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La France en Hongrie


By JFB - Posted on 12 juillet 2010

Le 14 juillet est traditionnellement l'occasion pour les Français présents en Hongrie d'évoquer l'année écoulée, d'analyser les changements survenus en Hongrie, d'apprécier l'évolution des relations bilatérales mais aussi d'évoquer la construction européenne et ses cheminements. M. René Roudaut, Ambassadeur de France en Hongrie, a accepté de répondre à nos questions.

JFB: La Hongrie a connu de grands changements politiques cette année. Comment dépeindre le nouveau visage de ce pays en 2010?

René Roudaut: Il y avait à l’évidence une volonté de changement radical, ce qui s’est exprimé dans les urnes avec une majorité incontestable pour la coalition Fidesz/KDNP et, par le jeu du système électoral, une majorité des 2/3 au Parlement, ce qui confère une responsabilité particulière à ce gouvernement qui bénéficie d’un appui réel de l’électorat et dont l’horizon est dégagé pour les 4 années qui viennent. Il peut désormais procéder aux réformes qu’il souhaite faire et la forte activité législative et gouvernementale montre qu’il y a le souhait d’aller de l’avant et de faire passer les réformes dont la Hongrie a besoin.

JFB: Quelles sont elles?

R.R.: Un reformatage de l'État et de toutes les institutions publiques, une réforme fiscale en profondeur, à la fois pour les entreprises et les citoyens, et enfin toute une série de réformes dans le domaine de l’éducation et de la politique familiale. Le gouvernement, à l’évidence, veut aller de l’avant. Il a les moyens de procéder à ces réformes et nous espérons, pour la Hongrie et pour l’Europe, qu’elles iront dans le bon sens. Il est un peu tôt pour se prononcer. Le gouvernement n'est en place que depuis à peine plus d'un mois. Laissons-lui le temps de s’ajuster, de faire face aux imprévus et de se roder, notamment en termes de communication... 

JFB: Des voix s'élèvent et manifestent une certaine inquiétude vis-à-vis du fait que cette coalition gouvernementale bénéficie en quelque sorte des pleins pouvoirs.

R.R.: On ne peut pas faire de procès d’intention mais j’ai comme vous entendu cette crainte. Vous lisez la presse, les réactions d’opinion et de la société civile: certains craignent un spoil system trop général et l’affaiblissement des contre-pouvoirs. Toutefois, nous sommes dans un État de droit, la Hongrie est membre de l’Union européenne, membre du Conseil de l’Europe. S’il devait y avoir des problèmes en termes de constitutionnalité ou de liberté d’opinion et d’expression, je pense qu’il y aurait suffisamment de rappels qui l'empêcheraient de franchir la ligne rouge.

JFB: Le gouvernement Orbán a récemment publié son programme économique. Quelle analyse faites-vous de la situation économique de la Hongrie?

R.R.: La situation économique hongroise n’est pas sensiblement plus mauvaise que celle de l’ensemble des pays européens. Les chiffres de l’année dernière le confirment: - 6% de PIB, une chute des importations/exportations, etc. Et cette année sera de nouveau très difficile. La Hongrie n’est pas responsable à elle seule de sa situation, elle est dans un environnement extrêmement contraint et les signes de reprises sont si timides que nous ne les voyons pas encore. Une crainte particulière pour la Hongrie, qui ne fait pas partie de la zone euro, concerne la parité du Forint, qui a perdu de sa valeur depuis plusieurs mois. C’est un sujet de grande préoccupation pour les Hongrois et ses partenaires économiques.

JFB: Un climat peu favorable aux investissements étrangers?

R.R.: Je n’ai pas connaissance d’entreprises françaises qui aient décidé de se retirer. Il est vrai qu’elles sont comme toutes les entreprises du pays dans une attitude d’expectative, elles ont ralenti leurs activités, prêtes à repartir quand la conjoncture sera favorable.

