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Exploration chorégraphique


By JFB - Posted on 22 janvier 2012

Pichet Klunchun and myself

Le 27 et 28 janvier, le Trafó accueillera Jérôme Bel, danseur et chorégraphe français et son homologue thaïlandais Pichet Klunchun. Ce spectacle de danse intitulé «Pichet Klunchun and myself» met en scène ces deux personnages qui discutent de la peur, la nudité, la religion, la tradition et l’art et la manière dont les histoires peuvent être dites dans la danse. En 2008 Jérôme Bel et Pichet Klunchun ont été récompensés pour ce spectacle par le Prix Routes Princesse Margriet pour la Diversité Culturelle (Fondation Européenne de la Culture). Jérôme Bel répond aux questions du JFB.

 

 



JFB :  Quel est le concept de votre spectacle ?

Jérôme Bel : Pichet Klunchun et moi même rejouons notre première rencontre à Bangkok, rencontre qui a eu lieu en décembre 2004.

JFB : Considérez-vous que ce spectacle est un mélange de théâtre et de danse ?

J.B. : Oui absolument puisque nous utilisons le langage parlé et la danse.

JFB - Quelle est l’histoire de votre rencontre avec Pichet Klunchun, ce maître de danse Khon ?

J.B. : En septembre 2004, j’ai été invité à mener un projet à Bangkok par le curateur singapourien Tang Fu Kuen. Après avoir longuement hésité à accepter cette invitation, j’ai finalement proposé d’essayer de travailler avec un danseur traditionnel thaï. 

En effet, je suis très intéressé par les pratiques spectaculaires extra-occidentales, qu’elles soient chorégraphiques ou théâtrales, depuis l’éblouissement que j’ai subi en assistant à un spectacle de Kabuki à Tokyo en 1989. Des expériences similaires se sont produites avec la danse traditionnelle indienne ou le défilé du carnaval de Rio de Janeiro.

Tang Fu Kuen a proposé au danseur et chorégraphe Pichet Klunchun de me rencontrer lors de mon séjour à Bangkok en décembre de cette même année. Nous nous sommes vus ne sachant pas du tout quel résultat pouvait survenir de cette rencontre. J’avais juste auparavant noté une série de questions à poser à ce danseur. Personnellement je n’avais alors qu’une vague idée de ce qu’était cette danse traditionnelle thaïe, tandis que Pichet Klunchun ne connaissait pas non plus mon travail.

Ce sont les circonstances de notre rencontre qui ont déterminé la nature et la forme du résultat obtenu. Le décalage horaire, la fascination qu’ont exercé sur moi la ville de Bangkok et ses habitants, les embouteillages monstrueux qui n’ont pas permis que toutes les répétitions se fassent, le contexte du Bangkok Fringe Festival où devait être montrée la pièce, nous ont amené à présenter au public une sorte de compte-rendu théâtral de notre expérience.

Nous en sommes arrivés à produire une sorte de documentaire théâtral et chorégraphique sur notre situation réelle. La pièce, donc, met en présence deux artistes qui ne savent rien l’un de l’autre, qui ont des pratiques esthétiques très différentes et qui essaient chacun d’en savoir plus sur l’autre, et surtout sur leurs pratiques artistiques respectives, malgré le gouffre culturel abyssal qui les sépare.

Des notions très problématiques telles l’eurocentrisme, l’interculturalisme ou la globalisation culturelle sont les enjeux qui se précisent tout au long de cette pièce. Ces notions si délicates à traiter ne peuvent pas être laissées de côté. Le moment historique actuel ne permet pas de faire l’économie de ces enjeux-là.

JFB :  Vous avez déjà parlé de hasard dans cette rencontre ? Le hasard a-til un rôle majeur dans votre vie et dans votre art ?

