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Tragédie lyrique ou roman policier?


By JFB - Posted on 16 novembre 2010

Changements de personnel à l’Opéra

Chasse aux sorcières ou affaire de corruption – les anciens et nouveaux dirigeants de l’Opéra évoquent deux scénarios concernant les raisons de la réorganisation actuelle de l’institution. Cette période de flottement pourrait toutefois détériorer le niveau des spectacles.

Selon les rumeurs, Méphistophélès, présenté en septembre, fut le premier spectacle de l’Opéra National hongrois pour lequel un critique étranger, désireux d'assister à la représentation, a dû lui-même acheter son billet et réserver sa chambre d’hôtel. En effet, l’institution n'a pas invité le journaliste ni n'a souhaité couvrir ses frais. Cette tragédie lyrique a été mise en scène par l’ancien directeur artistique de l’Opéra, Balázs Kovalik, connu pour ses inventions innovantes et la modernité de ses mises en scène. Kovalik a pourtant été licencié cet été à la demande du ministre Miklós Réthelyi. «L’Opéra est le jouet de forces politiques» – a-t-il déclaré suite à son renvoi. Bien que le secrétaire d’État responsable de la culture, Géza Szűcs, ait souligné à plusieures reprises qu’il comptait sur le talent de Kovalik en tant que metteur en scène, on a supprimé du programme deux spectacles sous sa direction et le nouveau calendrier de l'Opéra ne compte plus Le Hollandais volant ni la soirée Erkel qui était envisagée pour célébrer le 200e anniversaire du compositeur hongrois.

Balázs Kovalik est le premier membre de la direction de l’Opéra à devoir quitter son poste suite à l’arrivée du nouveau gouvernement. Le chef d’orchestre principal (équivalant du directeur musical), Ádám Fischer, avait quant à lui démissionné en septembre, expliquant sa décision par des interventions politiques répétées dans les affaires de l’institution (lire JFB nº327). Le ministre a insisté pour que Ádám Fischer reste à l'Opéra et lui a proposé le poste de directeur musical honoraire principal, ce que Fischer a accepté. C'est György Győriványi Ráth qui remplira les fonctions remplies précédemment par Fischer. Le chef d’orchestre occupait déjà ces mêmes fonctions lors du premier gouvernement Orbán puis pour quelques mois en 2006.

Fin octobre, le directeur de l’institution, Lajos Vass, et le directeur économique, Attila Szabó, ont été renvoyé suite à la parution d'un rapport élaboré par une commission étudiant le financement de l’Opéra qui démontrait leur mauvaise gestion de l'établissement. Cette commission, créé par le gouvernement Orbán, a déclaré qu’elle avait relevé des irrégularités s'élevant à plusieurs milliards de HUF, détaillées sur 50 pages fournies au ministre et au secrétaire d’État chargés des affaires culturelles. L'institution a accumulé une dette de 1,3 milliards de HUF, dont 325 millions sont dûs aux artistes visiteurs. Le théâtre lyrique a déjà dépensé les 90 millions de HUF de subvention supplémentaires reçus pour la période de la présidence européenne hongroise. La commission a également trouvé suspect que la Fondation des Amis de l’Opéra ait construit plusieurs décors de spectacles bien qu'elle n’en ait pas le droit. Il faut aussi prendre en compte le fait que, depuis l’arrivée de Vass, les ressources de l’Opéra étaient continuellement en baisse. L’ancien ministre de la culture et de l’éducation, István Hiller, avait promis en 2007 d'allouer à l'institution un budget annuel de 5,3 millions de HUF supplémentaires, cependant il n’a jamais tenu cette promesse. L’Opéra doit économiser actuellement 4,7 milliards de HUF, soit une somme à peine suffisante pour couvrir les salaires annuels.

La situation est d’autant plus délicate que depuis que le chanteur Ádám Horváth, nommé récemment à la tête d'une commissaire chargée des affaires de l’Opéra puis directeur de l’institution, a été témoin de la destruction de documents suspects. En effet, il a surpris, au cours d'une représentation des Noces de Figaro, fin octobre, que deux assistants faisaient disparaître des documents à l'aide d'un destructeur de papier situé dans le bureau de Vass. Les deux personnes en question, le directeur marketing et de la communication ainsi que le directeur technique, ont été licenciés après cette affaire. Selon Vass, ses collègues se sont seulement débarrassé d'invitations et de publicité inutiles. De plus, les document important, comme par exemple les contrats avec les sous-traitants, sont stockés en trois exemplaires au département juridique du théâtre et non pas dans le bureau de Vass. Une chose est sûre, ces deux hommes n’ont pas choisi le meilleur moment pour se débarasser de ces documents et s'il s'agissait de documents juridiques, leur destruction peut être qualifiée de criminelle.

Judit Zeisler 

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