JFB: Un accord de partenariat stratégique a été signé avec la Hongrie en 2008, avec des objectifs politiques, diplomatiques, stratégiques. Deux ans après, quel bilan pouvez-vous tirer de cet accord?

R.R.: L’accord du 22 mai 2008 a permis de fixer le cadre des priorités de notre coopération. Il y a des sujets sur lesquels nous avons beaucoup avancé: tout ce qui touche à l’agriculture, à l’agroalimentaire, à la recherche-développement et aux pôles de compétitivité, mais également les sujets relatifs à l’énergie. Nous avons également mis l’accent sur la préparation de la présidence hongroise de l’UE. Nous formons actuellement 700 fonctionnaires hongrois à la langue française, sans parler des dizaines d’échanges de fonctionnaires, de retours d’expériences et de bonnes pratiques. Cet accord de partenariat stratégique a bien contribué à dynamiser les relations franco-hongroises.

JFB: Il existe en Hongrie un groupe informel de diplomates auquel vous participez et qui réfléchit notamment sur les réponses à apporter à certaines déficiences en matière de transparence. Pouvez-vous revenir sur cet aspect du travail diplomatique?

R.R.: Avec la douzaine de pays qui sont les plus gros investisseurs en Hongrie, nous avons en effet un groupe informel qui se réunit régulièrement et échange sur le cadre juridique des affaires, sur les évolutions législatives et fiscales qui ont un effet sur le commerce et les investissements. C’est dans ce cadre que nous avons été amenés à publier une lettre ouverte après l’affaire de Pécs en octobre dernier. Nous avons pris cette décision d’agir, un peu inhabituelle en diplomatie, car nous avions le sentiment de ne pas être entendus. Il était important de dire clairement les choses et de rappeler la nécessité de la transparence, de la régularité des appels d’offre et du respect des contrats et du droit commercial.

JFB: Quelles ont été les réactions politiques suite à cette lettre ouverte?

R.R.: Nous avions été reçus dans la semaine par le Premier Ministre de l’époque, M. Bajnai, qui comprenait et appuyait notre démarche. La plupart des affaires litigieuses relevaient soit d’instances locales, de municipalités, soit d’instances para-étatiques sur lesquelles le gouvernement n’a pas pouvoir de décision. La réaction du Premier Ministre montrait bien que nous avions mis le doigt sur un problème important et que nous avions à juste titre tiré la sonnette d’alarme.

JFB: Il manque donc peut-être en Hongrie des garde-fous à certains procédés?

R.R.: Un État de droit, ce n’est pas seulement des lois, des règlements et des décrets. C’est aussi une lente imprégnation des procédures et une capacité de mise en œuvre par l’administration et la justice. Il ne suffit pas d’avoir des textes, il faut aussi que ces textes soient appliqués avec une visibilité suffisante pour les individus et les entreprises. C’est une affaire de longue haleine. Il est vrai que la transition ne date que d’il y a 20 ans.

JFB: Le sentiment d’appartenance à l’Europe prendra également du temps en Hongrie.

R.R.: Oui et c’est un sujet de grand étonnement que de constater le faible degré d’adhésion et d’enthousiasme des hongrois vis-à-vis de l’Europe, dans les baromètres Eurostat. Pourtant la Hongrie, dans cette phase de transition, bénéficie de fonds structurels européens considérables: plus de 25 milliards d’euros sur une période de 7 ans. On pourrait imaginer que cet élément serait de nature à rendre l’Europe attractive. Il y a donc une vraie question: pourquoi ce désamour vis-à-vis de l’Europe? A cela il existe plusieurs éléments de réponse: la machinerie européenne est perçue comme compliquée, lointaine. Il n’y a pas de projection, d’identification du citoyen avec les institutions européennes et la plupart des gens ne connaissent pas le nom de leur député européen. Enfin, en période de crise économique, financière et probablement aussi de crise morale, il est facile de trouver un bouc émissaire lointain en montrant l’Europe comme étant la cause de tous les maux. Nous avons donc beaucoup à faire pour faire comprendre quels sont les enjeux de la construction européenne, particulièrement ici en Hongrie. Peut-être les attentes ont-elles été trop fortes comme si l’adhésion à l’Europe allait régler tous les problèmes, ce qui ne pouvait, évidemment, être le cas. Espérons que la prochaine présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne rendra la construction européenne plus visible et plus accessible.