J.B. : Comme je l’ai expliqué plus haut c’est évidemment grâce au hasard que j’ai rencontré Pichet, jamais je n’aurais eu l’idée de travailler avec un danseur comme lui, avec sa pratique. Par contre le théâtre est une pratique qui combat le hasard. Dans le théâtre on essait de réduire le hasard au maximum afin de condenser une représentation de la vie, afin que cette représentation de la vie soit la plus intense possible. C’est le but de l’art en général (il y a bien sûr l’improvisation qui est aussi une forme d’art). La vie c’est le chaos, l’art c’est l’ordre.

JFB : Pichet Klunchun and Myself interroge sur les contrastes entre deux cultures, celle d’un chorégraphe de danse contemporain (occidentale) et celle d’un danseur de danse traditionnelle thaïlandaise ? Y a-t-il une énergie particulière ou une harmonie créées par cette rencontre de cultures ?

J.B. : Il y a surtout un conflit puisque je ne comprends rien à sa danse et a sa culture et vice versa. L’enjeu de notre rencontre, du spectacle, c’est d’essayer de se comprendre mutuellement. Nous y arrivons parfois, et parfois nous échouons lamentablement..

JFB :   Que partagez-vous avec Pichet Klunchun dans ce spectacle ?

J.B. : Une certaine vision de l’art, de la danse. La danse pour nous deux, malgré nos différences, est une succession de signes que le spectateur doit interpréter afin de comprendre ce qu’elle signifie.

JFB :  La fin se termine en rupture, pourquoi ?

J.B. : Car c’est comme cela que cela c’est passé et que nous ne voulons pas être idéaliste. Pour comprendre une autre culture il faut beaucoup de patience et d’ouverture d’esprit, c’est quelque chose de très délicat, de très ancré en chacun de nous. Le problème principal pour moi, ce n’est pas tant la culture de l’autre que le manque de conscience que chacun de nous avons de notre propre culture. Nous l’acceptons comme naturelle alors que c’est une construction.

JFB : Pichet Klunchun and Myself est-il votre plus gros succès ? Quelles sont les raisons de ce succès ? Pourquoi le public se montre si intéressé par ce spectacle (comique des situations, échange interculturel, beauté de la danse...) ?

J.B. : Je pense que les spectateurs sont ravis qu’on leur explique qu’est-ce que c’est que la danse, ils sont ravis de pouvoir comprendre pourquoi tel mouvement ou tel autre, quelle signification il a. Il se trouve que cette exploration dont je pensais qu’elle n’allait intéresser personne est très drôle, cela provient de la gêne entre nous et des malentendus qui se succèdent dans la pièce qui, s’ils ne sont pas très agréables pour nous, sont drôles pour le public.

JFB : On vous décrit comme un métaphysicien de la danse. Cette définition vous convient-elle ?

J.B. : non, j’essaie juste de faire réfléchir le spectateur sur et au moyen de la danse.

JFB : Qu’est que la danse écrite ? Qu’est-ce que la stratégie de déconstruction utilisée dans vos spectacles ?

J.B. : Je n’accepte aucun présupposé, en tout j‘essaye de ne pas les accepter, mon travail est de critiquer la danse, au sens de l’ouvrir, afin de comprendre ce qu’elle recèle, ce qu’elle cache, ses pouvoirs et ses limites.

JFB : Votre objectif dans vos spectacles est-il de surprendre, de dépasser les limites, les codes, d’interroger le public sur des sujets inédits, l’interroger aussi au plus profond de lui même ?

J.B. : Oui, probablement tout cela à la fois.

JFB : Pourquoi faire ce spectacle à Budapest ?

J.B. : Cela fait plusieurs années que nous essayons de montrer le spectacle à Budapest, car c’est l’une des dernières capitales d’Europe où nous n’avions pas montrer cette pièce. Mais ce  n’était pas facile, nos calendrier sont très chargés et Pichet vit a Bangkok, ce qui n’est pas le plus simple.

Pichet Klunchun and myself, le 27 et 28 janvier à 20h
Trafó, Budapest IX, Liliom utca 41. www.trafo.hu

Gwenaëlle Thomas
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