il durable ? Pour l’Europe, pour l’Union européenne, ce serait un mauvais présage que le pays qui accueille ses institutions centrales se désagrège autour de sa capitale. C’est aussi pour cette raison qu’il faut saluer le déclenchement d’un mouvement unitaire autour du drapeau noir, jaune, rouge.

En tout cas, je suis content que parmi les manifestants de 18 novembre il y ait aussi eu ma fille, avec son passeport belge, et avec son Pepe, néerlandophone.

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