JFB: Depuis la ratification du traité de Lisbonne, outre la re-définition politique du rôle des institutions, qui va vers une perte de souveraineté des États, la récente crise grecque a également démontré l'éventuelle nécessité d'un contrôle plus étroit des finances des pays membres de l'UE.

R.R.: Pour ce qui concerne l’UE, et l’euro en particulier, la crise a démontré les limites du schéma qui a prévalu jusqu’ici. Avoir une monnaie unique n’a de sens que s’il existe également une politique économique commune. La crise grecque a montré la nécessité d’une véritable gouvernance économique et financière européenne. C’est un pas vers une sorte de fédéralisation des politiques européennes que les États membres avaient jusqu’ici refusées. Nous sommes en quelque sorte au pied du mur et je crois que cette crise sera salutaire si elle amène à faire ce saut qualitatif.

La gouvernance économique mondiale en est, elle aussi, à ses premiers balbutiements. Le développement débridé de produits financiers extrêmement sophistiqués a amené cette crise financière que nous n’avons pas encore réussi à maitriser complètement. Il faudra donc au sein du G20 définir un minimum de règles prudentielles et de transparence financière. Et cela n’a de sens que si ces règles s’appliquent à des acteurs. Le récent sommet du G20 a montré à quel point il est difficile de dégager un consensus entre des États qui ont, par définition, des intérêts divergents.

JFB: Vous aviez émis le souhait de voir votre mandat prolongé. Qu’en est-il?

R.R.: C’est vrai, j’ai exprimé le vœu de faire une quatrième année, sans formuler de vœu alternatif. Il se confirme qu’il n’y aura pas de prolongation de 4e année pour les ambassadeurs et je suis donc en contact avec mon Ministre pour envisager la suite, très certainement un poste au Quai d’Orsay.

JFB: Pourquoi auriez-vous aimé rester une année supplémentaire?

R.R.: Trois ans c’est court. La 3e année, on a de bons réseaux de connaissances et la qualité du travail tient à la confiance que l’on a établi avec les interlocuteurs. Or la confiance ne se décrète pas, elle s'acquiert dans la durée. On est donc plus à l’aise la 3e année que la 1ère, surtout en Hongrie où, outre la langue, il existe des spécificités irréductibles. Mais je refuse de me plaindre et je suis heureux de faire le travail que je fais pour le temps qu’il me sera encore donné de le faire.

JFB: Nicolas Sarkozy a récemment annoncé qu'il renonçait à la garden party de l'Elysée. Les réceptions organisées par les ambassades françaises à travers le monde seront-elles maintenues à l'avenir ?

R.R.: La réception organisée à la résidence ne coûtera pas un sou au contribuable. Elle bénéficie du soutien de généreux sponsors et les frais engagés sont ainsi intégralement couverts par les contributions des entreprises françaises. Je tiens à les en remercier vivement.

JFB: Souhaiteriez-vous à cette occasion adresser un message à l'attention de la communauté française en Hongrie?

R.R.: Le 14 juillet est l'occasion de se remémorer la devise de la République française «Liberté, Égalité, Fraternité», qui est plus que jamais d'actualité. Je souhaite également adresser un message à l’attention de nos compatriotes installés en Hongrie: je les remercie pour ce qu'ils font, dans leurs activités respectives, pour le rayonnement de la France en Hongrie et pour le développement des relations franco-hongroises et je tiens à les assurer du soutien sans faille de l'ambassade. Ensemble, soyons fiers de porter haut nos couleurs et de construire une Europe plus forte et plus fraternelle.

Frédérique Lemerre

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